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L'itinéraire d'un «Malgache» au Maroc et en Espagne
LA FOI ET MA DETERMINATION M'ONT SAUVE DE BRAHIM BENBRAHIM
Publié dans Le Soir d'Algérie le 27 - 07 - 2019

Pour le moudjahid Brahim Benbrahim, livrer ce récit mémoriel s'apparente fort à une «dernière mission» à accomplir. Il voit cela comme un «passage de témoin, tardif certes, à la jeunesse algérienne qui lutte à sa manière pour plus de justice, de progrès économique, culturel et social».
Car les jeunes de sa génération, pour nombre d'entre eux, avaient une conscience claire des valeurs impérissables de l'histoire (liberté, idéal de justice, dignité, travail...). Lui, par exemple, aura fait de sa vie un combat perpétuel. à la lecture de ces bribes de mémoire et de ces fragments historiques, l'on se rend vite compte que le caractère bien trempé du personnage s'est forgé dans l'action et dans la lutte soutenue, énergique contre les obstacles et les difficultés. Il écrit notamment : «Ce que nous avons vécu a fait de nous des hommes prématurément, j'en conviens, pour beaucoup d'entre nous. La France coloniale nous a volé notre enfance, notre adolescence, mais inconsciemment elle fera de nous des hommes responsables, de courage, de conviction. Elle aura forgé en nous un esprit de raison, de responsabilité, un niveau de conscience. Plus tard, devenus adultes, nous serons sincères dans nos actions. Fougueux, frondeurs, crâneurs, amenés très jeunes à jouer aux grands. Un peu inconscients du danger que nous encourions face à l'ennemi, que parfois nous provoquions. Bien sûr, il y avait aussi des frileux, des lâches, des tr aîtres, mais, face à l'horreur, à la peur, qu'y pouvions-nous ? C'est, là aussi, un sentiment humain.»
Grandi trop vite, Brahim Benbrahim avait fait partie de ceux qui luttaient avec générosité et persévérance contre la tyrannie coloniale, depuis son jeune âge. Il fait partie d'une génération exceptionnelle, celle née durant la période de l'entre-deux-guerres (mondiales) et qui allait s'engager pleinement dans la lutte d'un peuple pour sa libération, son indépendance. Une génération dans toute sa grandeur et sa singularité.
Ouvrage court (une centaine de pages), agréable à lire et riche d'éléments mémoriels à haute valeur informationnelle, le livre de Brahim Benbrahim exprime, par bien des aspects, cette mémoire de groupes engagés dans le combat révolutionnaire et représentatif de la mémoire collective. L'auteur le souligne déjà dans le prologue : «On ne le répétera jamais assez : dans cette guerre, ‘‘le héros fut le peuple''! Acteur et témoin, je tiens à rendre humblement un hommage appuyé aux oubliés, aux anonymes qui se sont retirés sur la pointe des pieds, une fois le devoir accompli. Je tiens à dire haut et fort ma reconnaissance éternelle aux chouhada. A tous ceux qui ont fait l'histoire récente de l'Algérie, et ne leur en veux pas d'avoir eu la faiblesse de croire qu'aujourd'hui nous pouvions vivre pleinement, avec orgueil, notre indépendance.» Car le fleuve détourné a laissé place à un déplacement des servitudes ! L'auteur le reconnaît, avec amertume : «Où avons-nous failli ? J'ai conscience que le pays va mal. Nous assistons impuissants à la perte de tous nos repères. Nous assistons au délabrement de notre société aujourd'hui érodée par l'imposture, l'incompétence et la corruption généralisée. Et force est de constater que l'extraordinaire capital politique et moral dont jadis jouissait le pays, au cours de la guerre d'indépendance, alors cité en exemple dans le monde, nous l'avons perdu.»
C'est donc d'un nécessaire retour aux sources, de l'action, comme moteur de l'histoire, d'une présence du passé chargée d'émotions et de la restitution (le plus objectivement possible) de faits personnels et historiques dont il est question dans ce témoignage.
L'auteur précise encore : «J'ai été témoin et acteur des étapes du déclenchement de cette révolte. J'ai été chargé de différentes missions mettant souvent ma vie et mes principes à rude épreuve. Comme des êtres exceptionnels, gens du peuple, hauts responsables nationaux mais aussi de pays frères ou amis. Connu des étrangers acquis à notre cause. Ils nous ont aidés à un moment où nous n'avions pour seules armes que notre foi et notre détermination pour nous libérer.»
La liberté de ton, la sincérité d'accent et la fraîcheur d'idées dans le texte introductif disent bien l'autre blessure, celle toujours ouverte au contact de l'affreuse réalité post-coloniale et des désillusions. Dès lors, le lecteur comprend que le récit qui va suivre n'a d'autre but que d'honorer la mémoire d'une peuple, au demeurant le seul véritable acteur de l'Histoire.
Brahim Benbrahim est né à Takdempt, près de Dellys. «En 1942, j'avais dix-sept à dix-huit ans lors du débarquement des Américains et de leurs alliés en Afrique du Nord», se rappelle-t-il. Les chapitres consacrés à l'enfance et à la famille se lisent d'une traite : «Les gens de ma génération vous diront que notre vie était simple, organisée, profondément humaine. Une vie de labeur, difficile certes, mais les difficultés nous rapprochaient les uns des autres et, somme toute, nous formaient sur le terrain pour l'action et les défis. J'étais, avec mes onze frères et sœurs, entouré de l'affection de mes parents, d'abord à Takdempt, plus tard dans cette ville côtière de Dellys où mon père fut exilé par l'autorité coloniale.»  La prise de conscience et l'engagement militant, à un âge précoce, s'expliquent d'abord par le fait que le narrateur a «vécu dans une famille de patriotes convaincus, qui a eu sont lot de souffrances quotidiennes». Surtout, l'année 1945 va précipiter son destin : «Pour ma pauvre mère, l'année 1945, celle du 8 mai qui ne s'est pas déroulée seulement à Sétif et Kherrata, sera celle de tous ses cauchemars. Deux de ses fils tomberont au champ d'honneur ; elle vivra l'arrestation d'une troisième fils et de son époux qui sera exilé. Elle reprit vaillamment le collier et, avec l'aide de la grande famille, s'acquitta comme il se doit des besoins de sa maisonnée.»
Le troisième fils, celui qui a été arrêté, c'est l'auteur lui-même. C'était le 13 juillet 1945 et il avait vingt ans. Il connaîtra les mêmes prisons et les mêmes geôles que le père, subira lui aussi torture et sévices. Il livre des détails instructifs, des anecdotes... «Nous étions 400 personnes, provenant de tous les coins d'Algérie, déférés dans cette même prison de Maison-Carré, raconte-t-il. Il y avait surtout des membres du PPA et des amis du manifeste. Le responsable des prisonniers n'était autre que le Dr Ahmed Francis, membre de l'UDMA.»
Le témoignage de Brahim Benbrahim sur la période 1942-1954 est intéressant à plus d'un titre, car il apporte des informations et des matériaux qui éclairent l'histoire. Notamment sur les acteurs (Hasbelaoui Abdelkader, Zerouali Mohamed, Ali Halit, Allel Benbrahim, Amar Haddad, les frères El-Hachemi, Kasdi Amar...), sur leurs actions et sur le destin de chacun d'eux. «A la mort d'Allel, Mohamed Zerouali, Hasbellaoui Abdelkader et Omar Boudaoud me sollicitent pour prendre le relais de mon frère (il ‘'sera emporté bêtement par une typhoïde mal soignée le dimanche 4 novembre 1945, après 5 mois de maquis''). Je le remplace et m'occupe alors de la région de Sidi Daoud (...)», poursuit-il. En 1955, sur le point d'être arrêté, l'auteur en informe les responsables. Rejoindre le maquis ? L'option fut «rejetée tant par Ouamrane que par Abane. Les deux estimèrent inutile de rejoindre le maquis sans armes, car les armes manquaient terriblement en ces moments-là. Nous étions en 1955. Que faire alors ? ‘'Débrouillez-vous pour nous ramener des armes de Tunisie ou du Maroc'', nous dirent-ils. J'avais des connaissances au Royaume chérifien, c'est donc cette destination que mon frère Larbi et moi avons choisie. Nous gagnons donc le Maroc, à bord de ma 203». Le témoin et acteur continue son témoignage : «Il convient de rappeler qu'à cette époque les Algériens occupaient dans l'administration du Protectorat des positions importantes : institutions, professeurs de lycée, inspecteurs du cadastre, interprètes, avocats et médecins. Auprès du Makhzen et du Palais, des personnalités comme le fqih Mameri et Mokri étaient très proches du roi. Ces considérations allaient faciliter la création d'une organisation FLN et son développement rapide.»
A partir de ce chapitre («Départ pour le Maroc»), Brahim Benbrahim donne à voir quelques séquences de son parcours en pleine guerre de libération : «Dans ce Maroc nouvellement indépendant et le FLN balbutiant, j'étais chargé de la collecte des armes et, quelque temps plus tard, mon frère Larbi était nommé adjoint du chef de camp d'entraînement de Khemisset qui se trouve entre Meknès et Rabat. Nous devions faire le maximum pour équiper les hommes qui quittaient le camp pour rejoindre les maquis et en envoyer à l'intérieur via Oujda
Parmi les missions dont il a été chargé par Abdelhafid Boussouf, responsable du MALG (Ministère de l'armement et des liaisons générales) : la prise en charge des journalistes et speaker de La voix de l'Algérie libre ; l'action psychologique auprès des Algériens installés au Maroc (cotisation, participation à l'effort de guerre) ; le transport des Algériens recherchés ; l'acheminement des armes provenant d'Espagne... Tous ces fragments et autres faits mémoriels particuliers apportent des informations précieuses sur la communauté algérienne au Maroc, dont des hauts cadres et de riches propriétaires ou commerçants, etc. «Après le Maroc, nous avons été mutés en Espagne, toujours sur ordre de Boussouf», poursuit l'auteur. «La mission périlleuse qui m'incombait, c'était de transporter des armes de l'Espagne au Maroc», précise-t-il. Brahim Benbrahim avait aussi pour mission de s'occuper des légionnaires déserteurs espagnols, de rapatrier des étudiants grévistes de France qu'accompagnaient des militants européens engagés dans les réseaux de soutien au FLN (tel le moudjahid Winfried Mustapha Müller, ou encore Frantz-Fanon). Evoquant Abane Ramdane pour qui il dit éprouver «une affection particulière» et dont la mort l'a choqué terriblement, l'auteur écrit : «Peu avant son départ en juillet 1957 — il mourra six mois plus tard, la même année —, Abane et moi avions évoqué, dans un café de Tétouan, le triste sort des 45 étudiants grévistes qui venaient à Oujda pour faire passer des armes en Algérie. Sur les 45, seuls 11, déplorait-il, ont échappé à la mort. ‘'Et vous ? s'enquit-il. Surtout avec Franco...'' Ce fut la dernière fois que je le voyais. J'en garde le souvenir d'un patriote de génie, pourvoyeur d'idées et d'initiatives. Homme de volonté, il mettait de la passion dans tout ce qu'il entreprenait.»  Déçu par la tournure prise par les évènements de l'été 1962, Brahim Benbrahim décide alors de participer «à un autre combat : l'économie du pays. Sans l'aide de personne». Un exemple à méditer. La chute finale de ce témoignage donne également à réfléchir : «J'ai conscience que l'Algérie d'aujourd'hui est loin de l'idéal pour lequel nous avons combattu. Mais je reste convaincu qu'un jour ou l'autre les enfants de ce peuple, le mien, dans un dernier sursaut de survie, surprendront une fois de plus.»
Hocine Tamou
Brahim Benbrahim (dit Layachi Benahmed), La foi et ma détermination m'ont sauvé, éditions Rafar, Alger 2019, 112 pages, 500 DA.


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