«CA-MCA sera intense, les deux clubs voudront gagner le trophée» S'il ne s'appelait pas Attouga, Sadek Saci ne serait pas très facilement reconnu chez nous. Cet illustre gardien de but des années 1960 et 1970 revient dans cet entretien sur les rencontres qu'il avait disputées contre l'équipe nationale, mais aussi contre le Mouloudia. Attouga avait gardé les buts du Club Africain. Il faut dire qu'à de nombreuses reprises, il pouvait à lui seul décider de l'issue d'un match. L'ancien portier de l'équipe nationale de Tunisie nous a accordé cette interview en marge de la rencontre qui avait opposé le CA à l'Etoile de Sousse. Morceaux choisis Avant d'entamer notre entretien, on voudrait connaître votre commentaire sur l'élimination du Club Africain (Interview réalisé le dimanche)… Ce qui m'a surpris, dans ce match, c'est la médiocre prestation du Club Africain. Ni engagement physique ni volonté de gagner le match. En un mot, le Club Africain était absent. Je dirais que l'Etoile mérite sa qualification. Je peux même avancer que l'Etoile de Sousse aurait pu gagner par un score plus large, si ses joueurs avaient su concrétiser les nombreuses occasions de buts. Peut-on conclure que la saison du Club Africain s'est terminée avec cette sortie prématurée de la coupe de Tunisie ? Non, je ne crois pas que la saison est terminée. Il reste le championnat à jouer malgré la différence de points qui sépare le Club Africain du leader. Je veux parler de l'Espérance. En plus, il y a la finale de la coupe de l'UNAF et bien évidemment la Ligue des Champions 2011 qui démarre en mars prochain. Vous nous permettez de faire la transition, la finale de la coupe de l'UNAF se jouera contre le MCA, que vous connaissiez trop par le passé… Je suis persuadé que les deux équipes vont mettre le paquet pour gagner le trophée. Je ne pense pas qu'elles vont jouer comme pour préparer les matchs à venir dans leurs championnats respectifs. Certes, la coupe de l'UNAF n'est pas aussi prestigieuse que les autres compétitions continentales, mais on va assister à une forte empoignade. Ce genre d'empoignade n'est pas inconnu pour le portier que vous étiez… Absolument, j'ai joué contre le MCA, on l'avait battu à Tunis, il nous arrivait de perdre à Alger. Le Mouloudia est un club prestigieux. Il est respecté en Tunisie. Il a un passé glorieux et des titres sur le plan continental. Le match de vendredi sera à coup sûr très attrayant. On espère qu'il sera fair-play Et si on vous demandait de donner un pronostic ? Je dirais, sans hésiter, le Club Africain. C'est le cœur qui parle, mais je connais le MCA et son passé. Il a en son sein un bon effectif et a terminé champion d'Algérie. N'importe quel adversaire prendrait le MCA très au sérieux Vous avez certainement des anecdotes à nous raconter lors des matchs qui avaient opposé votre club au MCA dans les années 1970. Je ne peux pas oublier ce match que nous avions joué au stade de Belcourt (stade du 20-Août). C'était en 1972, si mes souvenirs sont bons. Je me souviens de Tahir (Hassen), il m'avait marqué un but de toute beauté. Jamais je ne pourrai oublier ces années-là… Dans les milieux sportifs du Mouloudia de l'époque, on est d'accord à dire que vous aviez empêché le MCA de gagner le titre de champion du Maghreb en 1975… Je me souviens que nous avions empêché le MCA de gagner le trophée en 1975, mais le Mouloudia nous avait empêchés de gagner le titre, avant cela. Croyez-moi, les matchs entre les deux clubs étaient intenses et de haut niveau. Je souhaite que le prochain match soit de la même qualité que les précédents, et que le meilleur gagne. Que vous rappellent les matchs que vous aviez disputés face au MCA ou l'Equipe nationale ? J'ai beaucoup d'émotion en parlant des matchs d'antan. Je ne vous cache pas qu'à chacune de mes apparitions, que cela soit face au MCA ou contre l'Equipe nationale algérienne, j'ai toujours donné le meilleur de moi-même, j'ai toujours sorti de grands matchs. Je faisais des préparations spéciales. C'étaient des derbies et il y avait dans chaque camp ce désir immense de gagner. Pour énerver les attaquants algériens, vous saviez vous y prendre. Dans le domaine, on vous redoutait à chacune de vos participations face à l'équipe nationale ou un club algérien, le reconnaissez-vous ? (Eclat de rire.) C'est vrai, je reconnais que je faisais monter la pression. Les jeunes d'aujourd'hui doivent le savoir. J'utilisais, si vous permettez, cette façon de réagir des joueurs algériens qui s'énervaient très facilement. J'en profitais, je parlais aux attaquants durant la partie, à chaque fois que l'occasion se présentait. Je les décourageais en leur disant : «Vous vous fatiguez, ce n'est pas la peine de courir, vous ne marquerez pas…» Je me retrouvais en face d'attaquants qui étaient complètement énervés. Cela faisait partie du jeu. Je ne m'en sortais pas trop mal. Quels sont les joueurs algériens de l'époque qui ont marqué votre esprit ? Je me rappellerai toujours du but de Tahir, en 1972, lors de la finale de la coupe du Maghreb. Je me souviens aussi de Lalmas, il avait des qualités techniques dignes des grands joueurs. Etes-vous en contact avec quelques uns de ces joueurs ? Non malheureusement, je n'ai gardé le contact avec aucun des anciens joueurs de l'époque, sauf un seul, il s'agit de la légende Mekhloufi. Rachid est installé en Tunisie. Je suis en contact permanent avec lui. Suivez-vous le football algérien ? Bien évidemment, l'équipe nationale algérienne aurait pu passer au second tour. Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi, elle avait raté la qualification. Mais, après le mondial, l'équipe nationale n'arrive plus à gagner, même face à des équipes comme la Tanzanie ou la RCA… Le problème ne lui est pas propre, la Tunisie et le Maroc ne sont pas mieux lotis. Ils n'arrivent plus à s'imposer. Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux responsables du football en Afrique du Nord pour investir dans les écoles de formation. On a négligé ce côté et ce n'est qu'en réfléchissant sérieusement à former les jeunes générations que nous pourrions redevenir conquérants en Afrique et rejouer au beau football que tout le monde nous reconnaissait Comment expliquez-vous les mauvais résultats de l'équipe d'Algérie ? J'ai suivi le match Algérie-Egypte à Oum Dourman, j'ai soutenu l'équipe nationale algérienne. C'était normal, les Algériens avaient soutenu la Tunisie lors de sa dernière participation au Mondial. J'ai pu observer des battants sur le terrain. Votre équipe m'avait impressionné. Ce qui lui arrive aujourd'hui, me surprend. Je souhaite qu'elle revienne très vite à son meilleur niveau et qu'éclosent de nouveaux joueurs à l'image de Seridi, Madjer, Belloumi et tant d'autres. L'actuel sélectionneur de l'équipe nationale avait fait un passage par le Club Africain… Je considère Benchikha comme un enfant du Club Africain. Il a aimé le club et le CA le lui a rendu. Il a la hargne. Je suis persuadé qu'il est en mesure de faire un bon parcours avec l'Equipe nationale. On vous laisse le soin de conclure. Je vous remercie de m'avoir donné cette occasion de m'exprimer dans vos colonnes. Je suis revenu à la glorieuse époque. Permettez-moi de saluer le « général » (Il veut parler de Benchikha). Je souhaite que la Tunisie et l'Algérie retrouvent leur football d'antan et reviennent au devant de la scène internationale.