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Amor Hakkar (Réalisateur)
« Dieu merci, j'ai continué… »
Publié dans El Watan le 25 - 10 - 2007

Après une longue hibernation, il tombe amoureux de sa région natale et réalise un film, La maison jaune, tourné dans la région de Khenchela, en chaoui. Comme une renaissance, le réalisateur compte se remettre au travail, pour longtemps cette fois-ci. Amor Hakkar est né en 1958 dans les Aurès. Il quitte la région à six mois et sa famille s'installe en France. Après des études scientifiques, il se consacre au cinéma et à l'écriture. Il réalise un court puis un long métrage en 1992, Sale temps pour un voyou . Comme écrivain, Amor Hakkar a en particulier signé La cité des fausses notes en 2001, un ouvrage qui a obtenu le prix du livre Marcel Aymé.
La maison jaune a reçu trois prix au Festival de Locarno…
C'était miraculeux. On est allé faire ce film dans cette région des Aurès et on a encore tous les souvenirs du tournage puisque ça ne date que d'une année. On savait qu'on avait un budget faible, l'un des plus faibles du cinéma français, mais ce qui comptait pour nous c'était de faire ce film, en langue chaoui, dans les Aurès et avec les gens des Aurès. A aucun moment on ne s'est préoccupé de la sortie du film et de sa distribution. Voilà c'était là notre démarche et on se disait, si on accroche un ou deux festivals, eh bien ! on irait avec plaisir. On envoie donc le film par la poste et un jour, on reçoit un mail nous disant que nous sommes en sélection internationale dans l'un des plus grands festivals de cinéma du monde à Locarno. L'idée de se retrouver avec des gens très connus, comme Anthony Hopkins ! Du coup, une fois là-bas, on était sur un nuage. Je ne me lassais pas de voir ces grands panneaux où il y avait la liste de tous les films et où il y en avait un avec la mention France/Algérie… Au final, on n'a pas eu de prix officiels, mais on en a eu trois dans les sélections parallèles (prix du Jury des jeunes, prix du Jury œcuménique et prix Don Quijote). Par la suite, on a reçu des dizaines d'invitations de Namur, de la Corée, de Montréal, de Sao Paulo, d'Allemagne, d' Angleterre, de Montpellier…
Votre film évoque le deuil, y a-t-il une part de vous dans l'histoire ?
J'ai commencé ma carrière cinématographique en 1992 avec Sale temps pour un voyou , et très vite quelque chose ne fonctionnait pas. Je ne savais pas quoi et j'ai cherché cherché… toujours est-il qu'après ce film, je me suis plus au moins noyé et j'ai eu une très longue traversée du désert qui a duré une quinzaine d'années. Je ne savais plus qui j'étais, encore moins si j'étais un réalisateur et je ne savais même plus pourquoi je voulais faire du cinéma. Je ne savais plus rien, à vrai dire. Les jours qui s'écoulaient étaient même difficiles parce qu'il m'était très douloureux de penser à autre chose qu'au cinéma. En même temps, comme je n'en faisais plus et depuis longtemps, j'étais dans une situation assez délicate psychologiquement. Et puis, mon père nous a quittés. Son souhait était d'être enterré dans son petit douar d'Aït Fringuel, dans les Aurès. Disponible depuis de longues années, on m'a confié son enterrement, et une fois aux Aurès, ça a été un choc. J'ai redécouvert d'un seul coup que j'étais originaire d'un autre pays, j'ai redécouvert au plus profond d'eux, leur véracité, leur justesse, ce que sont nos traditions, notre culture, des choses comme ça ancestrales, ça ne triche pas, quand ça date de plusieurs siècles. J'ai été impressionné par tout ça et j'ai eu très vite envie de retourner là-bas.
C'était la première fois que vous retourniez en Algérie ?
Non, mais les autres fois, dès mon arrivée je n'avais qu'une envie, c'était de repartir, et là, j'étais forcé de rester quelques jours. Il y avait un temps nécessaire que je ne maîtrisais pas, à savoir les obsèques de mon père. C'est là que j'ai ressenti le besoin d'aller sillonner ces régions. Je me suis intéressé aux gens aussi, je les ai regardés, écoutés simplement et de là est né une envie de faire quelque chose, dans un premier temps, un documentaire que j'ai fait en 2001 Timgad, la vie au cœur des Aurès et, dans ce prolongement, l'envie de faire une fiction. Mais je voulais un film qui soit à la hauteur, respectueux des hommes, des femmes et des paysages de cette région. Petit à petit, en m'écoutant et en écoutant tout ce qui se passait autour de moi, cela a donné naissance à La maison jaune.
Pourquoi avoir choisi de faire un film avec des amateurs ?
Si c'est pour dire que le métier d'acteur n'est pas leur premier métier, de ce point de vu là, oui, excepté Tounès Aït Ali qui est une professionnelle. Souvent, la différence entre un amateur et un professionnel c'est que le premier n'est pas payé. Mais tous avaient envie de jouer au moment où je leur avait demandé de le faire et ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes.
Comment s'est fait le choix des acteurs ?
On sillonne, on regarde beaucoup les gens, quand on a envie de faire un film, on connaît nos personnages. Et en sillonnant la région, on rencontre ces personnages, on sait du moins qu' ils se rapprochent du profil recherché. Bien sûr, je ne pourrai jamais trouver le personnage à qui je pensais en écrivant l'histoire, à moins d'inverser la procédure et d'écrire le personnage en fonction d'un acteur choisi. Voilà, c'était des rencontres avec des envies, des envies de faire, de montrer ces gens…
Et pourquoi vous en tant que comédien dans le film ?
Juste l'envie. Même s'il y a toujours des choses très profondes derrière. On s'est même préparé au cas où je n'aurai pas été bon. Mais concrètement, je me suis un peu entraîné pendant une année.
Comptez-vous refaire l'expérience ?
Non, la question ne se pose pas. Je ne cherche pas à la refaire et je ne sais pas. J'ai surtout envie de faire d'autres films. C'était juste un moment où il fallait le faire, je ne me considère pas comme un acteur, mais comme un réalisateur.
Avez-vous eu des difficultés pendant le tournage ?
Rien n'a été fait pour nous empêcher de tourner. Nous avons eu les autorisations qu'il fallait. Nous déplorons néanmoins le peu de considération porté à notre égard, surtout au vu des résultats. Il s'agit comme même d'un film algérien qui a été à Locarno, Namur… On est traité avec beaucoup de légèreté, je ne dirai pas d'irrespect, mais bon. Je ne dirai pas qu'on doit être traité de façon exceptionnelle, mais juste de façon normale et ce n'est pas le cas en ce qui concerne les responsables. Pourtant, nous avons respecté l'ensemble des engagements. Nous avons obtenu une aide dans le cadre d'Alger capitale de la culture arabe, du Fdatic aussi. Autant les rapports étaient bons avec ce dernier, autant ils ont été difficiles avec le CNCA. On sent bien qu'il y a du point de vue du traitement deux poids, deux mesures. Le produit est fini et on nous demande de nous justifier, comme si on ne voyait pas où est allé cet argent ! Et puis on nous a reproché de projeter le film à Locarno avant de faire une avant-première en Algérie. Il est évident que je serais très fier et très honoré de le montrer aux algériens, mais je dirai, quelle fabuleuse chance aussi pour la région des Aurès, pour l'Algérie, que ce film ait pu passer à Locarno. Aurions-nous dû attendre que l'avant-première ait lieu à Alger et aller le présenter dans la Creuse ? L'occasion était extraordinaire, des articles dans le monde entier évoquent ce film, l'Algérie, autrement que ce que l'on voit régulièrement hélas, avons-nous le luxe de nous passer d'articles qui valorisent notre cinéma et notre culture ?
Comptez-vous le projeter en Algérie ?
Oui, vers la fin octobre ou au début novembre, c'est du moins ce que l'on nous a dit. La copie est déjà à Alger, on attend plus que la date soit fixée. Mais on a surtout envie de le présenter dans les Aurès, on nous a dit qu'il y avait des possibilités grâce à un cinéma itinérant, on aimerait beaucoup que les gens, qui ont participé d'une manière ou d'une autre à ce film, puissent le voir.
Vous avez-fait des études scientifiques, qu'est ce qui vous a mené au cinéma ?
J'ai toujours aimé la littérature et l'écriture, mais dans un bidonville, on apprend tout, sauf rêver. La réalité quotidienne est là, c'est très difficile de rêver et même de dormir, quand vous avez les pieds de votre frangin dans le nez et quand vous voyez votre père en début de semaine hyper- crevé d'avoir porté des sacs de ciment sur le dos, vous -vous dites, il va falloir très vite avoir les pieds sur terre. Moi, j'ai eu la chance d'avoir des parents sévères et rigoureux, qui nous ont poussé à faire des études. Voilà, donc j'ai eu mon bac, puis j'ai fait médecine et très vite je me suis rendu compte qu'il y avait un problème. Pour moi la médecine ça se résumait à du sang, de la dissection. J'ai erré d'études en études, alors qu'il y avait quelque chose que j'aimais, mais que j'avais du mal à m'expliquer, parce que ce n'était pas autorisé. Il fallait trouver des solutions intermédiaires, des voies de garage... Et un jour, je me balade et je vois quelqu'un que je connais qui tient une caméra. Il avait un CAP de chaudronnier, ça nous a rapprochés un peu, il n'a pas fait de grande école. Je me suis dit, que moi aussi je pouvais passer du bidonville à la caméra, les raccourcis sont parfois simples. J'ai arrêté mon travail et j'ai fait un court métrage en 1989. Ensuite, la machine allait trop vite, j'avais tellement attendu, je monte ma boîte de production, j'enchaîne avec un long métrage, incroyable ! Le premier film fait par un franc-comtois. On en parle dans le journal et on ne comprend pas pourquoi son film n'est pas retenu à Cannes. c'est un premier film, il est mauvais (rires). Après ça bouge, je rencontre des gens, je prends le TGV, je saute d'une bagnole pour remonter dans une autre, c'était impressionnant, puis à un moment c'était la chute...
Qu'en est-il de l'écriture ?
Elle ne m'a jamais abandonné. J'ai toujours aimé écrire et c'est probablement l'une des choses les plus agréables. J'ai beaucoup écrit pendant une quinzaine d'années, c'était peut-être la seule chose qui me restait et c'était marrant parce que même là-dessus je m'interrogeais. Parfois, je me culpabilisais même quand je me mettais à écrire, Dieu merci, j'ai continué à le faire, mais je ne rêvais plus à transformer mes scénarios, mes nouvelles en film. Je n'ai publié qu'un seul livre La Cité des fausses notes, Ed. Petrelle, il a eu du succès, cela m'avait fait du bien, et surtout deux mois de RMI à l'époque, 20 0000 FR, j'en ai refilé la moitié à ma mère. Mais je crois qu'on fait simplement les choses parce qu'on aime les faire.
Etes-vous sur un autre livre ou un autre film ?
Pour l'écriture, je n'ai rien prévu pour l'instant. Mais par contre, on a des scénarios prêts et un projet en Franche-Comté, intitulé Quelques jours de répit. Ensuite, il n'est pas impossible que je retourne tourner en Algérie, j'en ai vraiment envie. Mais là, ce ne sera pas sur les Aurès, mais sur l'Algérie en général…


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