Le Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD) est parmi les rares partis qui ont boycotté la rencontre de concertation organisée samedi par les Dynamiques de la société civile qui cherchent une conciliation entre les partisans de la transition et les partisans de l'élection présidentielle en vue d'une feuille de route consensuelle de sortie de crise. Le coordinateur du parti, Mustapha Hadni, explique, dans cet entretien, les raisons ayant poussé son parti à décliner l'offre de la société civile, soutenant que les deux options sont irréconciliables. Selon lui, les Dynamiques de la société civile sont prédominées par le courant islamo-conservateur qui est dans un désarroi total après sa perte de vitesse politique et qui tente de se redéployer. Il en veut pour preuve la participation de Kamel Guemazi, un ex-membre du FIS-dissous. Pour Hadni, la transition démocratique est aujourd'hui une nécessité historique qui permettrait le passage à un Etat de droit. Il s'interroge en quoi et pourquoi la transition démocratique dérange. Entretien réalisé par Karim Aimeur Le Soir d'Algérie : Les Dynamiques de la société civile ont organisé, samedi 24 août, une rencontre de concertation avec des partis politiques et des personnalités publiques, à laquelle des partis membres des Forces de l'alternative démocratique, dont vous faites partie, à savoir le RCD, le FFS, le PT et l'UCP, ont participé. Pour sa part, le PLD a décidé de décliner l'invitation à cette rencontre. Peut-on connaître les raisons de ce boycott ? Mustapha Hadni : Penchons-nous d'abord sur la composante politico- idéologique de cette société civile. D'emblée, vous constaterez qu'il s'agit d'une mosaïque hétéroclite à prédominance des courants islamo-conservateurs et ceux affiliés au système. La présence des démocrates et progressistes est extrêmement minoritaire et sans impact politique. Dans cette composante, le courant moderniste lui sert de caution. Son mode opératoire avec la classe politique est significatif de son inconstance politique. Enfin, les déclarations qui avaient sanctionné les rencontres du 15 juin et celle du 24 août, en faisant abstraction sur l'égalité homme/femme et celle de l'option d'un processus électoral sont la confirmation définitive de la prise en main des forces archaïques et islamistes, donc les partisans du statu quo. Cette rencontre voulait officiellement trouver des convergences entre des options irréconciliables. A ce titre, le PLD est en symbiose et en phase avec le mouvement citoyen qui réclame le départ du système et de son personnel politique. Notre parti ne peut concevoir une synthèse politique qui reconduirait le régime despotique. Comment concevez-vous la participation de membres de l'ex-FIS dissous, à l'image de Kamel Guemazi, à la rencontre des Dynamiques de la société civile ? Dans ma réponse à votre première question, j'ai relevé, de manière très claire, la prédominance des forces islamo- conservateurs dans cette composante dite société civile. Tous les moyens ont été mis pour une forte présence des partisans de la Badissia Novombria. Ils sont dans le désarroi total après leur perte de vitesse politique. Ils s'opposent à la construction d'une République algérienne démocratique et sociale. La présence d'un partisan de l'instauration d'un Etat islamique est la preuve tangible qu'ils sont toujours attachés à leur objectif stratégique : l'instauration d'un Etat théocratique, mais leur stratégie actuelle a radicalement changé. Elle consiste, en effet, à récupérer le territoire politique perdu, et ce, en avançant de façon masquée et en revenant sur la scène politique sous les habits des oulémas. Ceux qui croient aujourd'hui à l'éventualité d'un compromis politique et à une quelconque forme de cohabitation entre les forces conservatrices et modernistes font la preuve, soit de la méconnaissance criante de l'histoire du mouvement national algérien soit d'une naïveté politique. Ils sont comparables à ceux qui croient au changement chimère de l'intérieur du système. Quant à nous, au sein des Forces de l'alternative démocratique, nous avons tranché notre choix en faveur d'une rupture radicale avec le système politique. Sur ce dernier point, justement, la décision du PLD de boycotter la rencontre peut-elle avoir des incidences sur les Forces de l'alternative démocratique, sachant que certains partis y ont participé ? Depuis des années, notre parti plaide et milite pour la convergence des forces démocratiques. Aujourd'hui, grâce à l'initiative de l'alternative démocratique et la détermination des démocrates algériens, l'espoir est permis. Les attentes sont énormes, nous ne devons pas décevoir autant d'espérances que suscite cette initiative. Il est important de signaler que le socle qui réunit les partis constituant cette alternative est repris essentiellement dans le pacte du 26 juin 2019 et à ce titre le PLD fera tout pour renforcer ce projet. Au-delà du pacte de l'alternative démocratique, chaque parti garde son autonomie politique. Notre boycott est une décision qui nous concerne. Les autres ont pris des décisions qui les concernent eux aussi. Mais cela ne remet nullement en cause la cohésion des Forces de l'alternative démocratique dont les membres sont concentrés sur la préparation de la convention nationale du 31 août. Où en sont les préparatifs de cette convention ? La convergence des partis d'opposition progressistes autour de l'alternative démocratique constitue un événement majeur dans l'histoire post-indépendance de notre pays. Le pacte du 26 juin avait scellé et mis en exergue les valeurs universelles, donc les fondements d'un Etat moderne. Il se veut une réponse aux attentes et aspirations populaires, exprimées depuis le 22 février avec force et détermination chaque vendredi par des millions d'Algériens. Notre seul objectif est de traduire ces aspirations en projet politique réalisable et marquant la rupture avec le système. Sa cristallisation se dessine et se confirme de plus en plus. Cette convention est une étape d'un processus dans lequel se sont engagés les partis politiques démocratiques. Elle a pour objectif d'étape d'ouvrir l'alternative à toutes les forces politiques et personnalités progressistes qui s'inscrivent dans l'option d'un processus constituant. Sur le plan technique, des commissions installées sont sur le point de finaliser tous les documents retenus à l'occasion de cette journée du 31 août. L'administration, jusqu'à aujourd'hui, n'a toujours pas répondu à notre demande d'autorisation de la tenue de la convention. Nous avons donc opté pour le plan B qui est le siège social du Mouvement démocratique et social (MDS). Nous tiendrons notre convention au siège de ce parti. Depuis le début de la crise, plusieurs initiatives de sortie de crise ont été lancées. Aujourd'hui, il semble qu'on est arrivé devant une grande impasse. D'un côté, un mouvement populaire intraitable sur ses revendications et des partis qui tiennent au projet de la transition et de l'autre, un pouvoir qui ne veut faire aucune concession. Mais ces derniers jours, une nouvelle idée qui tient en compte les deux options a émergé. Il s'agit d'organiser la présidentielle et le nouveau Président lancera un processus constituant. Qu'en pensez-vous ? Les partisans de cette option méconnaissent totalement les capacités d'endurance du peuple algérien qui a en fait les preuves sur le terrain de la lutte pacifique. Par voie de conséquence, ils s'inscrivent à contre-courant de l'Histoire. Nous sommes au 27e vendredi de mobilisation inédite et historique et le peuple n'est jamais aussi déterminé et engagé pour l'avènement d'une nouvelle République et une autre ère politique. C'est ce qu'il faut prendre en considération dans toute démarche. L'organisation d'une élection présidentielle dans les conditions actuelles ne fera que reconduire et régénérer le système. Les millions d'Algériens le disent chaque vendredi. Il faut les écouter et satisfaire leur demande. La transition républicaine demeure l'ultime salut pour une Algérie démocratique et sociale. Les défenseurs de cette idée sont les partisans des tenants du statu quo et ils sont essentiellement les dignitaires du régime et leurs différentes clientèles. Ils sont affolés par la perte de leurs privilèges. Pourquoi, à votre avis, la transition serait plus adéquate pour la sortie de crise que d'aller vers l'élection présidentielle dans les plus brefs délais ? Les Algériennes et les Algériens ne sont pas sortis en masse depuis le mois de février pour permettre au système de se régénérer et de changer de peau. Ils réclament son départ et militent pour l'avènement d'une nouvelle République. Nous nous inscrivons dans cette démarche. Une élection présidentielle dans les conditions d'aujourd'hui ne fera que reproduire le régime. La Constitution en vigueur octroie et concentre autour du Président l'ensemble des pouvoirs. La transition démocratique est aujourd'hui une nécessité historique qui permettrait le passage à un Etat de droit. La question que je me pose est en quoi et pourquoi la transition démocratique dérange. K. A.