Si le terrorisme a été considérablement réduit sur le terrain militaire, l'intégrisme continue à faire des ravages au sein de la société. Cette constatation, faite il y a plus d'une quinzaine d'années par un officier supérieur chargé de la lutte antiterroriste, prend encore plus de sens aujourd'hui à l'ère de l'internet, de l'influence des réseaux sociaux dans l'endoctrinement et autres sites sectaires. Ceux-ci ont, depuis longtemps, pris le pas sur les méthodes traditionnelles de prosélytisme, de recrutement et d'embrigadement que l'on a connues en Algérie depuis des décennies. Il n'en demeure pas moins qu'à la lumière des «révélations» faites par le ministre des Affaires religieuses, il y a de quoi être inquiet. On apprend ainsi après tout ce qu'a vécu le peuple algérien durant la «décennie noire», on continue encore à sous-estimer le danger que représente la propagation des idées intégristes, notamment parmi la jeunesse et, d'une certaine manière, au sein d'une population perméable aux arguments de prêcheurs «pousse-au-crime». Si la majeure partie d'entre eux sévit sur la Toile, il existe par contre des espaces et des portions du territoire qui échappent à tout contrôle de l'autorité. Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, a révélé que plus de 130 écoles coraniques privées, financées par des bienfaiteurs et hommes d'affaires, ont été recensées jusqu'à présent. A celles-ci, il faut ajouter les innombrables salles de prière qui existent dans les cités universitaires, au sein des entreprises, où officient des «imams autoproclamés» ou adoubés par on sait qui, servant ainsi de relais à des dérives sectaires. Si certaines de ces écoles ont été fermées parce que jugées trop radicales, la plupart d'entre elles poursuivent leurs activités sans même avoir été agréées par l'Etat. Il est difficile dans ces conditions de savoir ce qui y est enseigné et surtout d'être sûr qu'elles ne sont pas un lieu d'endoctrinement et d'embrigadement sectaires de jeunes souvent crédules, d'autant que par ailleurs aucune riposte critique n'est apportée aux soi-disant arguments avancés, souvent basés sur une compréhension tronquée de l'islam et une interprétation hors contexte du Coran. A l'instar de ce courant «moudkhaliste», autre avatar du «wahhabisme» saoudien, et qui sévit aussi bien sur la «Toile» que sur les lieux de culte. Pis encore, son principal animateur appelle à partir d'Arabie Saoudite les jeunes Algériens à aller se battre en Libye, à Benghazi, aux côtés des islamistes de Daech. Le mérite du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs est d'avoir souligné que l'on a, jusqu'à présent, négligé la bataille des arguments sur internet et les réseaux sociaux, laissant des milliers de jeunes à la merci des semeurs de haine et de division entre Algériens. Il appelle d'ailleurs tous ceux qui en ont la capacité à leur apporter la contradiction afin de contribuer à la prévention de l'extrémisme religieux et des dérives sectaires. Son appel sera-t-il entendu ?