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Cheikh Tayeb El Okbi. Une cible de l'administration coloniale (II)
Un membre éminent des ouléma
Publié dans El Watan le 29 - 09 - 2005

En juin 1936, c'est l'année du premier grand rassemblement algérien depuis le début de l'occupation française. Une délégation conduite par le docteur Bendjelloul, comprenant élus, ouléma et communistes, est reçue à Paris et remet une charte revendicatrice au gouvernement français : annulation des lois d'exception (code de l'indigénat), liberté de culte, liberté de l'enseignement de la langue arabe, égalité des droits, etc.
A son retour, la délégation est reçue triomphalement par le peuple et un meeting a eu lieu le 2 août 1936 au cours duquel ont pris la parole différents leaders, Bendjelloul, Abbas, Ben Badis, El Brahimi, El Okbi, Belhadj. Messali Hadj fait pour la première fois son entrée politique en Algérie et de manière éclatante. Il salue l'initiative du « congrès musulman » et clame clairement la revendication d'une Algérie indépendante. En réponse, le cheikh El Okbi souligne que « quand nous nous serons débarrassés du maraboutisme, nous pourrons alors demander l'indépendance et qu'entre-temps, la délégation a demandé l'égalité des droits, la liberté d'enseignement et de prêche ». Dans la même matinée, le mufti d'Alger, M. Kahoul, est assassiné. Les soupçons de l'Administration coloniale se tournent immédiatement vers l'Association des ouléma et particulièrement cheikh El Okbi. Ce dernier fut arrêté le 14 août 1936 au « Cercle du progrès », ainsi que Abbas Turqui, l'un des riches notables proche du mouvement islahiste, et membre du Cercle du progrès. L'administration tente de faire créditer la thèse du crime politique en arrêtant un ancien repris de justice (M. Akacha) qui accusera cheikh El Okbi. C. A. Julien rapporte (Afrique du Nord en marche - dernière édition) que « jamais il n'y a eu une coalition de toutes les forces coloniales (administration, justice, colons) contre la personne d'un seul homme (El Okbi) ». Après la confrontation au « Cercle du progrès » et chez le juge d'instruction, Akacha se rétracte. Néanmoins, le cheikh subira trois années de poursuites et de harcèlements judiciaires... L'affaire ne sera finalement jugée qu'en juin 1939. Cela ne l'empêche pas d'émettre des propos très clairs (déclaration du 23 avril 1937 El Bassaïr). En effet, face à un renforcement de l'autorité, décidée en 1937 par M. Aubant, secrétaire d'Etat, El Okbi fit la réponse suivante : « Que s'est-il passé d'anormal en Algérie qui justifierait le recours aux mesures de répression et au renforcement de l'autorité ? Il n'y a en Algérie ni révolution ni insurrection contre l'Autorité française. Il y a simplement une révolution dans les idées et une conception du devoir. Il y a un peuple qui sait que dépendant de la France, il accomplit tous les devoirs et supporte toutes les obligations, mais se voit privé de ses droits. Si l'Algérie était sur le point de s'insurger, ou si ses enfants, qui dirigent aujourd'hui son mouvement, avaient les moyens que nécessite l'insurrection, elle ne craindrait ni les menaces, ni le châtiment, et rien ne saurait l'arrêter, ni le renforcement de l'autorité, ni la puissance accrue. » (El Okbi - El Bassair, avril 1937) Cheikh Ben Badis assiste au procès en sa qualité de journaliste. Il rendra un vibrant hommage au courage de son compagnon. A. Camus suit tous les débats pour le compte d'Algérie républicain. Il dénonce « le paradoxe singulier d'une accusation qui charge du plus bas des crimes une des intelligences les plus nobles et les plus vénérées du monde islamique », (Cahier Albert Camus/fragment d'un combat/Gallimard). Un grand nombre de partis progressistes français prennent fait et cause pour le cheikh. Ce dernier et son compagnon sont acquittés pour insuffisance de preuves. Au cours du procès, le cheikh fait l'historique de l'Association des ouléma et de ses buts. Il émet l'hypothèse que les possibles auteurs de cette machination sont MM. Michel (SG préfecture) ou M. Mirante (directeur des affaires indigènes). Encore une fois, son éloquence et son audace subjuguent un grand nombre d'assistants. Jusqu'à ce jour, cette affaire demeure non élucidée.
Y a-t-il eu complot politique par l'Administration coloniale ou utilisation de cet assassinat pour éliminer un sérieux adversaire et nuire à l'Association des ouléma et au congrès musulman ?
Y a-t-il eu assassinat politique par un groupe d'islahistes ou de nationalistes sans l'aval des leaders dont El Okbi ?
De toutes les façons, la thèse d'une action de commandos agissant sur les ordres d'El Okbi ne peut être crédible. Certes, El Okbi était une cible prioritaire de l'Administration coloniale, mais il a toujours prôné la non-violence et avant son déplacement à Paris (juillet 1936), il avait appelé la population musulmane au calme. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, certains progressistes ou hommes de gauche avaient insisté pour que les différents partis algériens envoient un télégramme de soutien au gouvernement français face aux ambitions hitlériennes. Ainsi, le professeur Wushendorff(7) demanda aux cheikhs Ben Badis et El Okbi l'envoi d'un tel télégramme.
L'implication de la politique internationale et l'Association des ouléma
L'affaire fut discutée au cours d'un conseil d'administration de l'Association des oulémas. En septembre 1938, la majorité et cheikh Ben Badis refusèrent l'envoi de ce télégramme. Face à la non-réalisation des réformes promises par le gouvernement français, cheikh Ben Badis décida le silence. Cheikh El Okbi et Lamine Lamoudi, en relation avec des hommes de gauche français qui ont soutenu les réformes et surtout la défense du cheikh dans l'affaire Kahoul, ont préféré maintenir une logique de dialogue. A la suite de ce différend, cheikh El Okbi annonça sa démission du conseil d'administration de l'Association des oulémas, pensant que ses collègues ne lui avaient pas donné le support nécessaire et qu'« il ne pouvait compter que sur l'appui de Dieu » (lettre de sa démission). Contrairement à ce qui a été dit, à aucun moment El Okbi ne tenta de créer une autre organisation concurrente, il a toujours maintenu qu'« il restait un simple militant de l'association ». Au cours de son procès (juin 1939), il fit une véritable plaidoirie en faveur de l'association, de ses hommes et de ses buts. El Okbi continua son association réformiste au Cercle du progrès. Les contacts entre lui et Ben Badis n'ont jamais cessé. En juillet 1939 eut lieu au Cercle du progrès, en présence d'Albert Camus, de cheikh Ben Badis et d'autres membres du conseil d'administration, une cérémonie pour célébrer l'acquittement du cheikh. De même au cinéma Majestic, une grande fête a été organisée avec la participation de plusieurs associations (scouts, troupes théâtrales, élèves de la Chabiba,...) sous la présidence de cheikh Ben Badis.
L'action du cheikh après la mort de cheikh Ben Badis
La mort de cheikh Ben Badis suscita un grand émoi en Algérie, en particulier au sein du Cercle du progrès. El Okbi rendit un hommage très appuyé « au frère, à l'ami et au grand militant », dans son journal L'Islah. En effet, avec le concours de Tewfik El Madani, de Lamine Lamoudi, le cheikh fit réapparaître L'Islah, qui continua de diffuser les idées islahistes mais largement censurées. En 1944, El Okbi fit partie de la commission des réformes et demanda :
la liberté d'enseignement de la langue arabe et de prêche.
la séparation du culte musulman et de l'Etat.
l'égalité totale des droits politiques.
Il déclara en outre que les « musulmans algériens sont intéressés par l'égalité des droits et non par une quelconque nationalité » (sous-entendu française).
Concernant Messali Hadj, le Cheikh déclara « Si Messali n'est pas écouté, la commission n'aura rien fait car le Parti de Messali représente aujourd'hui une majorité d'Algériens ».(10) Après 1945, le cheikh continua d'animer avec ferveur le Cercle du progrès et les deux associations La Kheiria et La Chabiba. Il se dit à plusieurs reprises un ferme partisan du bilinguisme. Il incita à la création d'autres structures du même genre et anima avec Tewfik El Madani une concertation avec tous les chefs religieux (y compris les chefs de confrérie) en vue de proposer une plate-forme pour la liberté du culte sur demande de M. Chataigeau, alors gouverneur général, considéré libéral.
Le comité de réforme de la Palestine
Dès l'occupation de la Palestine, le cheikh créa un grand élan de solidarité en faveur des Palestiniens (comité de défense de la Palestine). Un comité des cinq devait être mis en place avec El Okbi, El Ibrahimi, Bayoud, Ferhat Abbas, Messali Hadj. Des messages et pétitions furent envoyés à toutes les autorités françaises et internationales pour le retour des réfugiés, l'action d'une aide conséquente, l'internationalisation de Jérusalem. Le professeur Louis Massignon a soutenu ces actions en faveur de la Palestine et se rendit en 1950 à Jérusalem et à Hébron en compagnie du cheikh pour la défense des lieux habous algériens de Sidi Boumediène, à Jérusalem. Le cheikh fut reçu par le roi Abdallah à Jérusalem et par le roi Saoud en Arabie Saoudite. Dès 1952, le cheikh commença à souffrir sérieusement d'un diabète sévère. Son action déclina en intensité. Le 1er novembre 1954 surprit l'ensemble des courants réformistes. Le cheikh fit une dernière apparition publique le 12 janvier 1956 sur demande insistante d'Albert Camus et d'Emmanuel Robles (conférence sur la trêve civile). La conférence fut donnée par A. Camus au Cercle du progrès, en présence de Ferhat Abbas, Ouzegane. Le service d'ordre était fait par des militants du FLN. Le cheikh, alors grabataire, arriva porté sur une civière. Il tenait à apporter un dernier soutien à une tentative de règlement par la négociation. Auparavant, il avait favorisé la création de l'Union générale des commerçants algériens au Cercle du progrès. Le Cercle du progrès(8), dont l'animateur infatigable pendant près de 25 ans fut cet illustre militant islahiste, a été occupé en 1957 par les parachutistes de Massu. De même, le domicile du cheikh à Bologhine fut fouillé de fond en comble. Le 22 mai 1960, « le magicien du verbe et Lion de l'Islah algérien(9) » s'est éteint à son domicile de Bologhine. Une foule très nombreuse l'accompagna à sa dernière demeure.
Notes :
7- Le professeur avait pris cause pour les revendications du Congrès musulman algérien. 8- Le dossier « Nadi Ettaraki » a mystérieusement disparu des archives de la wilaya d'Alger. Qui a intérêt à cacher à l'Algérie l'histoire de ce haut lieu de résistance culturelle, linguistique et de renaissance, et de son illustre animateur ? 9- Expression de Ali Merad. 10- Procès-verbaux commission des réformes (1944).
Bibliographie sur Tayeb El Okbi
En langue nationale
Les Poètes de l'Algérie contemporaine (Mohamed El Hadi Senoussi )
L'Association des ouléma algériens musulmans 1931-1945 (A. Bousefssaf)
NAHDA algérienne contemporaine (Mohamed Ali Debbouze)
Une vie de combat ( A.T El Madani )
Falsification et contre-vérités dans le livre Une vie de combat, Mohamed T. Foudala
En langue française
Histoire du nationalisme Algérie (M. Kadache )
La Vie politique à Alger (1919-1939) (M. Kadache)
Histoire du réformisme musulman en Algérie (1925-1940) (A. Merad)
La Montée du nationalisme en Algérie ( A . Saâdallah)
Evolution politique de l'Afrique du Nord musulmane (Roger le Tourneau)
L'Afrique du Nord en marche (C. A. Julien)
Le Maghreb entre les deux Guerres (J. Berque)
Confréries religieuses musulmanes (P. J. André)
Les Capteurs du divin marabout-oulémas (Augustin Berque)
Le Meurtre du muphti Kahoul (P. Soldani - 1936)
Moghreb (voir T. El Okbi, Le Bossuet de l'Islam)
Le Meurtre du muphti Kahoul (J. M.Brabant) in Revue algérienne sciences juridiques. Décembre 1978 .
Ecrits juifs (R. Benchicou)
Islam maghrébin contemporain- Bibliographie annotée (Pessah Shinar)
Mémoires 1919-1939 (M. Bachetarzi)
Alger, capitale de la Résistance, B . Benkhedda
Vérités sur la révolution algérienne (M. Lebdjaoui)
Louis Massignon, Cahier de l'Herne
Le Cheikh T. El Okbi au Cercle du progrès, revue NAQD n° 11 par Sadek Sellam
Il était une fois l'ethnographie (G. Tillion)
Fragments d'un combat - Cahiers A . Camus
Entre nation et jihad - Omar Carlier.


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