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Parenthèses
Publié dans Le Soir d'Algérie le 12 - 02 - 2020

Parmi les signes typographiques, les parenthèses m'ont toujours intrigué. Il faut les ouvrir. Pour ensuite les fermer. Comme un clapet. De ce fait, certains orateurs abusent de ces deux actions. Au temps fort d'une réflexion, ils s'arrêtent pour ouvrir les parenthèses ; soit pour prolonger le suspense ; soit pour étayer leur argumentaire ; soit pour reprendre leur souffle. Alors, dans cet espace de parole, je vais oser ouvrir quelques parenthèses.
Première parenthèse : un mordu de la météo me disait, cet
après-midi : « Sais-tu que la température atteindra les 28 degrés cette semaine ? Puis, il s'est mis à me détailler le mythe d'Anzar. » Que peut faire Anzar, quand le ciel fait dans la rétention de pluie ? Je ne vois pas, personnellement. Il n'y a pas de pluie, c'est tout ce que je sais. Alors, aujourd'hui, j'ai piqué une véritable crise de jalousie. Je suis jaloux de la tempête Ciara, qui a balayé la France. J'invite Ciara à venir visiter notre pays. Vraiment, une bonne petite tempête, de la beauté de Ciara, pour apporter la pluie salvatrice. Sentir la force du vent qui vient claquer les fenêtres. Ce vent qui déracine quelques arbres centenaires. Ecouter la pluie tomber comme des hallebardes. Contempler un ciel tout en colère. C'est le kiffe. C'est le pied. Car à cette allure, on risque d'importer de l'eau à boire l'été prochain. Ce sera une première mondiale ! Ça ne s'est jamais vu, non ? J'ai vu un jardinier arroser son jardin, un mois de février. Ça fait peur. J'ai les chocottes, ma foi. Il semblerait que Ciara touchera, cette nuit, les côtes de la Corse. Ne peut-on pas lui placer un barrage (ne sommes-nous pas les champions des vrais-faux barrages ?) et lui intimer l'ordre de venir lécher le littoral algérien ?
Deuxième parenthèse : j'ai lu cette info sur Le Soir d'Algérie. « L'intelligence artificielle bientôt dans nos structures de santé .» Waouh, rien que ça ! L'intelligence artificielle ! On brûle les étapes, me semble-t-il. Laissons l'intelligence artificielle à ceux qui la fabriquent. A moins de créer une Silicone Valley quelque part en Algérie. Du côté d'Oued R'hiou. Ou ailleurs. C'est bien de rêver. Attention, tout de même, aux cauchemars. Plus dur sera le réveil ! Soyons réalistes. Restons terre à terre. Restons nous-mêmes. Personnellement, ce que je demande à nos structures de santé est très simple. A portée de nous. Je veux juste de l'intelligence humaine. Je veux juste que le toubib, ici et là, soit humain. Ayons suffisamment de stéthoscopes dans nos structures de santé ; on pensera ensuite à l'intelligence artificielle. Ne me faites pas rêver, s'il vous plaît. Je risque de vous croire et de croire vraiment, à « l'intelligence artificielle » dans nos structures de santé. Ne me faites pas saliver, s'il vous plaît. Ma bouche est aussi sèche que ce ciel de février. Je laisse cette parenthèse ouverte, des fois que l'intelligence artificielle vienne dorloter mes insomnies. Qui sait ? Achkoun chaf, selon l'expression favorite d'un pote, perdu dans les méandres des rues d'Alger.
Troisième parenthèse : là, je voudrais comprendre. A-t-on les sous nécessaires pour se procurer les médicaments, dernier cri, pour nos malades du cancer ? Chacun y va de sa chanson. Ce sont des médicaments de dernière génération, qui font des miracles. Bon, d'accord ! Il n'y a plus de sous. Mais, justement, a-t-on le droit de faire le pingre dans un cas comme ça. Ce n'est pas un simple mal de crâne. Il s'agit d'une pathologie lourde. Alors, raclez le fond de la tirelire, s'il le faut, puis achetez ces médicaments, nom d'un chien errant ! Déjà, il faut réduire le train de vie de l'Etat, en commençant par diminuer le nombre de ministres, le nombre de députés et le nombre de sénateurs. Puis, on peut même se permettre le luxe de se passer, carrément, des services du Sénat. Puis, la prise en charge, à l'étranger, peut être offerte au « cancer populaire ». Il paraît que même les nations les plus avancées n'ont pas les moyens d'acheter ces médicaments. Là, ça refroidit ! Le truc est ficelé. Ihi, on n'achète plus cette médecine. Il nous reste la rokia. Les rebouteux. Ou se mettre la tête sous un oreiller et attendre la mort. Là, je ferme cette parenthèse.
Quatrième parenthèse : tiens, si on récupérait les 287 millions de dollars du fameux ministre, accro aux zaouïas, à la poudre d'escampette et hypocondriaque comme pas possible. Personnellement, je dis qu'il est bien là où il est. Qu'il rembourse son pays de ce qu'il a piqué, comme sous sonnants et trébuchants. Je ne veux même pas savoir comment il les a chouravés. Du tout, ça risque de me donner de mauvaises idées, de très mauvaises. Ça pourrait servir à acheter ces fameux médicaments, non ? Au fait, 287 millions de dollars, ça fait combien en dinars. Au tarif officiel ? Ou au tarif Square ? Peu importe ! Je veux juste me faire une idée de ce que ça fait, moi qui n'ai jamais palpé un dollar de ma vie. Je n'ai jamais vu, de ma vie, un dollar de vrai. Au cinéma, oui ! Il paraît que ce sont des dollars, en papier, juste pour la frime. J'imagine que les 287 millions de dollars de notre « fileur à l'anglaise » sont de vrais dollars. Question d'un plouc ? Je la retire. Que voulez-vous, je délire. Ça fait des sous, 287 millions de dollars ! Il y a certains qui ne s'emmerdent pas dans la vie. Quand je pense au smicard, j'ai la haine dans le cœur.
Cinquième parenthèse : c'est bientôt la Saint-Valentin. Sidna Valentin montre déjà le bout de son nez. Je suis content pour ceux qui vont « valentiner ». Ils auront à cœur d'ouvrir une large parenthèse d'amour. Oui, c'est d'amour qu'il s'agit. Même si ça chagrine certains esprits chagrins. Ceux qui mettent l'amour sur le compte du diable. Mais je pense beaucoup plus à ceux dont la parenthèse a été fermée. C'est dramatique ! T'entendre dire que la parenthèse est fermée, ça détruit une vie. Ça existe ces histoires-là ! Le divorce est une parenthèse fermée. Celui qui a inventé les parenthèses, simples signes typographiques à l'origine, est diabolique. De simples signes typographiques qui se transforment, juste par un petit mot prononcé dans un murmure, je te quitte, en « menottes du quotidien ». Qui n'a pas connu « ça » dans sa vie est un heureux élu ! Tout de même, « valentinez » autant que vous pouvez ! Et au diable les parenthèses !
Y. M.


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