Des constructions hétéroclites, des villes dénaturées, sans âme, voilà ce qu'est l'urbanisme dans notre pays. On construit à l'emporte-pièce des masses de béton qui s'agrippent les unes aux autres, permettant juste le passage des habitants. Ce qui a justifié l'appellation de cités-dortoirs. Des cités à l'environnement hostile, où les espaces de détente n'ont pas leur place et d'où la verdure est bannie. Béton et amoncellement de terre sont quasiment le lot de tous nos quartiers et de nos villes qui sentent le goudron et la poussière. L'aspect architectural n'a jamais été pris en compte par les pouvoirs publics soucieux seulement d'ériger des habitations, oubliant que l'acte de bâtir doit englober de nombreux aspects et impliquer plusieurs partenaires. Urbanistes, paysagistes et architectes sont boudés au profit des seuls promoteurs qui s'appliquent à mettre étages sur étages sans aucune préoccupation pour tout le pourtour des bâtiments, censé être animé pour le bien être des habitants. Les architectes ne cessent de soulever le problème qui est celui de tous nos quartiers, sans toutefois trouver une oreille parmi les responsables. Des séminaires sont souvent organisés dans le but d'attirer l'attention des pouvoirs publics, sans succès et sans suite aucune de la part de ces derniers. La question semble enfin susciter l'intérêt, avec l'invitation faite à l'Ordre national des architectes, lors de la dernière tripartite, de «présenter des propositions dans le cadre de la politique de l'urbanisme en Algérie». Des propositions qui aideraient «à préserver le cachet architectural national» à travers la mise en place de groupes de travail qui auront pour mission d'apporter leur contribution dans la réhabilitation du tissu urbain des villes antiques et dans la création de nouvelles villes auxquelles on doit absolument donner une architecture en conformité avec ce qui est ancien et une âme propre à notre société. Des villes animées par la vie qui doit se dérouler sous leur ciel et non entre les murs des habitations, et d'où doit être définitivement écarté «le caractère urgent des projets urbains» au nom duquel «plusieurs erreurs ont été commises» comme l'a souligné le président de l'Ordre national des architectes qui prône plus d'intérêt à la phase d'études. Ces groupes multisectoriels doivent s'atteler au suivi des aspects techniques, urbanistiques et esthétiques lors des travaux, aussi bien pour la restauration du vieux tissu urbain que pour la conception de villes nouvelles. Tirer profit des expertises et compter sur les compétences, des impératifs mis en avant par cet architecte pour les projets de logements, en cours ou à venir. R. M.