Un cinéma littéraire et quasiment un des grands : c'est ce que fait depuis des années déjà le couple ciénaste Jean Marie Straub et Danielo Huillet. A la Mostra, en compétition, leur film Quei Loro In contri, sur les derniers dialogues avec Lenco, de Césare Pavèse, a été bien accueilli. Césare Pavèse, né en 1908 dans le Piémont, a fait des études à Turin, une thèse sur Walt Whitman, pour ensuite publier ses poèmes dans la revue La Cultura. Ecrivain, poète et éditeur, Césare Pavèse laisse une grande œuvre avant de se suicider le 26 août 1950 à Turin. Avec quatre femmes et six hommes, des comédiens de théâtre classique, les deux réalisateurs et Rénato Berta (pour la photo), le texte de Pavèse est dit avec sensibilité et passion dans un lieu étonnant, le Monte Pisano, isolé entre la mer, Pise, et les alpes Apouanes. Cette œuvre est une belle envolée poétique. C'est encore un hommage funéraire à Césare Pavèse : le poète qui a mis fin à ses jours pour avoir « un peu de tranquillité ». Dans un autre film venu de Sibérie montré en compétition à la Mostra : Euphoria, de Ivan Vyrypaev, c'est une situation portée au paroxysme que le cinéaste nous montre. Une histoire d'amour, de souffrance, de vengeance dans une Sibérie envahie par des paysages grandioses, invraisemblables. On est profondément séduit par cette histoire d'un amour tragique et euphorique en même temps. C'est comme un Bonny and Clyde sibérien. Pasha enlève Vira, femme mariée à travers les steppes immenses, sur les rives du Don, le mari les poursuit de sa vengeance. Il les rattrape et les tue. Scène bouleversante où le mari charge plusieurs fois son fusil et tire sur les amoureux qui naviguent sur le Don. Ce film est un choc visuel (la Sibérie dans toute son ampleur) et la mise en scène d'Ivan Vyrypaev (un célèbre homme de théâtre en Russie) ne manque pas d'énergie. Pendant ce temps, la tâche de filmer Macao quand les Portugais ont cédé les lieux aux autorités chinoises a été confiée à Johnnie To, célèbre auteur de films de gangsters de Hong Kong. Il a fait Fangzhu (exilés), une œuvre un peu fantaisiste, un ballet infernal de violence déchaînée. Alors que le Macao portugais disparaît, qui va prendre la tête de la mafia locale ? Un carrousel impitoyable d'attaques et de contre-attaques ensanglante la ville. Macao plonge dans les ténèbres. Dans quelques jours, Pékin prendra le relais de Lisbonne et remettra un peu d'ordre. Johnnie To, qui n'est pas à son baptème de feu dans ce genre de thriller sanglant, montre encore qu'il a un tempérament bouillonnant dans cet enfer de Macao.