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Beaucoup reste à faire pour la réhabilitation du patrimoine collectif à Béjaïa L'anarchie de la décennie noire a ouvert la voie aux constructions illicites et à la prédation
Photo : M. Hacène De notre correspondant à Béjaïa Kamel Amghar Malgré une certaine reprise en main de ce dossier épineux de l'aménagement urbain, les autorités ont encore beaucoup de pain sur la planche pour assainir tous les désordres de la décennie 1990. En effet, c'est au cours de cette période qu'on a enregistré des abus et des dépassements à grande échelle. L'absence des services de l'Etat avait, alors, ouvert la voie à la dilapidation du patrimoine collectif par une faune de prédateurs sans scrupules. Aucune ville, aucun centre urbain et aucun village n'ont échappé à ce massacre systématique. A Béjaïa, les ravages de cette anarchie sont encore visibles partout. Au chef-lieu de wilaya, la lente campagne de démolition des constructions et des extensions illicites se poursuit encore depuis 2004. Au Parc d'attractions et de loisirs du lac Mezaïa, l'APC, avec le soutien des autorités compétentes, a détruit au mois de juin dernier les dernières bâtisses clandestines pour rétablir cet espace dans sa vocation première. L'opération de réhabilitation et d'équipement de ce parc, entamée en 2009, tarde cependant à se concrétiser au grand dam des enfants et des ménages en manque d'espaces de détente et de promenade. Au lieu dit les Quatre-Chemins, à l'entrée de la ville, des commerces de fortune, sauvagement érigés sur place, retardent encore les travaux d'aménagement d'une trémie en ce point névralgique. Situé à proximité du port, de la ligne ferroviaire et de la nouvelle gare routière, d'interminables bouchons de véhicules se constituent chaque jour à cet endroit où l'on a projeté, en 2004 déjà, d'aménager une trémie pour fluidifier un tant soit peu la circulation et faciliter l'accès à la cité. Dans les quartiers d'Ighil Ouazzoug, Ihaddaden Oufella, Targa Ouzemmour et Taghzout, le tissu urbain ne répond à aucune règle d'urbanisation. Les stations balnéaires du littoral n'ont pas échappé, non plus, au trafic. A Souk El Thenine, Aokas, Boulimat et Melbou, des villas et des résidences privées sont érigées sur des sites qui se prêtent merveilleusement bien à l'investissement touristique. Les indus occupants des lieux ont acquis ces parcelles au bord de la mer dans l'opacité absolue. Les anciennes agences foncières intercommunales devraient, en principe, rendre des comptes à ce sujet. Lors d'une récente session de l'APW, un élu avait justement interpellé l'ancien wali dans ce sens. «Pourquoi, M. le wali, les opérations de démolition ne touchent que les simples citoyens, alors que les gens ayant les bras longs ne sont guère inquiétés ? C'est le cas surtout de la plage de Boulimat où des constructions illicites poussent comme des champignons !», a-t-il dit en s'adressant au premier responsable de la wilaya. Ce dernier n'a pas caché son «impuissance» en rétorquant : «Moi, personnellement, je suis pour une lutte sans merci contre toutes les constructions illicites, mais il faudra suivre les procédures légales. J'ai d'ailleurs ordonné au maire et au chef de daïra de Béjaïa de procéder immédiatement à la démolition des baraques construites aux alentours de la plage des Aiguades.» Si les responsables éprouvent autant de peine à éradiquer les baraques, que dire alors des villas privées érigées injustement au bord de la mer ? Dans les zones rurales, des particuliers ont défriché, au cours de cette même décennie 1990, de larges espaces forestiers pour y construire des maisons. Ce phénomène a touché quasiment toutes les communes montagneuses. Après plusieurs tergiversations, les autorités locales ont régularisé ces constructions à travers l'extension des réseaux d'alimentation en eau et en énergie. Cette mollesse des pouvoirs publics dans la lutte contre le phénomène des constructions illicites suscite la frustration de nombreux citoyens qui se trouvent à l'étroit. Ils estiment qu'ils auraient dû «foncer» comme les autres pour s'approprier, eux aussi, des terrains d'assiettes. En somme, beaucoup reste à faire pour redresser tous les torts cumulés dans ce domaine.