Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.
La loi existe mais son application fait défaut Nadia Aït Zaï. Avocate et présidente du Centre d'information et de documentation sur les droits de l'enfant et de la femme (Ciddef)
-La loi algérienne protège-t-elle les enfants de la mendicité ? La loi algérienne punit l'adulte qui exploite l'enfant pour la mendicité. Celui-ci risque un à six mois de prison. L'Etat algérien a également ratifié la Convention internationale des droits de l'enfant qui engage les pouvoirs publics à garantir à l'enfant ses droits et à le protéger de tous dangers, moraux et physiques. Or, l'enfant qui mendie est un enfant en danger moral, et parfois physique. A chaque coin de rue, notamment dans certains lieux publics, les enfants seuls ou accompagnés par des adultes tendent la main quotidiennement. La rue est devenue leur lieu de «travail», mais les autorités n'ont pas encore jugé urgent de réagir concrètement pour lutter contre cette pratique. Cette dernière s'est malheureusement banalisée dans notre société, et cela ne semble guère inquiéter les responsables concernés. -Quelles sont les failles concernant ce sujet ? Les juges des mineurs ont parfois tendance à «s'humaniser» devant un cas qui nécessite le retrait de l'enfant du parent qui l'exploite pour la mendicité, en particulier lorsqu'il s'agit de la mère. Ce qu'il ne faut pas faire ! Il faut aller jusqu'au bout de la procédure. Si les parents exposent leurs enfants aux dangers de la rue, la justice doit immédiatement leur en retirer la garde. Il faut également éviter de placer ces enfants dans des centres de rééducation, car ces gamins ne sont pas en conflit avec la loi, mais plutôt des victimes. Aussi, je tiens à tirer la sonnette d'alarme sur la mendicité organisée. L'enfant ne mendie pas seul : il existe, dans notre pays, des réseaux de mendicité qu'il faut démanteler avant qu'il ne soit trop tard. Les autorités doivent mobiliser des moyens matériels et humains importants pour éradiquer ce mal qui gangrène la société. -En tant qu'avocate et défenseur des droits de l'enfant, que préconisez-vous ? Avant toute chose, il faut une solution politique. Chaque wali doit mettre en œuvre un programme pour lutter contre la mendicité d'enfants dans sa wilaya. Il faut également obliger les mendiants (adultes) avec ou sans enfant à payer une amende, et une autre plus conséquente pour les récidivistes. Quant au volet social, il est impératif de recréer un corps d'assistantes sociales dans chaque commune afin de suivre l'enfant et de veiller à lui garantir ses droits. Enfin, la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur contre les adultes exploitant l'enfant, car la loi existe, mais c'est son application qui fait défaut. Elle doit être également accompagnée de mécanismes de protection par la création de centres d'accueil et la mise à la disposition des Service d'observation et d'éducation en milieu ouvert SOEMO, les moyens nécessaires et leur conférer la pleine compétence.