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Oreilles en alerte
Publié dans Le Soir d'Algérie le 06 - 02 - 2019

J'ai les oreilles en alerte. Fureteuses, je les garde en mode sensible. Je capte la moindre information. Officielle ou pas, je prends ce qui vient. Dans les journaux ou à la télé, je cherche, fouille, farfouille, creuse, devine et décrypte tout ce qui me tombe sous la main. Ou dans l'oreille, c'est pareil. Depuis que j'ai eu la nouvelle du 18 avril, je ne laisse rien passer. Au café du coin, je prête l'oreille. J'écoute ce qui se dit à la table à côté. S'il y a trop de brouhaha, je m'approche le plus possible. Et je prends mon pied (ou mon oreille) en écoutant mes compatriotes monter et démonter tous les scénarios possibles et imaginables. Je m'approche davantage. Je pose des questions. On me répond avec beaucoup de sérieux. Ce sont de véritables professeurs d'idées politiques. Des politiciens chevronnés, comme je vous le dis. J'apprends beaucoup d'eux. Si je me mets à consulter la presse, je prends un stylo de couleur rouge, je souligne les dires des uns et des autres. Parfois, je relis des passages entiers ; je veux être sûr de ma lecture. Ah, des lectures, j'en fais des tonnes. Oui, oui, je m'en sors. Je lis entre les lignes. Parfois, je lis même entre les mots. Je déplace les virgules pour chercher ce qu'on n'écrit pas. Je suis à ce point de complications. Ce n'est pas simple du tout. Nos élections sont ardues. Surtout les présidentielles ! Dans mes promenades quotidiennes, il m'arrive de réfléchir à voix haute. Tout seul, pour moi, j'échafaude des plans. Je parie sur l'un ; pour ensuite le dégommer dans la seconde qui suit. Je n'oublie personne. J'ai la liste des candidats potentiels. Il faut juste savoir compter jusqu'à 5. Ce n'est pas sorcier. Il ne faut pas sortir de polytechnique pour ce faire. Sauf que je ne vous conseille pas de faire comme moi ; je me tape des migraines à la puissance 5. On me conseille de prendre du paracétamol 1000. Ca ne me fait aucun effet, je vous le jure. On m'a conseillé d'aller voir un rebouteux qui «coupe les migraines», à l'aide d'une lame. Je n'ai pas encore pris sur moi d'aller le voir. Un autre m'a conseillé d'aller voir un autre rebouteux qui «coupe les migraines», en mordant le front du souffrant. Un autre gus m'a conseillé d'attendre le 19 avril et de prendre ainsi mon mal en patience. J'ai pris sur moi d'affronter la douleur. Et d'attendre les résultats du vote.
Comme j'ai les oreilles pendantes, j'ai ouï dire que notre Président allait se présenter à sa propre succession, dans un pourcentage de 99%. Qu'il ne s'est pas encore déclaré. «Eux» disent qu'il est leur candidat. Qu'il n'y en a pas d'autres. Un seul candidat à la puissance 5. Je les crois volontiers, parole d'un migraineux en souffrance. Bref, notre Président ne s'est pas encore déclaré officiellement. Oui, il le fera avant les délais. Qu'il le fera en nous envoyant une lettre. Depuis, je ne cesse pas d'attendre le passage du facteur. Et de vérifier le contenu de ma boîte aux lettres. J'ai beau attendre, matin et après-midi. J'ai même vérifié au niveau de la poste de la houma. Pas l'ombre d'une lettre. Pas de missive. Je commence à désespérer. Et le cinquième mandat, me dis-je, il vient ou il ne vient pas ? Puis, un ami compatissant m'a expliqué que la poste n'emploie plus de facteurs, car les temps ont changé. Et les nouvelles technologies de communication sont à l'ère des satellites. Cette lettre ne passera pas par la planète Mars tout de même, me dis-je dans un mouvement d'humeur. Puis, il y a les réseaux sociaux. Facebook. Twitter. Hashtag. Instagram. Youtube. Et les autres à venir, me dit-on. Un plaisantin m'a même parlé d'ouedkniss. com. Ya baba, on est où ? C'est la cinquième dimension ! Un autre, de là-bas, me cite la fibre optique. Ca suffit, ya lkhawa, je n'en peux plus. Je veux mon facteur qui mette la lettre de notre Président dans ma boîte aux lettres, qui est désespérément vide. Puis, je veux ouvrir moi-même la lettre. Je veux lire de mes propres yeux la déclaration officielle de notre Président. Puis je veux sentir l'encre indélébile, encore fraîche. Je veux voir la signature de notre Président. Je veux que mes yeux officialisent ce que mes oreilles pendantes ont écouté. Puis, le 19 avril, je demanderai à notre Président, nouvellement élu pour la cinquième fois, de rétablir le job de facteur, si par malheur, il aura été supprimé de la nomenclature des métiers de la poste. Ouf, c'est quoi cette histoire ?
Puis, j'ai ouï dire qu'un candidat, un général à la retraite, s'est mis sur les starters blocks. Un général, mais à la retraite, bardé de diplômes, bon chic/bon genre, bien de sa personne, bel homme sur les bords, qui veut d'un tour de main mettre en place une deuxième république. J'ai ouï dire que ce général a fait les grandes écoles militaires. Major de promo, me dit-on. Un major de promo, c'est du sérieux, yaw ! De la stratégie de haute voltige, m'assure-t-on. Oui, pourquoi pas ? Un jeunot. Pas si jeune que cela, rétorque le moustachu d'en face, tout en sirotant un café goudron. Quoi ! la soixantaine ? C'est vieux, la soixantaine ! En Algérie, c'est vieux la soixantaine. Plus maintenant ! L'espérance de vie a été allongée, grâce justement à la gratuité des soins. Enfin, tu vois. La vaccination, et tout le toutim. Donc, ce général est jeune. Il n'a pas quatre-vingts ans comme… Tu vois de qui je parle. Comme je vous le dis, mon café du coin, c'est la Sorbonne. Voire plus ! Wech ya kho, ce n'est pas la Silicon Valley, non plus, dit par le joufflu en fulminant. Revenons à notre général qui veut bouter notre Président à la puissance 5. Oui, je disais donc qu'un démocrate, très connu, intègre, militant acharné des droits de l'Homme, fin trilingue, avocat renommé sur la place d'Alger, soutient mordicus ce général. Tout ça ! Il aurait pu se présenter lui-même à la présidentielle, s'écrie le fumeur d'en face qui n'arrête pas de sucer sa clope. Tu ne connais rien à la stratégie militaire, toi, lui répond un vieux rabougri. Les militaires ont de la poigne, c'est ce qu'il faut pour mâter l'Algérien. Et le remettre au boulot. Et lui apprendre la discipline. Et lui apprendre à marcher au pas. Une, deux. Une, deux. Et de joindre presque le geste à la parole. Mes oreilles ne perdent pas une miette de la discussion de haute voltige. Ni mes yeux, du reste. Le garçon vient débarrasser la table, un chiffon crasseux à la main. Le joufflu, facétieux comme un singe, se lance : «Notre serveur peut prétendre à la magistrature suprême». N'importe qui peut être président de ce pays. D'ailleurs, comme dit le dicton : «khalet-ha tessfa !» Puis, il se met à rire ; sa graisse se met à soulever son tricot d'un autre temps.
Voilà, j'ai mis à profit mes oreilles. Et mes yeux. J'ai avalé de la fumée à n'en plus pouvoir. J'ai vu des boules de chique habiter les gencives. J'ai entendu des perles. Je ne le regrette pas. L'algérien est un farceur. Et on veut en faire un être mortifère. L'algérien est un bouffeur de vie. Et on veut le faire jeûner douze mois sur douze. L'algérien est un festoyeur. Et on veut en faire un fossoyeur. En attendant, j'attends avec impatience la lettre de notre Président, qui fera basculer toute discussion sur une issue à la puissance 5. Enfin, je fais un aveu : le temps d'une gaâda studieuse dans mon café du coin, j'ai oublié ma migraine.
Y. M.


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