Aux dernières nouvelles, selon le site Algérie patriotique, propriété, dit-on, de la famille Nezzar, le 5e mandat ferait débat au sein de la famille du Président. Mais comme les frères et la sœur du chef de l'Etat ne se sont pas exprimés publiquement sur le sujet, mieux vaut passer à autre chose. A Mohamed Ali Ferkous, par exemple, nommé début janvier chef de file du wahhabisme à la sauce algérienne par le Saoudien Al Madkhali qu'on a souvent évoqué dans cette rubrique. Le 21 mars dernier — la date n'est pas choisie au hasard, c'est le premier jour du printemps mais c'est surtout le jour anniversaire de la bataille d'Ohoud en 625 — Ali Ferkous a décrété que les grévistes, ceux qui luttent pour les droits sociaux et politiques, le respect des droits de l'Homme, etc, ne peuvent faire partie de la communauté sunnite. En clair, ils n'ont plus qu'à aller se rhabiller. Les ibadites, les soufis, les aâcharis, et bien sûr les chiites ne sont pas épargnés : allez ouste, excommuniés. Ça fait quand même beaucoup de monde. En prenant connaissance de sa «fatwa», les chefs de file de la mouvance islamiste se sont étranglés d'indignation. Même Abdellah Djaballah y est allé de sa protestation, qualifiant le courant de Ferkous de «vrai danger» ! Le pauvre Ferkous n'a sans doute pas lu l'entretien du prince héritier Mohamed Ben Salman (MBS) accordé au Washington Post, dans lequel il révèle que son pays l'Arabie Saoudite a propagé (et instrumentalisé même s'il ne l'affirme pas expressément) le salafisme wahhabite, sur demande de Washington, pour «empêcher l'Union soviétique d'asseoir son influence dans le monde musulman». Transmis à ceux qui ont toujours douté de cette petite vérité élémentaire et qui voyaient derrière le terrorisme islamiste la main... des services de sécurité. Quittons l'Algérie et allons au pays des pharaons, l'Egypte où Abdelfatah Sissi se présente contre lui-même pour un second mandat, vu que son opposant Moussa Mostafa Moussa, quasiment inconnu, est un partisan du régime de Sissi. Voilà ce que pense de cette élection l'écrivain égyptien Ezzedine Choukri dans une tribune publiée dans le quotidien égyptien de référence Al-Masri Al-Youm du 18 février(1). Affirmant que l'Egypte est gouvernée depuis 1952 par l'appareil sécuritaire, Choukri écrit que «les ministres sont là pour expédier les affaires courantes, mais dès qu'il s'agit de prendre une décision importante, il faut l'accord de l'appareil sécuritaire». Et d'ajouter que «toute la vie publique des médias aux syndicats en passant par les partis politiques est régie par l'appareil sécuritaire (...) Il sait tout sur tout. Il sait qui est capable et qui est incapable. Il sait donc qui convient le mieux pour diriger son pays et ses sujets». Et de conclure qu'une élection normale, libre, «n'est pas compatible avec le règne sécuritaire». Venant d'un intellectuel, qui avait soutenu l'éviction des Frères musulmans du pouvoir en 2013, et à qui on avait proposé des postes au sein de l'Etat égyptien, le constat est sévère pour le régime d'Abdelfatah Sissi. Allons en Russie. Et attardons-nous sur cette affaire de l'espion russe Sergueï Skripal, empoisonné au gaz neurotoxique le 4 mars à Londres, aux dires du gouvernement britannique, par les services russes, ce qui a mis en émoi le monde occidental. Pour la Grande-Bretagne soutenue par les 14 pays de l'Union européenne et les Etats-Unis, la responsabilité de la Russie dans l'empoisonnement de l'ex-espion russe et de sa fille est «hautement probable» et il n'y a «pas d'autre explication plausible» ! «Hautement probable» signifie qu'on a de forts doutes mais pas de preuve. Mais bon, pas sûr que toute cette pression sur Moscou fera changer Poutine de stratégie. En fait, sans exclure un coup fourré des services russes, il est permis de penser que l'explication est ailleurs, en Syrie notamment : depuis le début de l'année, les capitales occidentales assistent, impuissantes, à la chute de la Ghouta, acceptant mal le retour de la Russie dans une région où jusqu'à fin 2015, elles étaient en position de force et qu'elles ont de tout temps considérée comme leur chasse gardée. Qui plus est, l'allié turc ne joue plus le jeu. Ankara, qui avait fait de la chute de Bachar son objectif, a changé de stratégie : il s'en prend aux Kurdes alliés de leurs alliés occidentaux que ces mêmes occidentaux avaient promis de soutenir et de protéger. Tout cela fait quelque peu désordre. A suivre... H. Z. (1) On peut lire cette tribune, traduite en français, dans le Courrier international de cette semaine.