Le collectif d'historiens qui s'est constitué pour protester contre la loi du 23 février 2005, qui recommandait d'enseigner dans les écoles françaises « le rôle positif de la présence française outre-mer et notamment en Afrique du Nord », vient d'apporter une précieuse contribution au débat en publiant un ouvrage majeur contenant des travaux remarquables qui revisitent, avec toute la rigueur du métier, certaines facettes de l'histoire de l'Algérie coloniale. Les contributions scientifiques judicieusement compilées dans ce livre, intitulé La France et l'Algérie : leçons d'histoire de l'école en situation coloniale à l'enseignement du fait colonial, ont été rendues publiques à l'occasion du colloque organisé en juin 2006, à Lyon, à l'initiative l'ENS-LSH, de l'Institut de recherche pédagogique et de l'Académie de la même ville. Elles portent essentiellement sur les questions scolaires au cœur de l'histoire des relations franco-algériennes de 1830 à nos jours. A travers des analyses bien documentées et parfaitement insérées dans une démarche scientifique qui se veut rigoureuse, des historiens de renom comme Aïssa Kadri, Gilbert Grandguillaume, Pierre Boutan, Benoit Falaize, Yann Scioldo-Zurcher, Khaoula Taleb-Ibrahimi, Djamel Boulebier et autres ont su restituer des pans entiers de cette histoire coloniale qui influe aujourd'hui encore sur les comportements des citoyens des deux rives, mais plus fortement encore sur les Algériens dont l'organisation et l'orientation de l'enseignement portent encore les stigmates. A travers les écrits des historiens on comprend beaucoup mieux pourquoi la culture et la langue françaises sont plus enracinées dans certaines régions du pays et beaucoup moins dans d'autres, dans notre pays plus que dans les autres pays colonisés, l'héritage ravageur de la doctrine de Jules Ferry sur les langues locales dont l'enseignement était interdit, la limitation du savoir réservée aux Algériens colonisés et les réformes scolaires fortement empreintes de cet esprit colonial entreprises par des gouvernants algériens après l'indépendance. Nous recommandons vivement la lecture de ce livre, que l'on doit à cet admirable collectif d'historiens des deux rives de la Méditerranée qui se sont unis pour assumer pleinement leurs prérogatives en retirant le travail de mémoire des mains des charlatans et pyromanes qui s'en étaient accaparés. De par son importance, cet ouvrage, publié par l'Institut national de recherche pédagogique, Service des publications de Lyon, gagnerait à être coédité par un éditeur algérien. C'est, en tout cas, le souhait formulé par tous les privilégiés qui ont eu la chance de le lire.