Un système bancaire parallèle : voilà ce qu'ont démantelé les enquêteurs européens qui décrivent un réseau tentaculaire de blanchiment d'argent de la drogue entre le Maroc, la France, la Belgique et les Pays-Bas, auquel ils estiment avoir porté un coup fatal, la semaine dernière. Une affaire «exceptionnelle, hors norme», ont souligné mardi 27 novembre à Marseille, lors d'une conférence de presse, les magistrats et enquêteurs ayant participé à l'opération. Un dossier tellement gros et exceptionnel que la majorité des journaux français et européens en ont fait leurs titres de Une. Les montants donnent en effet le tournis : «Il a pu être tracé 75 millions d'euros entre août 2015 et novembre 2016», qui ont transité en France par ce réseau, a expliqué le procureur de la République de Marseille, Xavier Tarabeux. A l'échelle internationale, les estimations «portent ces opérations de blanchiment à près de 400 millions d'euros sur les quatre dernières années». 36 interpellations ont eu lieu en France, aux Pays-Bas et en Belgique dans le cadre d'une affaire de blanchiment d'argent de la drogue. 2,5 millions d'euros en liquide, sept kilos d'or et 10 kilos de cocaïne ont été saisis. C'est un très gros dossier... Le démantèlement du réseau visait en particulier en particulier des collecteurs d'argent récupérant l'argent généré par des trafics de drogue en France, selon une source proche de l'enquête. «C'est l'un des plus gros dossiers européens de blanchiment de l'argent de la drogue», a-t-on encore souligné, évoquant un trafic qui brasserait plus d'une cinquantaine de millions d'euros. Lancée lundi soir, l'opération a abouti à l'interpellation de 36 personnes, massivement en région parisienne, dans la région marseillaise, aux Pays-Bas et en Belgique. Les personnes interpellées sont majoritairement des Français, a encore précisé la même source. Les interpellations visent un réseau de «collecteurs de l'argent issu de la vente de stupéfiants en France», majoritairement du cannabis. Ces «collecteurs sont chargés de regrouper l'argent, puis de le remonter vers les commanditaires par des canaux différents de ceux de la distribution», a-t-il été précisé. Les suspects, qui ne sont pas tous en lien avec le trafic de stupéfiants, sont entendus en garde à vue en région parisienne. Certains sont soupçonnés d'avoir placé de l'argent dans des paradis fiscaux : comme cet argent était bloqué, ils auraient fait appel à ce réseau de blanchiment pour pouvoir décaisser en toute discrétion les sommes dont ils avaient besoin.