Sofiane est un jeune de 28 ans. Habitant Bab El-Oued, il prend tous les jours le chemin de d?lala. A neuf heures, il est déjà sur place. Avec une certaine somme d?argent en poche, il est prêt à s?emparer de l?affaire du jour. «On ne sait jamais sur quoi on va tomber.» La nature de l?article lui importe peu, il s?agit plutôt de l?acheter à moindre frais pour le revendre plus cher. Avec ce genre de transactions, il s?assure la tchipa de la journée. C?est de cette façon qu?il gagne sa vie depuis plus de quinze ans. Mickael Jordan, comme l?appellent ses copains du quartier, en référence à son teint, avoue que négocier, c?est ce qu?il sait faire le mieux. Dans son quartier on lui reconnaît cette qualité. Chétif, il affirme qu?il n?est pas fait pour les durs boulots. «J?ai travaillé dans un café. Il fallait se lever tous les jours à cinq heures du matin.» Ceci pour faire 12 à 15 heures, debout derrière un comptoir, et souvent avec des clients qui rechignent. Son quotidien au marché de d?lala,consiste à sillonner les 400 m2 dans lesquels s?entassent parfois plus de 4 000 personnes. Le regard perçant , il se faufile comme un loup au milieu de la mêlée. Il examine les différents produits. S?il y en a un qui l?intéresse, il s?en saisit pour l?observer de plus près. Toutefois, il évite de se montrer très intéressé, de peur d?attiser la gourmandise du vendeur. Si l?article lui convient, alors il s?acharne sur son vis-à-vis avec une rafale d?arguments. Il juge le produit plein de défauts de fabrication, sinon trop vieux, ou même invendable. Il se présente comme le sauveur pour ce vendeur qui risque de s?encombrer trop longtemps avec un produit invendable. Si ça ne marche pas, il opte immédiatement pour la carte des sentiments. «Khouk zaouali, rak taaref halti.»