Il a déclaré au tribunal, en prenant la parole, qu'il est président de l'association des victimes d'El Khalifa Bank, agréée en France, en Belgique, au Etats-Unis et en Grande- Bretagne mais qu'il n'a pas reçu l'agrément du ministère de l'Intérieur en Algérie. M. Abed fera part des sommes déposées par les membres de sa famille et lui-même, et qui ont été perdues avec la liquidation d'El Khalifa Bank, avant de revenir sur les responsabilités. La victime dira : «La responsabilité c'est celle de la Banque d'Algérie. Moi je ne connais pas la banque El Khalifa mais je connais l'Etat, ses institutions et ses lois. Tout est de la faute de la Banque d'Algérie qui n'a pas joué son rôle de contrôle et donc c'est à elle d'assumer les pertes et de rembourser les victimes.» M. Abed est revenu ensuite sur les nombreuses démarches qu'il a entrepris pour récupérer son argent soutenant même avoir observé une grève de la faim avec 7 autres victimes et que le liquidateur, M. Badsi Moncef, lui aurait dit qu'il y avait une bonne nouvelle. «M. Badsi m'a affirmé qu'il allait assister à une réunion interministérielle et qu'il allait plaider leur cause. A son retour, il nous a demandé de lui accorder un mois. Mais après il a fini par dire ‘'le chef du gouvernement m'a trahi''. Il y a eu aussi les promesses de M. Sellal et bien d'autres mais personne n'a rien fait pour nous et cela a trop duré.» M. Abed, commerçant de son état, va se plaindre au tribunal au point de dire qu'il ne pouvait pas, à une certaine époque, acheter un sachet de lait. Ensuite, il va commencer à défendre El Khalifa Bank et dire que cette banque offrait le meilleur accueil, et les meilleurs services. Il soutiendra d'ailleurs que sa constitution ne vise pas El Khalifa Bank mais elle est contre la Banque d'Algérie. Abed va ensuite dire que les taux d'intérêt n'ont jamais été élevés et que, cette année, c'est pour la première fois qu'il a entendu parler des taux de 12% et de 14%. «Moi j'ai eu un taux de 7% et s'il y avait des taux de 12% et de plus comme je l'apprends, je n'aurai jamais déposé mon argent et j'aurai douté». Il semble bien que M. Abed a la mémoire très courte car, en 2007, il a assisté procès en tant que représentant des victimes d'El Khalifa Bank, et il avait non seulement écouté les déclarations des déposants, accusés et témoins, qui ont fait part des taux très alléchants proposés par les cadres d'El Khalifa Bank. En plus de cela, faut-il aussi lui rappeler que devant la juge Fatiha Brahimi, M. Abed criait à l'escroquerie dont il a été victime au même titre que l'ensemble des clients d'El Khalifa Bank. La victime affirmait, en 2007, que la banque et ses dirigeants ont causé le malheur des familles algériennes. Le tribunal va faire remarquer à M. Abed qu'il a été remboursé totalement par le liquidateur pour ses montants de 29 millions de centimes et 250 euros. De victime d'El Khalifa Bank en 2007 à victime de la Banque d'Algerie Ce dernier soutiendra que son épouse n'a toujours pas été remboursée. Lors des questions qui lui seront posées par la suite, M. Abed fera part de son divorce. Il en fera cas, sûrement sans le vouloir. Car lorsque Me Meziane, l'avocat d'El Khalifa Bank en liquidation tiendra à démonter à travers une question que la victime a bien été remboursée en dinars pour les 250 euros et qu'elle ne s'était pas plainte de ne pas les percevoir en devises, M. Abed explique qu'il «avais besoin d'argent pour payer les frais de la procédure de divorce». Me Meziane, et après avoir clairement précisé les remboursements de la victime, va demander à M. Abed si l'association qu'il préside et qui a été agréée dans les pays étrangers s'est constituée comme partie civile dans les procès liées à El Khalifa Bank? «Nous ne voulons pas poursuivre Abdelmoumène Khalifa mais la Banque d'Algérie», répète M. Abed. L'avocat demande alors s'il y a eu dépôt de plainte contre la banque d'Algérie à l'étranger. «Pour bientôt», soutient la victime justifiant le fait de n'avoir pas déposé plainte malgré l'agrément de l'association depuis 2005 car «il est exigé une décision d'autorité de l'action jugée». Me Meziane a tenu à dire avant de clôturer ses questions à l'adresse de M. Abed et de son «show» : «Monsieur le président, le tribunal criminel n'est pas une tribune et ce n'est pas une chaîne de télévision.» Le procureur général, M. Zargaras, va commencer par apporter une précision à une des déclarations de M. Abed. «Vous avez dit que le siège du Fonds de garanties des dépôts bancaires, c'est l'une des villas d'El Khalifa Bank. Je vous rappelle que la banque louait ses locaux et les propriétaires des lieux ont continué à mettre leur bien en location après El Khalifa Bank». Revenant à la constitution de M. Abed en tant que partie civile, le procureur va demander à ce dernier pour quelle raison il a présenté trois procurations établies dans des régions différentes et à des dates différentes, laissant entendre que c'est M. Abed qui a cherché à représenter les clients et qu'il n'y a jamais eu une rencontre entre les victimes de la banque El Khalifa. M. Abed n'arrivera pas à trouver une explication et se suffira d'assurer que ces personnes l'ont sollicité pour les représenter. Mais quand le procureur lui demandera s'il avait bien effectué un déplacement jusqu'à Mostaganem pour signer l'une des procurations, ce dernier dira qu'il ne se rappelle pas. «Je pense qu'ils sont venus. Ou peut-être qu'ils m'ont envoyé la procuration». Le procureur le fixe et dit : «Etes-vous certain de ce que vous dites car je vois bien qu'il y a votre signature sur la procuration établie par un notaire sis à Mostaganem. Vous confirmez n'être pas parti et que la procuration a été établie à distance?». L'avocate de M. Abed va intervenir comprenant bien que les déclarations de son client étaient assez graves. Le procureur lui fait signe de laisser son client répondre. M. Abed dit alors ne plus s'en souvenir. «Vous vous rappelez de certains détails comme l'accueil dans les agences d'El Khalifa Bank et les taux appliqués, les déclarations de M. Badsi mais pas de votre déplacement à Mostaganem !». Le représentant du parquet va lire un passage de l'audition de la victime par le juge d'instruction où elle avait déclaré avoir été arnaquée par El Khalifa Bank. «Vous changez vos déclarations aujourd'hui en plus vous êtes le premier à venir affirmer que les taux pratiqués par cette banque n'étaient pas élevés.» Le procureur va terminera ses questions en lui disant que «vous avez récupéré votre argent et ceux que vous représentez sont inscrits comme créanciers auprès de la liquidation. » Me Lezzar va intervenir pour demander à cette victime la raison de sa constitution et pour quelle raison elle se constitue en Algérie alors qu'elle ne s'est pas constituée en France. M. Abed dit que c'est «par respect au tribunal qui nous a envoyé une convocation». Les bons de caisses anonymes du pharmacien et les économies perdues du militaire à la retraite M. Maaouche, un particulier qui a fait plusieurs placements d'une durée de trois mois pour un montant de 500 millions de centimes à l'agence de Saint George s'est également présenté pour se constituer partie civile. Ce dernier soutiendra que les taux d'intérêts étaient de 5 et 7% seulement. M. Maaouche a également parlé de l'accueil impeccable dans les agences d'El Khalifa et de l'efficacité du service. Mais alors que le tribunal ne comprenait pas la raison du taux réduit des dépôts cités et par M. Maaouche et par M. Abed, le procureur va se rendre compte que ces deux victimes n'avaient pas effectué des dépôts à terme, mais des placements de bons de caisses anonymes. Le procureur va demander à M. Maaouche «Pourquoi n'avez-vous pas précisé au tribunal qu'il est question de dépôts de caisse. Ce dernier dit «Le tribunal ne m'a pas posé la questions». Le procureur va alors et à travers le jeu des questions réponses, faire savoir que la victime, pharmacien de son état, était client de KRG Pharma de Abdelmoumène Khalifa et qu'il connait ce dernier. Il précisera également que les bons de caisses sont des bons anonymes et demandera à M. Maaouche la raison qui pousserait un pharmacien qui exerce en toute légalité à recourir à l'achat de bons de caisse de manière anonyme. Ce dernier va lâcher doucement «Je suis discret de nature». Benaceur Abdelkader, un militaire à la retraite, est également un particulier qui s'est présenté pour se constituer partie civile devant le tribunal criminel près la Cour de Blida. Cette victime explique que dans sa précipitation pour déposer un chèque barré afin de récupérer un prêt qu'elle venait d'obtenir auprès de son employeur, le ministère de la Défense pour terminer sa construction. M. Benaceur a ouvert un compte courant à l'agence de Saint George où il a reçu la somme de 162 millions de centimes en août 2002. Une somme qu'il ne réussira pas à récupérer après la mise en liquidation de la banque en dehors des 70 millions de centimes, recouvrés auprès du liquidateur. «J'avais vendu mon logement et demandé un prêt pour construire et en perdant cet argent, ma famille s'est retrouvée sans toit. J'ai vendu l'or de ma femme, ma voiture et tout ce qui avait de la valeur. Wallah je ne pardonne pas. Que Dieu les punissent.» Ces montants effarants des OPGI Par la suite et tout au long de la journée d'hier, se sont présentés pour se constituer les représentants des entreprises publiques qui ont perdu des sommes importantes dans El Khalifa Bank. M. Benini Zineddine, l'actuel directeur général de l'Opgi d'Oum El Bouaghi s'est présenté devant le tribunal de Blida pour rappeler que l'office a perdu 26 milliards de centimes. Le conseiller juridique de Moulins des Bibans de Bordj Bou Arréridj, filiale du Groupe El Riadh, M. Naoui Hamza, a fait état d'une perte de 10 milliards de centimes, déposés à l'agence de Tadjnent en décembre 2002. Boubaker Azzedine, représentant de l'Opgi de Djelfa, parlera d'un dépôt le 4 mars 2003, deux jours après l'installation de l'administrateur ! Cet office a fait un retrait de 13 milliards de centimes en janvier 2003 de l'agence de Blida pour déposer à nouveau 10 milliards de centimes à l'agence de Laghouat. Le représentant juridique de l'Office soutiendra que les responsables de l'Opgi de Djelfa n'avaient pas connaissance des difficultés que traversait la banque à l'époque. Naouri Anissa s'est présentée hier pour annoncer qu'elle a été chargée de la liquidation du Groupe GBA et de ses unités d'El Harrach, Annaba et Hussein Dey. Elle fera part de la perte d'un montant de 16 milliards de centimes pour le groupe et de 62,8 milliards de centimes pour les filiales. Quinze milliards de centimes ont été demandés par la représentante juridique de l'Opgi de Aïn Témouchent qui a perdu ce montant après un placement à l'agence d'Oran d'El Khalifa Bank. De même, la représentante de l'Entreprise nationale des services aux puits, une filiale de Sonatrach, a fait état de son statut de victime en raison de la perte de 50 milliards de centimes. M. Bouhali Sahraoui a été délégué par le directeur général de l'Opgi de Ouargla pour réclamer les placements perdus entre février 2002 et juillet 2002 d'un montant global de 45 milliards de centimes déposés à l'agence de Chéraga d'El Khalifa Bank. L'Opgi de Bouira s'est constitué partie civile par le biais de son conseiller juridique Zegnoun Hamid pour demander le remboursement de 15 milliards de centimes déposés à l'agence de Bouira, mais selon la convention signée entre l'office et la banque, c'est l'accusé Kechad Belaïd, l'ex-directeur de l'agence de Blida, qui a signé la convention. Le procureur général demandera au tribunal la permission d'interroger l'accusé. Kechad soutiendra «Je n'étais pas à l'agence de Blida, mais à la direction générale et comme il n' y avait pas encore de chef d'agence de Bouira, je me suis déplacé pour signer la convention car les cadres de l'agence n'avaient pas la délégation de signature». Bouguerra Houssem, représentant de l'Opgi de Sétif a fait état de la perte de 74,2 milliards de centimes, déposés au niveau de l'agence d'El Khalifa Bank de Sétif. Le dernier à présenter sa constitution est le conseiller juridique de l'Opgi de Mostaganem qui a perdu son dépôt d'un montant 20 milliards de centimes. Aujourd'hui, le tribunal criminel va appeler à la barre M. Badsi Moncef, le liquidateur, qui devra de manière précise et sur des questions purement techniques faire part des malversations découvertes dans la gestion d'El Khalifa Bank. H. Y.