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L'Amérique est de plus en plus considérée comme une menace à la paix et à la sécurité internationales
Tewfik Hamel. Chercheur en histoire militaire et études de défense (Montpellier III) et consultant
Publié dans El Watan le 02 - 12 - 2016

Des cessez-le-feu qui ne tiennent pas en Syrie, des démonstrations de force entre les Etats-Unis et l'Iran dans le golfe d'Aden, des menaces entre Baghdad et Ankara... Au Moyen-Orient, les rivalités des grandes puissances se mêlent inextricablement aux dynamiques, enjeux et conflits régionaux.
- Les tensions au Moyen-Orient semblent à nouveau connaître un pic. L'imbrication des enjeux est-elle la seule responsable de cela ?
Bien que la crise soit plus aiguë au Moyen-Orient, elle traduit une crise structurelle (c'est-à-dire ni transitoire, ni accidentelle, ni conjoncturelle) que vit le système international, qui découle de deux facteurs interdépendants : des déséquilibres profonds dans l'économie mondiale en faveur des Etats-Unis et un élargissement universel des inégalités sociales au sein et entre nations. Les institutions existantes n'ont pas su s'adapter pour refléter les réalités et rapports de force d'aujourd'hui.
Nous sommes loin de 1945, lorsque l'Amérique représentait 45% du PIB mondial. La centralité des facteurs économiques dans le cadre de la stratégie américaine devient évidente une fois considérés sous l'angle de la relation entre croissance économique, facteurs géopolitiques et impératifs stratégiques. La puissance nationale est un produit de l'interaction de deux éléments : la capacité d'un pays à dominer les cycles d'innovation économique à un moment donné et, ensuite, à utiliser les fruits de cette domination pour produire des capacités militaires effectives qui, à leur tour, renforcent les avantages économiques existants tout en produisant un ordre politique favorable.
Les conséquences de cette crise sont importantes géopolitiquement : guerres impérialistes, montée des nationalismes, conflits commerciaux au sein du noyau capitaliste, turbulences sociales mondiales, terrorismes, etc. Dans les années 1980-90', les conflits étaient centrés sur les organisations internationales comme l'OMC, le FMI et la Banque mondiale. Bien qu'elles continuent à servir comme les arènes dans lesquelles les relations de plus en plus acrimonieuses entre les nations et les régions sont gérées, l'intervention géopolitique ouverte (guerre directe ou par procuration, renversement de gouvernements, déstalinisation des nations, annexion, etc.) est désormais au sommet de l'ordre du jour.
Cela dans un contexte de tensions politiques croissantes entre les pays avancés et une incapacité croissante des Etats-Unis à imposer un consensus politique. Cela indique une phase de lutte géopolitique plus ou moins ouverte entre les grandes puissances entraînée par le besoin de dominer et subordonner les petits Etats à leurs propres capitales. La Syrie est l'un de ces théâtres seulement.
- Justement, en Syrie où la Russie mène le jeu mais aussi au Yémen, où l'Arabie Saoudite implique, via la coalition, les Etats-Unis dans des frappes aériennes contre les civils, Washington semble aujourd'hui condamnée à «réagir» : pourquoi ne parvient-elle pas à prendre le lead ?
La période électorale entrave toute démarche ambitieuse des Etats-Unis, y compris la constitution d'une coalition internationale. Le fiasco irakien, l'austérité depuis 2010, l'évitement de guerre directe entre de grande puissance contraignent les Américains à privilégier les stratégies indirectes. En outre, l'une des conséquences du rééquilibrage vers l'Asie est le recours croissant des Etats-Unis à des sous-traitants régionaux, grâce à la poursuite d'une stratégie d'engagement impliquant moins de visibilité et une «empreinte légère» exécutée grâce à des conseillers, formation et aide militaire, un appareil consultatif, etc.
La mort des civils n'est ni collatérale ni propre aux Saoudiens. Plus 3700 de civils ont été tués dans les deux mois ayant suivi l'intervention en Afghanistan. Au Pakistan, en moyenne, plus de 90% des civils ont été tués lors des attaques de drones. En 2009-10', pour chaque taliban ou terroriste d'Al Qaîda tué, 140 civils pakistanais innocents sont tués.
- En Syrie, la guerre est souvent décrite comme une guerre dans une autre guerre, celle que se livrent deux empires, les Etats-Unis et la Russie. Mais pour quelle(s) raison(s) le rapport de force a-t-il tourné en faveur de la Russie ?
Du point de vue du droit international, seuls les Russes sont intervenus légalement en Syrie. Les Etats-Unis et certains pays européens l'ont fait sous couvert d'un droit de «légitime défense» expansive. Le même qui a justifié la guerre préemptive alors même que ce type de guerre, menée à un stade très précoce, avant même que la menace se matérialise, n'a rien à voir avec la légitime défense reconnue par l'ONU. Comme de nombreux sondages le montrent, l'Amérique est de plus en plus considérée comme une menace à la paix et sécurité internationales. L'empire de la liberté a toujours été un empire de sécurité au nom de la liberté au détriment de la liberté.
C'est une erreur et même dangereux de supposer que l'Amérique est une force de bien pour le bien. Le cœur du problème est la conviction presque théologique que la puissance américaine est par nature bonne, et ce qui suit son sillage seront la liberté, la démocratie et la stabilité. Il se peut que l'Amérique vive son «moment de Suez» au Moyen-Orient. Les grandes puissances aujourd'hui, comme dans le XVIe siècle, sont des entités précaires dont les existences, comme l'observait Saint Auguste en son temps, «peuvent être comparées à un verre dans toute sa splendeur fragilité».
- Face à Ankara qui ne veut pas retirer ses hommes du nord de l'Irak, le Premier ministre irakien, le chiite Haïder Al-Abadi, a parlé de risque de «guerre régionale». Comment la situation pourrait-elle concrètement empirer et modifier les équilibres ?
Un mot pour décrire la situation au Moyen-Orient : chaos. Mais le pire scénario pour le monde est la guerre entre superpuissances. Dans le cas où les Etats-Unis, la Russie, l'Europe ou la Chine estiment que leurs intérêts de sécurité sont menacés, les conflits internationaux dans ces régions impliquent toujours un sérieux risque de mondialisation. Les rivalités des grandes puissances se mêlent inextricablement aux dynamiques, enjeux et conflits régionaux.
Même une guerre entre puissances moyennes dans la région (Iran, Turquie, Pakistan, Israël, Arabie Saoudite, etc.) pourrait être catastrophique et débordera largement le cadre régional étant les alliances avec les puissances extérieures. La stratégie de défense d'Ankara évoluait autour des deux guerres (Syrie et Grèce) et demie (les Kurdes). Le séparatisme kurde reste un cauchemar pour Ankara. Une erreur de calcul pourrait entraîner l'impensable.
- Après Dabiq, bientôt Mossoul et Syrte : l'EI perd un à un ses territoires. Que va changer (en bien ou en mal) la fin militaire de l'EI ? Quels scénarios (pessimistes ou optimistes) prévoyez-vous pour le Moyen-Orient ?
Daech n'est pas une menace existentielle. Elle bénéficie du laxisme et même du soutien des acteurs impliqués. Pour les Etats-Unis et leurs alliés européens et du golfe impliqués en Syrie, le terrorisme (pour paraphraser Clausewitz) «est la continuation de la politique par d'autres moyens». Même après le 11 Septembre 2001, la sécurité nationale dans l'ensemble continue à être définie de manière traditionnelle. Les menaces sont concrètes, précises et fondées sur les capacités matérielles.
Les enjeux, pour la plupart, sont des questions politico-militaires telles que l'énergie, le territoire, les alliances, la crédibilité et le prestige. La primauté du géopolitique et stato-centrisme dans la pensée stratégique et les calculs des Etats est la règle. C'est au Moyen-Orient que ce «grand jeu» prendra de l'épaisseur. Les guerres par procuration sont de retour et le pire n'est jamais loin.
L'élimination de Daech ne signifie pas le retour de la stabilité. Il faut des décennies pour se remettre des conséquences de ces guerres prédatrices. Dans certains cas, on soutient les insurrections, dans d'autres, le gouvernement. Les interventions ouvertes ou couvertes ont précédé Al Qaîda et Daech.


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