Synthèse de Ghada Hamrouche Les premières élections depuis la chute de Moubarak ont été largement saluées par la presse égyptienne comme étant un «test de démocratie réussi». Au deuxième jour de ce scrutin la participation reste inédite et le calme continue de marquer le déroulement du vote. Les longues files d'électeurs patientant dans le calme au Caire ou à Alexandrie pour élire leurs députés ont tranché avec les violences meurtrières de la semaine dernière, entre manifestants hostiles au pouvoir militaire et forces de l'ordre, qui ont plombé le climat politique des 10 derniers jours qui ont précédé le scrutin. «Le peuple et les forces armées doivent considérer le 28 novembre (début du vote) comme une fête pour les Egyptiens», s'est réjoui un membre du Conseil suprême des forces armées (CSFA), le général Mohamed el-Assar.Pour les observateurs de la scène politique égyptienne, le pouvoir militaire en place a, incontestablement, remporté sa première bataille face à ses détracteurs qui campent toujours à la place Al Tahrir, au centre du Caire, et dans les grandes villes du pays. Toutefois, cette première victoire acquise ne détermine en rien l'issue de «la guerre». La longueur de l'opération de vote qui s'étale jusqu'au 11mars prochain, le poids des frères musulmans et la perspective d'un Parlement à forte légitimité populaire sont autant de défis qui, estiment des analystes, peuvent changer la donne de fond en comble. Le CSFA du maréchal Hussein Tantaoui a maintenu le calendrier électoral en dépit des craintes de violences durant le vote, laissant entendre qu'il voulait jouer la «majorité silencieuse» face à l'opposition assourdissante de la place Al Tahrir. Nul ne pouvait parier sur une élection tenue dans le contexte troublé qui marque la scène égyptienne. Seuls, les Frères musulmans, s'estimant en position de force, avaient en revanche mis en garde contre les conséquences de tout report. «La gestion de cette élection par les militaires est jusqu'à présent sérieuse», estime le politologue et éditorialiste Hassan Nafaa. Abondant dans le même sens, Tewfik Aclimandos, spécialiste de l'Egypte au Collège de France, attestera que le scrutin est «un succès populaire et un succès pour l'armée, dans la mesure où elle a toujours joué la carte des élections pour stabiliser le pays face à la rue».En se rendant en masse aux urnes, les Egyptiens interrogés par les journalistes sur place, ont affirmé, que le temps de la dictature était révolu et qu'elle n'est plus du goût des électeurs qui, eux, ont choisi l'urne pour opérer le changement. Pour le journal égyptien al-Chorouq, «la foule mène la révolution au Parlement». Cependant, «un Parlement disposant d'une forte légitimité populaire pourra à l'avenir poser un défi supplémentaire au pouvoir du Conseil militaire», souligne Karim el-Assir, du centre indépendant Signet Institute au Caire.Outre la longueur de la période du scrutin, qui s'étale sur quatre mois où tout peut survenir, la fin des Législatives marquera le début de la rédaction d'une nouvelle constitution, cruciale pour l'avenir du pays, notamment sa laïcité et l'influence des militaires qui ont gouverné le pays depuis le renversement de la monarchie en 1952. La perspective d'une forte représentation des Frères musulmans, favorables à un régime parlementaire, pourrait amener l'armée à céder du terrain.