Trente-trois députés ont signé hier une motion de dénonciation contre les pressions subies par Hahassaene Kourdourli, ex-médecin chef de la Protection civile. Cet ancien cadre avait subi les foudres de sa hiérarchie, avant d'être relevé de son poste, il y a plus de quatre ans, pour avoir dévoilé de graves affaires liées à la corruption et à l'espionnage. Dans cette lettre de trois pages, les députés sont d'abord revenus sur les affaires mises au jour par Dr Kourdourli, avant d'interpeller le président de la République en sa qualité de premier magistrat du pays. « Ces affaires ont porté gravement atteinte à l'image du pays et à sa crédibilité du fait qu'il s'agit d'une violation flagrante des lois de la République, à partir du moment où le ministère de la Solidarité a autorisé l'importation via l'ambassade de France, au titre de dons d'équipements radio douteux qui portent atteinte à la sécurité de l'Etat (…). Les plaintes déposées par Kourdourli au sujet de cette affaire et celle liée au faux en écriture publique, usurpation de filiation et dépassement dans la gestion sont restées sans suite, en dépit de la gravité des faits rapportés. Ce qui pose un vrai problème de justice et de crédibilité de cette même justice. Plus grave, les concernés par ces affaires se sont empressés de déposer trois plaintes qui ont été mises en action par la direction générale de la Protection civile et le ministère de la Solidarité nationale. Ce qui, par conséquent, montre que la volonté politique derrière le blocage de ces affaires au niveau de la justice est celle-là même qui a esté en justice le dénonciateur », ont écrit les parlementaires. Que les pressions « cessent » Ils se sont demandé s'il est normal qu'un citoyen soit poursuivi pour avoir dénoncé des malversations. « Ce qui est arrivé au Dr Kourdourli est une honte (…). Il est donc impératif que toutes les institutions de l'Etat ne soient pas sous l'emprise des volontés qui veulent cacher la vérité et qui empiètent sur le droit à la citoyenneté », ont précisé les députés. Ces derniers ont appelé les autorités à intervenir auprès de la direction générale de la Protection civile et du ministère de la Solidarité pour mettre un terme aux poursuites engagées contre l'ancien médecin chef et de cesser les « pressions » qu'il subit pour avoir dénoncé les dépassements dans la gestion. la réintégration du cadre exigée Les députés ont par ailleurs exigé la réintégration de ce cadre et sa réhabilitation au sein de l'administration. « Ce qui est arrivé à ce dernier démontre l'absence flagrante de l'Etat et que les lois de la République restent entre les mains de ceux-là mêmes qui versent dans les affaires de corruption. Que devient alors le slogan ‘‘Nul n'est au- dessus de la loi'' lorsque des responsables influents au sein du pouvoir restent intouchables au détriment de ceux qui les dénoncent ? Ce qui est arrivé à ce cadre n'est qu'un exemple parmi tant d'autres et risque de pousser de nombreux citoyens intègres à opter pour des voies suicidaires qui les mèneront droit vers l'exil », lit-on dans la motion. Les parlementaires ont de ce fait condamné avec virulence « les abus » dont a été victime l'ancien médecin chef de la Protection civile, mais aussi « le silence » des institutions officielles et des partis politiques « sous prétexte du respect de l'obligation de réserve ». Ils ont exhorté enfin le président de la République à désigner une commission d'enquête pour faire la lumière sur toutes les affaires dévoilées par le médecin afin que les auteurs soient poursuivis dans la mesure où la justice « a été défaillante », et ce, depuis plus de deux ans, date à laquelle des plaintes lui ont été confiées. A signaler que l'ancien médecin chef a porté à l'opinion publique ces graves révélations, mais aucune suite ne leur a été donnée par les autorités concernées. Peut-on espérer voir la justice se saisir enfin de ce lourd dossier qui touche non seulement à la crédibilité des institutions de l'Etat mais aussi à sa sécurité ?