Le tribunal criminel de Blida a entendu plusieurs témoins, dont l'ex-directeur de l'agence El Khalifa Bank de Koléa, qui avait abasourdi le président du tribunal en lui disant que l'expert Hamid Foufa, qui a audité la caisse de son agence, a confondu entre la caisse principale et la caisse de la direction générale d'El Khalifa Bank. Il a également refusé de répondre à une question relative à un crédit de 140 millions de dinars accordé à la société Sotrap de fabrication de chips appartenant au ministre Abdessalem Bouchouareb. Deux témoins du ministère des Transports ont étonné par leurs déclarations, notamment sur les avantages dont ils ont bénéficié de la part de Abdelmoumen Khalifa. Hier, le tribunal de Blida a entendu plus d'une vingtaine de témoins, parmi lesquels, Noureddine Chadi, qui était à la tête de l'agence Khalifa à Koléa. Une agence qui avait fait couler beaucoup d'encre. En 2007, alors que le procès El Khalifa Bank s'ouvrait, Abdelmoumen Khalifa accusait, à partir de Londres, l'ancien ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, d'avoir été parmi les bénéficiaires de ses largesses, en disant que les preuves se trouvaient à l'agence de Koléa, où l'expert Hamid Foufa avait enregistré un trou financier. Noureddine Chadi, ancien directeur de cette agence, était poursuivi dans le cadre de cette affaire, mais a bénéficié d'un non-lieu au niveau de l'instruction. Il est appelé à s'expliquer sur cette opération de transfert de fonds de l'agence vers la direction générale. Il commence par affirmer que l'expert qui a audité sa caisse «a fait une erreur». Il a confondu, dit-il, entre la caisse principale et celle de la direction générale, suscitant de nombreuses interrogations de la part du tribunal. Le président lui demande de revenir en détail sur cette opération de transfert. Le témoin : «Le 23 août 2000, il y a un appel de fonds exprimé par la direction des mouvements de fonds, que dirigeait Fawzi Baichi. Il avait le plein pouvoir pour le faire. L'agence principale avait sa caisse et la direction générale de trésorerie avait la sienne. Si on fait des appels, c'est qu'au niveau de la Banque d'Algérie, le compte Khalifa n'était pas suffisamment alimenté. Nous avions un excédent de 14,50 millions de dinars. Fawzi Baichi est arrivé avec les voitures de transport de fonds et a arrêté l'état journalier avec M. Sehabi de l'agence. L'EES (écritures entre sièges) qui devait accompagner les fonds remis aux deux convoyeurs et Fawzi Baichi n'a pu être établi. Nous avons convenu avec eux pour établir les EES le lendemain. Les instructions exigeaient de laisser 500 000 DA, sauf si un client demande la veille une somme déterminée.» «Cette somme, dit-il, devait être versée à la Banque d'Algérie, où le compte de Khalifa était en déficit.» Et d'expliquer : «J'avais signé une décharge, avec le chef de caisse, et le directeur de la trésorerie Fawzi Baichi. Après le week-end, nous avions établi l'EES. La trésorerie l'a rejetée, sous prétexte qu'il s'agissait de la caisse principale. En fait, il y a eu une confusion entre la caisse principale et la caisse de la direction générale. A l'époque les gens qui étaient en place n'avaient pas l'expérience voulue dans le système bancaire. C'est le cas de Omar Mir, le directeur de l'agence. Je suis parti et quelque temps après, les EES ont été établies. La caisse principale c'est l'agence de Chéraga, c'est pour cela qu'ils n'ont pas trouvé d'écriture.» Le juge : «Comment une banque comme Khalifa peut faire des confusions entre la caisse principale de l'agence de Chéraga et celle de la direction générale ?» Le témoin : «Lorsque nous avions rejoint El Khalifa Bank, c'était avec honneur, parce que pour nous, la Banque d'Algérie l'a agréée et donc elle est censée avoir toutes les structures nécessaires avec les compétences qu'il faut. C'est ce que nous avions appris dans le secteur public. Au début il y a eu quelques cadres compétents mais après…» Le témoin révèle qu'il a été, par la suite, démis de ses fonctions de directeur, parce qu'il subissait de «fortes pressions». Me Meziane, avocat d'El Khalifa Bank en liquidation, l'interroge sur le nombre d'opérations restées en suspens ; le témoin est formel : «Il n'y a eu que celle du 23 août d'un montant de 14,50 millions de dinars.» L'avocat : «Pourquoi avoir signé une décharge ?» Le témoin : «C'était en fin de journée et à la veille du week-end. Il y a eu précipitation et Baichi est venu en personne. C'est pour cela que j'ai exigé une décharge.» L'avocat : «Il y a des instructions du PDG sur le fait de ne pas laisser d'excédent dépassant le million de dinars.» Le témoin : «Nous avons toujours besoin de verser les excédents à la Banque d'Algérie. Personne ne nous a donné d'instruction.» Le procureur général : «C'est la première fois que nous entendons quelqu'un qui nous déclare qu'un directeur de la trésorerie peut se déplacer en personne pour transférer des fonds.» «J'ai envoyé l'argent à la direction générale, ce qui s'est passé après ne me concerne pas» Le témoin : «Au moins trois fois par semaine, nous transférons les fonds. Cela fait 120 opérations par mois. Moi-même, j'ai vu Baichi, accompagné de convoyeurs de fonds, toujours les mêmes, prendre les fonds. Maintenant, ce qui s'est passé entre la caisse de la direction générale et la caisse principale, cela ne me concerne pas. Le PDG en personne est passé au moins deux fois par courtoisie.» Le procureur : «Je parle du transport des fonds. Ce directeur, à partir de son bureau, peut avoir toutes les informations sur les entrées des caisses.» Le témoin : «J'ai vu au moins trois fois Fawzi Baichi, mais avec les convoyeurs. Ramenez Baichi que nous puissions le confronter.» Le procureur général : «La direction générale a un seul caissier. A la caisse principale, Akli Youcef a affirmé avoir à sa disposition 16 caissiers. Est-ce logique?» Le témoin : «La trésorerie est une direction, mais sa caisse était à la caisse principale. Akli Youcef était le caissier principal et le caissier de la trésorerie était Benyoucef. C'est là où réside la confusion.» Le magistrat lui demande quelles sont les personnes qui faisaient pression sur lui. Il cite en premier Baichi, mais le magistrat lui rappelle ses propos devant le juge d'instruction, impliquant Hafid Chachoua. Le témoin : «Chachoua, c'est vrai qu'il interférait dans les affaires de la banque, en intervenant pour des personnes, il n'était pas banquier et ne connaissait pas les risques encourus pour l'octroi des crédits. Il m'a même ramené son frère, qui était cadre dans le groupe.» Le magistrat revient à la charge en lui affirmant : «Vous aviez dit qu'il faisait pression sur vous pour octroyer des taux d'intérêts élevés.» Le témoin évite de donner une réponse précise, se contentant de mettre en avant la réglementation, concluant que l'agence qu'il dirige n'a jamais dépassé le taux de 6%. «Vous aviez cité des noms aux juges…» «Je ne me rappelle pas. J'ai été entendu par le juge vers 2h du matin…», lance-t-il avant d'être sèchement interrompu par le juge, qui donne la parole à Me Lezzar, avocat de Abdelmoumen Khalifa, qui lui demande de revenir sur la régulation des EES, qui selon lui, a eu lieu en septembre 2001. «Il y a eu une confusion, raison pour laquelle il y a eu des opérations en suspens. J'ai fait mon travail avec Baichi et l'inspecteur général», indique le témoin. A une question de Me Bouitaouine, aux deux commissaires aux comptes d'El Khalifa Bank, relative au montant de 140 millions de dinars. «Ce montant ne concerne-t-il pas un crédit accordé à la société Sotrap ?» lance l'avocat. La société Sotrap, faut-il le préciser, appartient au ministre Abdessalem Bouchouareb et est spécialisée dans la production de chips. La question irrite le témoin qui réagit : «Je ne suis pas au courant. Posez la question au cadre chargé des crédits, qui n'est plus de ce monde.» L'avocat : «Gardez vos commentaires pour vous. Répondez à la question.» Le juge met un terme aux questions, laissant l'assistance sur sa faim. Le témoin Boukhalfa Chebrak, directeur central finance de Naftal, est l'exception. Il a réussi à retirer les fonds de Naftal, soit un milliard de dinars et les intérêts, à temps. Il commence par revenir sur certains détails : «Nous avions un besoin urgent de 900 millions de dinars pour rembourser la BEA et Sonatrach, grâce à une résolution du CPE, on nous a accordé une aide de 9 milliards de dinars. 8 milliards ont été utilisés pour payer la BEA et pour redresser la situation de l'entreprise. Un milliard a été placé chez El Khalifa Bank pour bénéficier des taux d'intérêt. Une année plus tard, je crois vers la fin de 2001, Hamza Belaidi, un cadre m'a dit de faire attention à l'argent déposé à la banque Khalifa, parce que la celle-ci n'était pas en bonne position financière. Un autre responsable de Naftal nous a alertés sur les chèques déposés par Khalifa Airways qui revenaient impayés.» Le procureur général lui demande d'être plus précis sur les chèques sans provisions, et le témoin indique que ces problèmes ont apparu avec le paiement des factures de l'approvisionnement en kérosène par Khalifa Airways. «Il y avait de nombreux chèques, dont un d'un montant de 280 millions de dinars, revenu sans provisions. Nous avions retiré nos placements et les intérêts.» «Abdelmoumen Khalifa a été reçu par l'ex-ministre des Transports, Mohamed Bellil» Nabil Aimer, chef de service du transport aérien, à la direction de l'aviation civile au ministère des Transports, révèle qu'il avait «trois dossiers de demandes d'exploitation de l'espace aérien présentées par Antinea Airlines, Sahara Airlines et Khalifa Airways. J'ai reçu Khalifa accompagné de son oncle Ghazi Kebbach, à deux reprises, et lorsqu'il m'a invité, deux fois, à des cérémonies. Les billets gratuits sont une pratique courante. Nous bénéficions de ce genre d'avantage de la part de bon nombre de compagnies». Le témoin confirme que ses deux filles travaillaient à Khalifa, précisant qu'il n'est pas intervenu en leur faveur. A propos du lot d'équipements d'électroménager composé d'un réfrigérateur, d'un poste de télévision, d'une machine à laver et d'une cuisinière, dont-il a bénéficié, le témoin affirme que cela faisait partie de l'aide accordée aux travailleurs. Il souligne toutefois, avoir remboursé le montant au liquidateur. Pour ce qui est de son fils, retenu pour une formation de pilote, avec un niveau de terminal, le témoin est formel. «Pour devenir pilote il n'est pas nécessaire d'avoir le bac. Il était membre de l'aéroclub d'Oran…», note-t-il avant que le juge ne lui dit : «Si vous n'étiez pas à l'aviation civile aurait-il été reçu avec un niveau de terminal ?» Le témoin perd la voix… Me Achour, avocat de la Banque d'Algérie, lui demande : «Avec votre carrière en tant que responsable de l'aviation civile avez-vous vu des compagnies unipersonnel, une EURL, ailleurs ?» La réponse : «Je ne sais pas. Posez moi des questions techniques…» Le juge appelle Mohamed Benchemam, directeur de l'aviation civile au ministère des Transports. Il affirme avoir reçu Abdelmoumen Khalifa et son oncle Ghazi Kebbach et Chakib Bellili, ancien directeur général d'Air Algérie, après la promulgation du texte sur l'ouverture des activités aériennes. Ils avaient été reçus également par le ministre de l'époque qui était Mohamed Bellil. Ils voulaient avoir des informations sur le transport aérien, et à l'époque il y avait quatre dossiers à l'étude, dont Khalifa Airways, dit-il. Le juge lui demande si la loi permet à une société unipersonnel de créer une compagnie de transport aérien et le témoin déclare : «Ce volet ne les intéresse pas.» Le juge : «Le député Bouferrach ?» Le témoin : «Il est venu une seule fois pour demander un document pour le compte de Khalifa Airways et je lui ai dit d'amener une procuration pour l'avoir.» Le témoin confirme qu'il est d'usage que les fonctionnaires de l'aviation civile bénéficient de billets gratuits auprès des compagnies de transport aérien. Il reconnaît que sa famille a bénéficié de Khalifa Airways, d'une formation en langue anglaise en Grande-Bretagne, en indiquant : «Cette bourse lui a été offerte après en avoir évoqué le sujet avec Abdelmoumen Khalifa.» Me Lezzar : «Est-ce qu'il y a des compagnies privées algériennes qui ont survécu ?» Le témoin : «Deux petites compagnies privées qui travaillent au sud du pays, exclusivement dédiées au secteur pétrolier.» Pour ce qui est du capital de départ pour une compagnie aérienne, le témoin affirme qu'il «n'y pas de seuil limite». A propos d'Antinea Airlines, il souligne que cette compagnie «avait son certificat de navigabilité». Le juge appelle Mohand Ameziane Mokrani, directeur général de la Mutuelle des fonctionnaires de la police, qui explique que les fonds étaient placés dans les banques publiques (CPA et BDL), pour un taux d'intérêt de 18%, qui dès 2000 a chuté pour atteindre 5%. Le conseil d'administration a demandé de voir les banques qui offrent le meilleur taux et El Khalifa BanK a proposé 12%, alors que les banques publiques ont offert 5%. Le montant placé était de 107 millions de dinars à Chéraga, et puis 50 millions de dinars à Hussein Dey, pour 13%, puis 14%, sur conseil de Adda Foudad, l'ex-directeur de l'Ecole de police de Aïn Benian, et Salah Hamdane Belarbi. Lorsque le dépôt de Chéraga est arrivé à terme, il a été transféré à Hussein Dey pour bénéficier de 14% d'intérêt. Le montant global des placements était de 257 millions de dinars, perdus en 2003, alors que l'administrateur leur avait conseillé de ne pas les retirer, sous prétexte que la banque allait se remettre sur pied. Le procureur général lui demande qui a eu l'idée d'un dépôt pour deux ans, mais le témoin affirme que c'était pour «fructifier l'excédent de la trésorerie». Les 741 millions de dinars perdus de CASH, assurance des pétroliers Nacer Sayes, qui était directeur général de Compagnie d'assurance du secteur hydrocarbure (CASH), affirme avoir remplacé son prédécesseur en juillet 2003, limogé par l'assemblée générale des actionnaires de Sonatrach, «probablement», dit-il, à cause de cette affaire. Les dépôts d'un montant global de 741 millions ont été effectués, à l'agence d'El Harrach, entre 2001 et 1er mars 2003, la veille de l'installation de l'administrateur. Le juge appelle le témoin, Mohamed Saïd Ouaalani, directeur adjoint de l'agence de Didouche Mourad, à Alger, qui avait bénéficié d'un non-lieu lors de l'instruction. «Dès janvier 2003, il y a eu un déséquilibre, en raison des retraits massifs sans dépôt», le juge : «Et les 5 millions de dinars ?» Le témoin : «Le caissier a reçu un sac, et a signé sur le sac et non pas sur le contenu. Il l'a laissé partir, et commencé à compter. Il a trouvé un manque de 200 000 DA. Il m'a informé, j'ai fait un rapport que j'ai adressé au responsable du réseau.» Le juge : «Pourquoi ne pas avoir informé l'administrateur ?» Le témoin affirme qu'à cette époque, il assurait l'intérim parce que M. Alloui était absent, et qu'il devait agir, et «on m'a conseillé de ne pas écrire à l'administrateur». Le juge lui précise qu'il ne l'a fait qu'en 2004 et le témoin insiste avoir informé, mais reconnaît par la suite ne pas l'avoir fait en raison des difficultés rencontrées dans la communication. Me Lezzar lui demande comment était la situation au début de 2003, et le témoin affirme que dès le début de 2003, les dépôts ont baissé sensiblement et les retraits augmenté. Les raisons de ces retraits massifs sont, selon le témoin, liées surtout à l'arrestation des cadres de Khalifa groupe à l'aéroport d'Alger, avec 2 millions d'euros en leur possession. L'avocat revient à la charge et évoque des fuites organisées, mais le juge lui précise qu'il s'agit d'informations publiées par la presse. Abdelaziz Kriset, ancien PDG de l'Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP), qui avait bénéficié d'un non-lieu lors de l'instruction, avait placé 100 millions de dinars. D'emblée, il affirme que c'est son directeur des finances, auquel il avait fait une délégation de pouvoir, qui avait signé les conventions de placement. «A la fin, le directeur financier m'a dit que les bilans d'El Khalifa Bank n'étaient pas nets» Maître Lezzar lui demande si Sonatrach, la société mère, était au courant de ces dépôts. Le témoin affirme que la compagnie pétrolière était au courant à travers la présence de ses représentants au conseil d'administration, et à aucun moment, elle n'a fait de remarques sur la procédure de placement. Il précise : «Mais vers la fin, j'ai demandé au directeur financier et il m'a dit que les bilans que la banque a présentés ne nous ont pas convaincus.» Le procureur général revient : «Monsieur Mostefaoui est témoin et il a déclaré que tous les bilans présentés n'étaient pas nets.» Le témoin Madjid Hassaine, directeur général de l'Entreprise nationale de gras (ENG) déclare que «la société avait un excédent de trésorerie placé dans les banques publiques à un taux allant de 14 à 15%, avant de chuter à 4,5%. Raison pour laquelle a été fait un placement de 400 millions de dinars à El Khalifa Bank, qui accordait un taux de 10% puis de 10,5%. Le 3 février 2003, le montant n'a pu être récupéré. Le chèque de la banque qui nous a été remis est revenu impayé au motif que le montant était important, selon la Banque d'Algérie. Une action en justice a été intentée, mais en vain. Nous avions reçu 15 millions de dinars d'intérêts». Le président appelle son directeur financier, le témoin Mohand Cherif Hassini, qui avait bénéficié d'un non-lieu lors de l'instruction. Il confirme tous les propos de son prédécesseur. Hocine Bouridane, ancien directeur de la trésorerie au CPA, a été nommé en 2002 président du conseil d'administration de la Société générale des finances, spécialisée dans l'achat en Bourse. Il affirme avoir déposé à El Khalifa Bank 13 millions de dinars à un taux de 13,75%. Mahdi Mahdid est devenu témoin après avoir bénéficié d'un non-lieu pour la même affaire. Il était chargé d'étude au fonds des microcrédits avant d'assurer l'intérim de la gestion de ce fonds, mis à la disposition de la Caisse nationale d'assurance chômage (CNAC). Il explique que statutairement, le fonds était obligé d'assurer les microcrédits, et comme il y avait une convention entre l'Agence de développement social (ADS) et El Khalifa Bank, «nous étions dans l'obligation de signer avec la banque pour assurer le programme de développement pastoral». Le juge : «Est-ce que le directeur général a pris la décision du placement de 1,250 milliard de dinars seul ou sur résolution du conseil d'administration ?» Le témoin : «Le conseil d'administration n'a jamais pris de décision pour les placements.» Il nie être intervenu pour le recrutement de sa fille à Khalifa Airways, ou d'avoir utilisé la carte de thalassothérapie qu'on lui avait laissé à son secrétariat. Le juge appelle Abdelkader Laamri, directeur général de l'hôtel El Aurassi, qui reconnaît avoir déposé à El Khalifa Bank un montant de 177 millions de dinars en 2002 puis en janvier 2003, pour bénéficier d'un taux d'intérêt de 9% puis de 12%. Montant, dit-il, qu'il n'a pu récupérer. Boubeker Ourir, directeur général de l'OPGI, explique avoir trouvé des placements déjà effectués lorsqu'il a remplacé Blidi à la tête de l'Office, affirmant néanmoins avoir reconduit un dépôt de 50 millions de dinars. El Hadi Kharbat était directeur général de la Mutuelle des travailleurs communaux qui a déposé un peu plus de 126 millions de dinars à El Khalifa Bank. Il confirme qu'il a bénéficié de billets d'avion gratuits, au même titre que d'autres cadres de l'Office, précisant qu'à chaque fois qu'un membre du conseil d'administration avait besoin d'un billet pour assister à la réunion du conseil, la demande était faite à El Khalifa Bank, qui répondait favorablement. Nasreddine Benhmidat, directeur financier de la minoterie Les Moulins d'Algérie, une filiale du groupe Eriad, a placé, entre 2000 et 2002, 300 millions de dinars à El Khalifa Bank à un taux d'intérêt de 9,75%, mais seuls 32 millions de dinars ont été perdus. Youcef Boukhalfa, directeur général des Moulins Beni Mezghana (groupe Eriad), qui déclare que 200 millions de dinars ont été déposés avant qu'il soit nommé à la tête de l'entreprise. Au procureur général qui l'interpelle sur une instruction du PDG du groupe relative aux placements des filiales de l'Eriad à la BADR, le témoin se perd mais finit par reconnaître l'existence de cette directive, en soulignant qu'elle datait de fin 2000. Ali Belkacemi, de l'Entreprise de goudronnage des routes, a placé 26 millions de dinars à El Khalifa Bank, qu'il n'a pu récupérer. Djahida Saouti veuve de Zerrouk Djamel (décédé après avoir passé deux ans en prison) dont les deux enfants travaillaient l'un comme pilote à Khalifa Airways, l'autre informaticien à la banque, confirme que son défunt mari avait acheté une villa à Chéraga, alors que celle de Zghara (Notre-Dame d'Afrique) est un bien familial qu'elle a vendu. Radia Benkha était chargée des crédits documentaires au niveau de l'agence de Chéraga, puis directrice du commerce extérieur. Elle est entendue à titre indicatif. Elle explique la procédure des opérations de commerce, précisant que l'agence est un intermédiaire agréé qui ouvre le dossier et l'envoie à la direction générale, qui elle fait un autre dossier et achète une bourse en devises auprès de la Banque d'Algérie. «Est-ce que Khalifa Airways a fait des dossiers pour transférer des devises ?» demande maître Meziane. Le témoin : «Ces dossiers ne passaient pas par moi. Au service, un collègue était chargé des transferts libres et des remises documentaires. Khalifa Airways passait par les transferts libres.» Le procureur général : «Le transfert libre ne concerne-t-il pas les personnes physiques ?» Le témoin : «Cela veut dire que l'opération n'a besoin d'aucun engagement ni de la banque émettrice ni du fournisseur. Cela peut concerner aussi bien les personnes que les entreprises.» Le procureur général lui demande si elle n'a pas été entendue dans le cadre de l'instruction sur Khalifa Swift, comme son directeur général, Cherif Maloufi. Radia Benkha dément catégoriquement. Ammar Boubekraoui est le dernier témoin à être entendu. Il était directeur de la centrale des risques à la Banque d'Algérie. Son travail consistait à recevoir les états bimensuels des banques sur les crédits qui dépassent 2 millions de dinars, de les analyser et d'alerter les concernés en cas de risque. Le juge le fait revenir à El Khalifa Bank. «Le bulletin statistique fait état de tous les cas d'endettement. El Khalifa Bank avait des données comptables très discordantes, des filiales non déclarées et les crédits accordés à Khalifa Airways n'étaient pas déclarés. La création d'Airways a été faite sur fonds propres qui ne doivent pas dépasser les 20%. Les crédits au personnel dirigeant des filiales n'ont pas été déclarés…» Le juge : «Comment vous rendez-vous compte de ces crédits ?» Le témoin : «Airways est une EURL qui n'est pas déclarée à la centrale des risques, y compris Khalifa Construction. S'il n'y a pas de déclaration, on ne peut rien faire. D'ailleurs en 2003, les crédits aux actionnaires dirigeants ont été annulés. Pour Antinea Airlines, par exemple, j'ai appris par hasard sa vente parce qu'elle était domiciliée au CPA.» A propos des crédits alloués à Airways, le témoin indique avoir entendu parler d'un montant de 6 milliards de dinars, en étant formel qu'il s'agissait de crédit et non pas de créance, tel qu'affirmé par Me Lezzar. Aujourd'hui, le tribunal poursuivra l'audition d'une trentaine d'autres témoins.