La nouvelle a couru sur la Toile : la petite mosquée El Berrani d'Alger s'est effondrée dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier ! De quoi émouvoir les amoureux du patrimoine sur le sort de cet édifice religieux, l'un des plus anciens du pays, construit en 1653 et rénové en 1818 sous Hussein Dey, dernier des deys. Située en dessous de la Citadelle qui domine La Casbah et au-dessus de la prison de Serkadji, la mosquée aurait été nommée Djamaâ El Berrani (mosquée de l'étranger) car elle était fréquentée par les étrangers à la ville qui empruntaient la route dite de Laghouat pour y entrer par la porte de Bab Ejdid, une centaine de mètres au-dessus. Devenue l'église Sainte-Croix durant la colonisation, classée monument historique en 1887, elle a regagné en 1962 son islamité originelle. C'est dire sa place dans le patrimoine national comme dans l'histoire et la personnalité d'Alger et la légitimité des inquiétudes après la triste nouvelle. En fait, c'est environ un tiers de sa toiture qui s'est écroulé, sans provoquer heureusement de pertes humaines, la salle de prière étant alors vide. Abdelwahab Zekagh, architecte-restaurateur et directeur de l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels (OGEBC) a restitué pour nous les causes de cet effondrement déterminées après expertise. Il s'avère qu'après le séisme de Boumerdès en 2003, les responsables de la mosquée, constatant des infiltrations d'eau, ont fait placer sur la toiture une dalle de béton recouverte de goudron et, à l'intérieur, de faux plafonds. Cela a entraîné le pourrissement des rondins de soutènement en bois, devenus invisibles entre les deux ajouts. Deux rangées d'entre eux, fortement amenuisés, ont lâché. Le 3 janvier, après son expertise, l'OGEBC a mobilisé une entreprise déjà à pied d'œuvre et le ministre de la culture, Azzedine Mihoubi, s'apprête à signer une décision de lancement en urgence des travaux de restauration de cette mosquée qui fait partie du secteur sauvegardé de La Casbah. Cet incident relance la question des monuments anciens utilisés à titre religieux ou profane et dont les responsables sont tenus de solliciter les instances du patrimoine et leurs experts pour toute intervention ou installation. Une clause hélas souvent peu respectée. Encore une fois, la rumeur a trouvé en Internet un amplificateur de choix. Mais elle a eu au moins le mérite d'alerter l'opinion et de faire un peu connaître cet édifice séculaire. En dépit des nombreuses destructions coloniales et des négligences postindépendance, La Casbah (classée au patrimoine mondial de l'Unesco) abrite plusieurs anciennes mosquées : La grande mosquée d'Alger (Djamaâ el Kebir), construite par Youcef Ibn Tachfin en 1097 ; Sidi Ramdane, vieille de dix siècles environ ; Djamaâ Ketchaoua (1436) ; la mosquée Ali Betchin (1622) ; Djamaâ Ejdid (1660), dite Mosquée de la Pêcherie… Autant de témoins précieux de l'histoire et autant de raisons de s'attacher à ce patrimoine et de le défendre sans concession.