Samedi dernier, les éditions Chihab ont inauguré la saison 2011 des rencontres littéraires qu'elles organisent avec la présentation de leur nouvelle publication, le Bunker ou le Requérant d'asile en Suisse, premier roman de l'écrivain Djamel Ferhi. La rencontre a été animée par Yasmina Belkacem, responsable des éditions, et Rachid Mokthari en présence de l'auteur à la librairie Chihab de Bab El Oued.D'emblée, Djamel Ferhi souligne que, même si le roman est une œuvre fictionnelle, l'histoire est entièrement basée sur des faits authentiques qui sont relatés à travers le personnage du narrateur, Nazim Gaya. Ainsi, dans ce roman, à travers un vécu personnel, l'auteur emprunte la voix de Nazim Gaya pour raconter le parcours des jeunes Algériens et autres demandeurs d'asile venus de divers horizons et pour décrire, sans artifice, la réalité dans les centres de transit où ils sont assignés à résidence. De la Suisse romane à la Suisse alémanique, de Vallorbe à Obermumpf en passant par Kreuslingen et Aarau, il traverse quatre asiles où les clandestins subiront le même rejet de la part de la société suisse qui refuse de les intégrer et les parque dans des espaces clos, où les destins se croisent et se décroisent.A propos du choix du titre, Djamel Ferhi explique que l'idée du bunker lui est venue spontanément car les «centres de transit sont construits, telles les fortifications de la Seconde Guerre mondiale. A l'entrée, il y a les bureaux des responsables, puis les sanitaires ; ensuite, c'est un amoncellement de baraquements tout en béton gris». Il ajoutera que requérant en Suisse est la formule pour désigner les réfugiés ou les demandeurs d'asile tout en soulignant : «Une chose est sûre, les Suisses sont bien contents d'accueillir dans leurs banques les pétrodollars, mais ils ne veulent pas des demandeurs d'asile algériens.» Il expliquera aussi que, lors du premier entretien, les demandeurs d'asile peuvent obtenir soit une carte d'identité blanche, qui signifie la reconduite à la frontière, ou bleue qui permet de rester mais qui, en fait, ne donne aucun droit, même pas celui de travailler. Dans cette condition, le demandeur d'asile est toujours en situation clandestine et se retrouve inévitablement confronté au vol, ou en quête d'une femme pour régulariser sa situation.Mais contrairement à la majorité des clandestins présents dans ces centres de transit, l'auteur souligne que la véritable raison de la présence du narrateur en Suisse est de retrouver un cadre adéquat pour terminer un essai qu'il écrit sur l'Algérie, car il n'avait plus les conditions nécessaires pour terminer son ouvrage dans son pays. Le choix de la Suisse est en fait le fruit d'un coup de cœur : il avait succombé aux charmes d'une amie suisse qui l'avait séduit par les mots. Mais, au final, la relation sera très brève, ce qui le conduira au centre de transit avec le seul objectif de finir la rédaction de son ouvrage. C'est un e-mail envoyé à cette amie, cinq ans plus tard, qui sera le déclencheur de la rédaction du roman, en réponse à la question sur ce qu'il avait fait en partant de chez elle.La modernité du texte, dans le fil de la narration, s'exprime notamment à travers l'échange épistolaire des e-mails. L'écriture occupe aussi une place primordiale dans la vie de Djamel Ferhi qui confiera que «depuis l'enfance, écrire est aussi vital pour moi que l'oxygène, c'est aussi une forme de thérapie, de catharsis». «Je n'ai aucun regret à propos de la décision de retourner en Algérie, une fois mon ouvrage terminé, d'autant plus que j'avais fait la promesse à la femme que j'aime que, si elle ne me rejoignait pas en Suisse, je retournerais en Algérie pour rester avec elle. Aujourd'hui, il est aussi important de dire à tous ceux qui rêvent d'eldorado que, s'il y a une alternative, il faut qu'elle soit algérienne, car on emporte ses problèmes avec soi-même jusqu'au bout du monde», dira l'écrivain pour conclure la présentation de son roman. S. A.