Si jeune et déjà vieux. A force de voir depuis des années Ahmed Ouyahia expliquer à la télévision que tout va bien, on a cette impression, nous qui n'allons pas très bien, que le Premier ministre a 90 ans au moins. Le jeune cadre, sorti accompagné de l'école, semble aujourd'hui aussi vieux que le régime, plus vieux que la dernière doyenne du pays morte par absence de médicaments anticancéreux, plus vieux même que la première gifle que donna Ben Bella à un citoyen pour sa question mal posée. Ahmed Ouyahia, énarque aux coins carrés qui refuse encore de flasher son démo, est convaincu que l'attitude à avoir devant les échecs économiques et ceux du développement humain (voir tableaux internationaux correspondants) est dans l'itération ; les mêmes réponses – c'est réglé, les programmes sont en cours de réalisation –, les mêmes envolées romantiques – nous sommes unis, nous nous aimons comme des oiseaux –et le même mépris– vous ne représentez rien, moi si. Si au tout début de son ère, ces effets empruntés au théâtre amateur donnaient enfin de l'allure et du style à un chef de gouvernement, ils amènent aujourd'hui une grande fatigue. Devant ces tours de magicien de braderie voulant faire croire qu'un verre presque vide est plein aux trois quarts, une profonde lassitude s'est installée dans le public, à tel point que certains opposants ont abandonné l'idée même de faire de l'opposition. Finalement, quel âge a Ahmed Ouyahia aujourd'hui ? C'est tout le problème : si l'on calcule selon l'ONS algérien ou la Banque mondiale, il a son âge, c'est-à-dire celui de ses artères, indexé sur les 6% d'inflation annuelle. Si, par contre, on calcule selon la propre logique du Premier ministre, qui conteste tous les mauvais chiffres et classements internationaux, Ahmed Ouyahia n'a finalement que 17 ans. On peut donc tout lui pardonner. Il n'est pas majeur, il faut s'en prendre à son tuteur.