Décès de la Moudjahida Annie Steiner    Un procès peut en cacher un autre    Le lanceur d'alerte Noureddine Tounsi restera en prison    Le dialogue est-il possible ?    Déstockage de 1940 quintaux de pommes de terre    Création d'une société ENR mixte Sonatrach/Sonelgaz : Que deviendra le programme solaire des 1000 mégawatts ?    Lancement d'une étude macroéconomique    La Banque mondiale table sur un baril à 56 dollars en 2021    Le premier cargo algérien accoste au port de Nouakchott    FAF : Zetchi passe la main à Amara    SuperLigue européenne : Dix clubs renoncent au projet    CR Belouizdad : Le Chabab poursuit son ascension    7 décès et 182 nouveaux cas    LES CANARIS FILENT EN QUARTS DE FINALE    Cote d'alerte    Promenade des Sablettes : Campagne de sensibilisation à la sécurité routière    Incendie au marché de gros des fruits et légumes    Plus de 600 affaires traitées depuis janvier    Grandiose marche nocturne à Akbou    7070 météorites algériennes filent illégalement à l'étranger    "Nous devons entretenir notre mémoire"    Le président de la société algérienne de néphrologie: «10.000 Algériens attendent une greffe de rein»    Ecoles primaires: Les appels au débrayage se multiplient    Amnesty International: «Une nette baisse des condamnations à mort en Algérie»    Des Algériens parmi eux: 18.000 enfants migrants non accompagnés disparus en Europe    BRAVADE VERBALE    La Ligue arabe, l'ONU et l'UE réclament leur retrait    Une période d'incertitude s'ouvre au Tchad    ECUEILS REGLEMENTAIRES ET COLÈRE DES SUPPORTERS    Un fonds de 7,55 millions d'euros pour les migrants    CONSTANTINEREND HOMMAGE AU SOUVERAIN DU MALOUF    Le salon du livre amazigh est né    Le challenge de deux présidents    «Possibilité non négligeable» d'une victoire de l'extrême droite    La sanglante guerre d'usure des Houthis    Des milliers de travailleurs investissent la rue    L'Algérie ne tombera pas    Dernière ligne droite avant la campagne    15 quintaux de kif marocain saisis    Le ministère du Commerce sensibilise    Les islamistes rêvent de victoire    346 Containers abandonnés    768 Logements sociaux électrifiés    Ghalem suspendu 6 mois    Brèves    L'art comme oeuvre marchande    Promouvoir la diversité linguistique amazighe    «Les centres d'archives sont une vitrine»    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Un livre à quatre mains de Houellebecq et BHL
«Ennemis publics»
Publié dans Le Midi Libre le 05 - 10 - 2008

C'est le coup éditorial de la rentrée littéraire en France: Michel Houellebecq, romancier provocateur, et Bernard-Henri Lévy, essayiste médiatique, conjuguent leur plume dans un livre, «Ennemis publics», qui prend la forme d'une correspondance entre ces deux vedettes de l'édition, souvent cibles de critiques. Du point de vue du marketing, c'est une première. Depuis des semaines, la publication annoncée d'un livre tiré à 150.000 exemplaires, dont on ne connaissait ni le titre, ni les auteurs, agitait le monde de l'édition. Jusqu'à ce que l'éditeur ne révèle mi-septembre la composition du mystérieux tandem : Michel Houellebecq, romancier provocateur, nihiliste, convaincu que tout le monde lui en veut, et Bernard-Henri Lévy, philosophe en chemise blanche, attaqué, dit-il, «comme peu d'écrivains le sont». «Bonnes feuilles» et extraits «en avant-première» dans la presse quelques jours avant la parution de l'ouvrage (le 8 octobre) ont lancé cette semaine le plan média. Houellebecq/BHL, a priori tout les oppose. BHL, grand bourgeois défenseur des droits de l'homme. Houellebecq, l'apôtre du désastre qui revendique ses origines prolétariennes. Mais les «ennemis publics» autoproclamés se révèlent complices en privé et ces six mois de correspondance, échangée de janvier à juin 2008, ne manquent ni d'émotion, ni de sincérité. Le duo joue les têtes de Turcs : «Pourquoi nous?» «Pourquoi tant de haine?» «Tout, comme on dit, nous sépare - à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables», écrit Houellebecq. L'exercice serait vite grotesque si les auteurs ne livraient rapidement quelques confidences, des souvenirs d'enfance, pour éclairer leurs personnalités. BHL, endurci sur «ce champ de bataille qu'est concrètement, dans le détail, la scène littéraire ou philosophique». Houellebecq, fragile, facilement blessé, qui s'emporte bassement contre les «cloportes», les «micro-parasites» (tous journalistes connus) qui l'attaquent. Les plus belles pages sont celles que les auteurs consacrent à leurs pères respectifs. Deux hommes «en retrait», qui préféraient rester dans l'ombre, et dont les fils râlent aujourd'hui contre les retours de flamme d'une notoriété qu'ils ont passionnément cherchée. Quand les duettistes prennent la plume, l'échange prend forcément une tournure philosophique et chacun y va de ses références littéraires (Flaubert, Baudelaire, Malraux, Romain Gary...). La posture des écrivains maudits s'effrite rapidement et laisse place au dialogue de deux érudits, parmi les rares intellectuels français du moment prisés à l'étranger. Un livre qui, comme le note Houellebecq, parle aussi de l'époque : «Lorsqu'un pays est fort, et sûr de lui même, il accepte sans broncher de la part de ses écrivains n'importe quelle dose de pessimisme. La France des années 1950 supportait sans broncher des gens comme Camus, Sartre, Ionesco ou Beckett. La France des années 2000 a déjà du mal à supporter des gens comme moi».
(«Ennemis publics» de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy - Flammarion Grasset - 330 p. - 20 euros)
C'est le coup éditorial de la rentrée littéraire en France: Michel Houellebecq, romancier provocateur, et Bernard-Henri Lévy, essayiste médiatique, conjuguent leur plume dans un livre, «Ennemis publics», qui prend la forme d'une correspondance entre ces deux vedettes de l'édition, souvent cibles de critiques. Du point de vue du marketing, c'est une première. Depuis des semaines, la publication annoncée d'un livre tiré à 150.000 exemplaires, dont on ne connaissait ni le titre, ni les auteurs, agitait le monde de l'édition. Jusqu'à ce que l'éditeur ne révèle mi-septembre la composition du mystérieux tandem : Michel Houellebecq, romancier provocateur, nihiliste, convaincu que tout le monde lui en veut, et Bernard-Henri Lévy, philosophe en chemise blanche, attaqué, dit-il, «comme peu d'écrivains le sont». «Bonnes feuilles» et extraits «en avant-première» dans la presse quelques jours avant la parution de l'ouvrage (le 8 octobre) ont lancé cette semaine le plan média. Houellebecq/BHL, a priori tout les oppose. BHL, grand bourgeois défenseur des droits de l'homme. Houellebecq, l'apôtre du désastre qui revendique ses origines prolétariennes. Mais les «ennemis publics» autoproclamés se révèlent complices en privé et ces six mois de correspondance, échangée de janvier à juin 2008, ne manquent ni d'émotion, ni de sincérité. Le duo joue les têtes de Turcs : «Pourquoi nous?» «Pourquoi tant de haine?» «Tout, comme on dit, nous sépare - à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables», écrit Houellebecq. L'exercice serait vite grotesque si les auteurs ne livraient rapidement quelques confidences, des souvenirs d'enfance, pour éclairer leurs personnalités. BHL, endurci sur «ce champ de bataille qu'est concrètement, dans le détail, la scène littéraire ou philosophique». Houellebecq, fragile, facilement blessé, qui s'emporte bassement contre les «cloportes», les «micro-parasites» (tous journalistes connus) qui l'attaquent. Les plus belles pages sont celles que les auteurs consacrent à leurs pères respectifs. Deux hommes «en retrait», qui préféraient rester dans l'ombre, et dont les fils râlent aujourd'hui contre les retours de flamme d'une notoriété qu'ils ont passionnément cherchée. Quand les duettistes prennent la plume, l'échange prend forcément une tournure philosophique et chacun y va de ses références littéraires (Flaubert, Baudelaire, Malraux, Romain Gary...). La posture des écrivains maudits s'effrite rapidement et laisse place au dialogue de deux érudits, parmi les rares intellectuels français du moment prisés à l'étranger. Un livre qui, comme le note Houellebecq, parle aussi de l'époque : «Lorsqu'un pays est fort, et sûr de lui même, il accepte sans broncher de la part de ses écrivains n'importe quelle dose de pessimisme. La France des années 1950 supportait sans broncher des gens comme Camus, Sartre, Ionesco ou Beckett. La France des années 2000 a déjà du mal à supporter des gens comme moi».
(«Ennemis publics» de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy - Flammarion Grasset - 330 p. - 20 euros)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.