On ne l'apprendra jamais assez, l'ignominie et la bêtise humaine n'ont vraiment pas de limites ! Vendredi, une quarantaine de migrants subsahariens ont été victimes d'un pogrom à l'algérienne, dans un quartier de relégation appelé «OPGI» à Béchar. Les faits sont malheureusement avérés, attestés par des témoignages locaux concordants et des enregistrements vidéo. Un responsable de la LADDH estime que les auteurs des agressions racistes sont des «baltaguia», des provocateurs commandités par les autorités locales qui seraient derrière ces violences pour contraindre les migrants à regagner leurs pays. L'accusation est gravissime. Ces violences racistes, dignes du sinistre Ku Klux Klan, ne sont pas les premières du genre. Début mars seulement, une vingtaine d'Africains noirs ont été blessés dans des heurts violents suite à la mort d'un habitant d'un quartier à Ouargla, poignardé par un Nigérien. Tous les prétextes sont donc bons pour les racistes algériens. Ils existent et ils sont nombreux ces racistes, notamment dans la presse où le racisme s'exprime en arabe et en français. Le football lui sert souvent d'alibi. Le ballon rond est alors le révélateur de la bête immonde qui sommeille chez nombre d'Algériens. Il est même le marqueur de la stigmatisation, la discrimination, la xénophobie, l'injure, la ségrégation ethnique et l'ethnocentrisme. Illustration fut donnée un jour à l'occasion d'un match Algérie-Mali. Le ballon d'or de l'ignominie est revenu à cette occasion au quotidien raciste Echourouk qui a titré le jour du match : «Vous n'êtes pas les bienvenus, le Sida est derrière vous et Ebola devant vous !». On a même lu, sous la plume d'un minable envoyé spécial à Bamako que «le Mali, à l'instar de nombre de pays d'Afrique noire qui ont raté le train de la civilisation, est une des républiques de l'arriération et de la misère, qui patauge dans le marécage de l'ignorance et des épidémies». Et on en arrête là l'inventaire d'un racisme suprématiste qui relève du darwinisme social. Hélas, ce genre de saillies immondes est monnaie courante dans une certaine presse, raciste multirécidiviste qui a souligné tant de fois que l'Algérie serait «envahie» par des Sahéliens «porteurs de calamités sanitaires». Cette presse, dont l'abjection n'a pas de limite, pose sans le vouloir vraiment le problème du rapport des Algériens à l'altérité noire africaine. A savoir si nombre d'entre eux sont peu ou prou racistes dans un pays qui n'est pas encore un territoire d'immigration établie mais plutôt une terre de transit et d'une faible immigration clandestine. L'Algérie a en effet un lien historique particulier avec la négritude. L'irruption brutale de l'immigration négro-africaine reformule désormais la question d'une altérité nouvelle mais ô combien ancienne. Le Subsaharien a une place préalablement forgée et assignée. La traite nègrière au Maghreb et plus de dix siècles de commerce transsaharien ont structuré une représentation du Noir construite sur le sentiment de supériorité «naturelle» et d'inégalité foncière. Aujourd'hui encore agissent les mêmes constructions mentales, historiquement sédimentées, qui déterminent les attitudes et expliquent l'existence de certains aspects de domesticité clandestine. Expression d'un esclavagisme moderne qui ne dit pas son nom. Ou encore de travail au noir s'apparentant aussi à des formes esclavagistes. Qu'il s'agisse de travail ou de résidence, les lieux d'accueil des Noirs sont des espaces de relégation. Dans le Grand Sud, ils sont exilés dans les confins désertiques ou aux marges des villes, comme à Tamanrasset, Ouargla ou Béchar. Les migrants noirs sont soumis à l'aléatoire, à l'arbitraire et à des conditions de séjour très précaires. Aux tracasseries policières et au chantage des employeurs, s'ajoute le racisme au quotidien qui a parfois de violentes tonalités. Sans oublier la xénophobie et l'intolérance au quotidien ainsi que l'absence de protection, sous toutes formes, de la part des autorités. Ils sont reconduits parfois sans ménagement aux frontières où on les laisse livrés à eux-mêmes. Chassez l'atavisme esclavagiste, il reviendra au galop ! L'africanité, surtout quand elle a les traits négroïdes, est une dimension stratifiée dans la culture algérienne. Elle a aussi ses mots propres mais qui sont sales à proprement dire, et qui sont autant de surligneurs d'une certaine mentalité raciste et racialiste même : «kahlouche», «khal érrémma» (face de nègre), «khal émsawwad» (Noir noirci), «nigrou», «nigrou batata», «bambara», «bamboula», «babaye», «saligani», «‘abd» (esclave) et «hartani», de haratines, exonyme à connotation négative désignant les Maures noirs, descendants d'esclaves. L'Algérie, avant d'être arabophone et musulmane, est pourtant fondamentalement berbère et africaine. Par déterminisme géographique. Et même si la participation des Maghrébins à la traite négrière est une évidence historique, et racisme ordinaire mis à part, les Algériens sont globalement accueillants. N. K.