Résumé de la 6e partie n Les policiers ne croient pas aux aveux de Walter. Ils le soumettent à l'examen des psychiatres, qui le déclarent sain d'esprit. L'affaire arrive devant le tribunal de Landshut. Walter a pour avocat un très vieux ténor du barreau, si vieux qu'il plaide assis de sa place, avec l'autorisation du tribunal. Le jury est composé d'hommes et de femmes d'âge mûr. L'avocat s'est employé à récuser les plus jeunes. C'est donc à des jurés adultes qu'il s'adresse : «Je suis sûr, mesdames et messieurs les jurés, que vous avez reconnu en l'accusé un homme d'une qualité rare. A mon avis vous pensez moins à le punir qu'à le comprendre. Et à comprendre surtout comment il est arrivé devant vous, dans ce box. Je vais vous l'expliquer. «Pendant des années, mesdames et messieurs les jurés, vous avez dépensé beaucoup d'argent pour éduquer ce garçon. Des dizaines de personnes se sont relayées pour lui apprendre la nécessité d'être fidèle ; la beauté du mariage, la grandeur du sacrifice, le respect de la parole donnée, l'honneur... Lui auriez-vous inculqué tout cela pour qu'il n'en tienne pas compte ? Non. Alors soyez satisfaits, avec lui votre argent n'a pas été perdu. Il a fait siens les enseignements de votre éducation. C'est si rare... «Vous pensez bien sûr que j'oublie un détail. Il est vrai que la loi dit aussi : ”Tu ne tueras point.” Hélas, justement, vous lui avez tout appris sauf cela. Parce que lorsqu'il était enfant, qu'il avait dix ans, c'était encore la guerre. Une guerre qui a causé trente millions de morts ! «Ce garçon que vous avez devant vous est conscient de sa force physique, mais il est dépourvu d'agressivité. Il est modeste, humble, il accepte le monde tel qu'il est, tel que vous l'avez fait ! Il n'invente pas des lois pour son plaisir. Mais à l'inverse, il respecte celles qu'il connaît. Et je le répète, vous ne lui avez jamais démontré le prix que vous attachiez à la vie humaine et vous seriez bien injustes de lui faire payer aujourd'hui votre carence...» Le vieil avocat veut sans doute convaincre ce jury d'adultes, ces survivants d'une guerre meurtrière, ces parents d'une jeunesse qui n'avait peut-être pas, en effet, assimilé le prix de la vie humaine... Le débat fut court. Walter Wilckens a bénéficié des circonstances atténuantes et n'a été condamné qu'à quatre années de prison pour le meurtre de son épouse Ida. Si belle que le procureur avait dit : «Il a tué la beauté pure.» Est-ce une histoire d'amour ? Est-ce une histoire très bête ? Qu'en est-il du destin du chevalier Walter, l'assassin de la beauté pure ? Il fut libéré en 1965, à trente ans. Le bel âge. Deux bons siècles plus tôt, monsieur Voltaire écrivait : «L'honneur est le diamant que la vertu porte au doigt.»