Natif d'El Madania, anciennement Clos Salembier, Rachid Ouanoufi bouclait sa vingtième année en décembre 1960. Il avait un frère Mohamed, son cadet, qui combattait les armes à la main depuis 1956. Ce frère a quitté les bancs du lycée dès le mois de mai 1956, suite à la grève illimitée des étudiants algériens. Rachid devait demeurer auprès de sa famille restant son seul soutien. Il activait par la distribution de tracts. Il se souvient : «Justement ce mois de décembre 1960, je devais mettre au courant les gens de se tenir prêt pour une manifestation pacifique organisée dans la capitale. Il fallait que cette manifestation se déroule dans les quartiers européens ou du moins à leurs limites pour gagner en efficacité et recevoir un grand écho médiatique». Le mot d'ordre était : «Aucune arme ne doit être portée par les manifestants». L'occasion était de démontrer l'unanimité du peuple algérien pour l'indépendance de l'Algérie, son soutien indéfectible au Front de libération nationale et de faire entendre sa voix pacifiquement. C'était la réaction légitime du peuple algérien face à la politique arrogante du gouvernement de la France de l'époque, présidé par le général de Gaulle. Depuis son avènement en mai 1958, il n'a cessé de combattre d'une manière impitoyable avec une obstination qui frise la schizophrénie les combattants algériens dans le maquis. C'est sous son règne qu'ont été érigés les terribles barrages frontaliers, bourrés de mines et de fils barbelés avec la Tunisie et le Maroc, empêchant l'approvisionnement en armes et où tombaient des centaines de valeureux moudjahidine. C'est sous l'autorité de De Gaulle que se sont déroulées les scènes de la terre brûlée, des zones interdites ainsi que les opérations les plus meurtrières, appelée par les funestes dénominations Jumelles ou «Pierres précieuses». Des centaines de milliers de soldats étaient engagés dans ces opérations. « Militairement, le terrain pour nos moudjahidine était devenu très difficile. Il restait l'action pacifique pour démontrer la ferme détermination du peuple algérien dans sa volonté de briser le joug du colonialisme », explique Rachid. Le 11 décembre, il se trouvait à Diar El Mahçoul. Ce quartier européen se situait sur les hauteurs d'Alger. En bas, c'est le quartier de Belcourt. Les manifestations pacifiques ont éclaté au même moment. « Ce fut un regain extraordinaire de nationalisme chez les citoyens algériens. Jamais unanimement, ils n'ont été aussi fermes et décidés à braver l'oppression colonialiste. « Sous les cris de : Tahia El Djazair, sans arme, et avec leur seul corps pour défense ils ont bravé les fusils mitrailleurs et les canons des chars qui ont été appelés sur les lieux », se rappelle Rachid qui était admiratif de la bravoure montrée par des femmes algériennes. Il précise : «Nos sœurs ont sorti les drapeaux algériens qu'elles ont confectionné dans la discrétion et qu'elles tenaient prêts pour fêter la victoire». Elles étaient en première ligne drapées de leur haïk. «La répression des forces coloniales était extrêmement violente, disproportionnée et inhumaine. Il y eut de nombreuses victimes», a encore déclaré Rachid pour qui, ces lourds sacrifices n'ont pas été vains puisque ces manifestations pacifiques, férocement réprimées par le colonialisme, ont été un tournant décisif dans la voie vers l'indépendance de l'Algérie.