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Chafik Mesbah : lettre � mon ami Alaa Al Aswany
Publié dans Le Soir d'Algérie le 03 - 02 - 2011

Voici l�adresse que Mohamed-Chafik Mesbah, en sa qualit� d�intellectuel alg�rien, vient de transmettre par t�l�phone � son ami le romancier �gyptien Alaa Al Aswany, l�une des figures marquantes du mouvement de contestation actuel en �gypte. Le romancier �gyptien qui a exprim� toute sa gratitude s�est engag� � r�server une r�ponse d�taill�e � l�adresse d�s le d�part de Hosni Moubarak.
Alger, le 1er f�vrier 2011
Cher ami Alaa,
Cela faisait quelques jours que, bravant la d�cision du gouvernement �gyptien frappant d�interdit connexions internet et liaisons t�l�phoniques, je tentais de me mettre en rapport avec toi, afin de pouvoir me tranquilliser sur ton �tat, persuad� que tu serais au devant des manifestants du Caire, pour clamer cet amour passionn� de la libert� et ce rejet r�solu de la dictature qui n�ont cess� d�inspirer tous tes �crits. C�est avec une joie indicible, tu l�imagines, que j�ai pu, enfin, entendre ta voix chaleureuse et famili�re au t�l�phone, me rassurant autant sur ta sant� que sur l�issue, que tu pr�vois victorieuse, de la r�volution que vient de d�clencher le peuple �gyptien. Je suis d�autant plus heureux que, lorsque des incidents injustifi�s avaient oppos� les opinions publiques de nos deux pays � propos d�une malheureuse rencontre de football, je t�avais laiss�, dans ton cabinet de dentiste, alors que tu �tais en d�placement, un message pour te dire que nous devions, tous deux, nous manifester � travers la presse pour nous d�marquer d�une division, artificiellement, suscit�e entre nos deux peuples, voulue tout juste par des gouvernants soucieux d�endormir les foules. Voil� l�occasion inou�e, les manifestants �gyptiens se faisant entendre, haut et fort, � l��chelle de toute la plan�te, voici l�occasion inou�e de d�montrer que ce qui unit nos deux peuples, une exigence essentielle de justice sociale et de dignit�, est bien plus fort que ce qui, prosa�quement, pourrait les s�parer. A propos de dignit�, j�avoue avoir �t� surpris, moi qui, comme tu le sais, nourris tant d�admiration pour l�homme moral que fut Djamel Abdenasser, j�ai �t� surpris de voir les jeunes Egyptiens brandir, avec fiert�, le portrait de ce leader arabe, disparu, pourtant, depuis un lustre. Ce doit �tre, selon toute vraisemblance, la rectitude morale du chef de l�Etat d�funt qui a interpell� les jeunes manifestants et, surtout, le sentiment de dignit� qu�il avait restaur� chez tous les �gyptiens. Je me souviens, � cet �gard, de ta r�plique fulgurante lorsque je t�avais, malicieusement, reproch� d�avoir �crit, avec Immeuble Yacoubian, un pamphlet contre l�ancien pr�sident �gyptien : �Non ! Je porte une grande consid�ration � Djamel Abdenasser, cet illustre dirigeant qui a restitu� au peuple �gyptien sa dignit�. Il a commis, cependant, une faute des plus graves en manquant le rendez-vous de la d�mocratie pour lequel le peuple �gyptien �tait pr�t.� Parlons, justement, de l��tat d�esprit du peuple �gyptien lequel vient de d�livrer, � la face du monde entier, une le�on magistrale de maturit� politique. Ce n�est pas du pain que le peuple �gyptien, relay� par toutes les cha�nes de t�l�vision du monde, demande, c�est la d�mocratie qu�il exige, de nouvelles r�gles de fonctionnement pour l�Etat avec une r�partition plus �quitable des richesses nationales. Tout cela passe, estime le peuple �gyptien, par le pr�alable du d�part de Hosni Moubarak lui qui a d�tourn�, � son profit et celui de son r�gime, la souverainet� populaire. Je me joins, mon cher Alaa, � tes pri�res et � celles de tous les Egyptiens qui aiment leur pays : �Dieu, faites que ce soit le plus t�t !� Assur�ment, la distanciation par rapport � la situation actuelle en �gypte permet d�exercer un regard plus serein sur les �v�nements en cours. Les enseignements que procure la transition d�mocratique avort�e en Alg�rie sont, �galement, utiles, certainement, pour la r�volution naissante d��gypte. C�est � ce titre que je me permets de te livrer ces quelques observations que m�inspire ce combat historique auquel tu participes de toutes tes forces, sans, nullement, nourrir quelque intention d�interf�rer sur la libre volont� des �gyptiens. En premier lieu, tout en saluant l�h�ro�sme des manifestants qui ont fait irruption dans la rue par r�flexe intuitif, une sorte d��cho � l�appel de la patrie souffrante, il semble indispensable, pour leur donner un impact encore plus fort, de d�passer le caract�re spontan� des manifestations en cours. La nature ayant horreur du vide, la spontan�it� des manifestations et l�absence d�interlocuteurs politiques risquent, en effet, de donner du �grain � moudre� au r�gime vacillant. Ils pourront arguer de ce pr�texte pour tenter de susciter le soutien de l�opinion nationale et internationale en vue d�un renversement du rapport de force qui leur permettrait de perp�tuer l�ordre ancien. Il est urgent, par cons�quent, de doter ces manifestations d�un encadrement l�gitime et performant en vue, d�une part, de pr�venir le vide que pourrait causer le d�part pr�cipit� de Hosni Moubarak et de ses proches et, d�autre part, de donner un visage avenant � la r�volution en cours, pour rassurer soci�t� �gyptienne et communaut� internationale. Il ne s�agit pas de faire �merger un quelconque �homme providentiel�,� l��poque est r�volue � c�est d�une �quipe soud�e, r�solue, visc�ralement enracin�e dans les entrailles de l��gypte profonde dont il est question. Il ne s�agit pas, aussi bien, de d�poss�der le peuple �gyptien de sa victoire. Il s�agit, au contraire, de lui permettre de se d�fendre contre toute menace. Au demeurant, si telle crainte �tait fond�e, le peuple �gyptien, chaque jour, t�moigne, suffisamment, de sa vigilance contre les tentatives de d�tournement de son combat. En second lieu, l�arm�e �gyptienne observe un statut de relative neutralit� que l�opinion publique internationale enregistre avec admiration. L�arm�e �gyptienne, il est vrai, a toujours b�n�fici� d�une image valorisante aupr�s du peuple �gyptien, depuis l��poque d�Orabi Pacha � ce sultan qui a dot� l��gypte de son arm�e moderne �jusqu�� la R�volution des �Officiers libres� qui a scell� l�osmose du peuple �gyptien avec son arm�e. L�observation qui suit peut para�tre, donc, sans objet, voire m�me ing�nue. Il est clair, pourtant, que positionnement strat�gique de l��gypte et son implication dans le conflit du Proche- Orient sont de nature � susciter, tout naturellement, la crainte d�Isra�l pour le cas o� les rapports entre le peuple �gyptien et l��arm�e �gyptienne viendraient � prendre un cours plus prononc�. Il ne semble pas inutile, donc, d�insister sur l�int�r�t � pr�server, co�te que co�te, ce statut de bienveillante neutralit� de l�arm�e �gyptienne. Il serait id�al, �videmment, que l�arm�e �gyptienne s�implique plus en assumant un r�le de garant de la transition d�mocratique, mais il suffit d�j� qu�elle ne d�vie point de cette position de neutralit� bienveillante. Autrement, faute d�appui d�terminant dans l�Etat, le processus en cours serait d�vi� de son objectif strat�gique qui porte, as-tu, toi-m�me, expliqu�, sur le d�mant�lement pacifique de l�ancien syst�me. Les donn�es disponibles ne permettent pas d�affirmer que l�encadrement sup�rieur de l�arm�e �gyptienne ne comporte pas du tout de g�n�raux pouvant se transformer en une sorte de garde pr�torienne du r�gime. Les prises de position officielles du commandement militaire rendent ce cas de figure improbable, d�autant que c�est l�exemple du g�n�ral martyr Abdel Moneim Riadh, ce v�ritable h�ros que l��gypte tout enti�re v�n�re, qui semble le plus inspirer les militaires �gyptiens. En troisi�me lieu, l�existence du courant islamiste en �gypte �tant une donn�e sociologique, culturelle et politique ind�niable, la r�volution en cours, cens�e devoir instaurer la d�mocratie, se discr�diterait, totalement, si elle venait � pratiquer, par avance, l�exclusion. L�inclusion du mouvement islamiste dans le fonctionnement d�mocratique du pays, c�est l�, probablement, le plus grand des d�fis qui interpellent le peuple �gyptien. Les d�cennies �coul�es ont d�montr� que les politiques d�inspiration primaire qui pr�nent la substitution m�canique du traitement s�curitaire � l�approche politique m�nent vers un cul-de-sac. Pour contenir le ph�nom�ne de l�islamisme, notamment dans le cas de d�rives violentes, il faut prospecter d�autres pistes que la r�pression et l�exclusion ; cela exige, sans doute, beaucoup de discernement et davantage de courage. En quatri�me lieu, les dictateurs arabes qui ne s�embarrassent pas de scrupules pour nouer avec l��tranger les rapports les plus douteux sont parvenus � duper, presque, les opinions publiques de leurs pays en diabolisant tous les acteurs politiques et sociaux qui tentent de susciter l�int�r�t de l��tranger au combat d�mocratique qu�ils m�nent dans leurs pays. Ce tabou qui, longtemps, a frein� les avanc�es d�mocratiques face aux r�gimes arabes dictatoriaux doit �tre lev�. Faut-il �tre, � ce point, ing�nu pour s��tonner de l�int�r�t que les gouvernements �trangers et leurs services de renseignement accordent aux situations exceptionnelles dans les pays qui rev�tent pour leurs int�r�ts strat�giques une importance vitale ? Tant mieux si cet int�r�t les conduit, � un moment donn�, vers le soutien d�un processus comme celui qui en �gypte doit, selon toute vraisemblance, conduire au d�part de Hosni Moubarak et � l�instauration de la d�mocratie. L�essentiel est de conserver la part d�esprit critique indispensable pour �viter que l�inspiration �trang�re ne se substitue � la volont� nationale. Sinon, crois-moi, cher Alaa, rien de tel qu�une forte pression �trang�re pour ramener � la raison les dictateurs arabes. J�aurais tant aim�, mon cher Alaa, �tre � tes c�t�s, parmi les manifestants du Caire, pour t�moigner de la solidarit� des intellectuels alg�riens, des patriotes alg�riens, de tout le peuple alg�rien, � cette r�volution qui se d�roule dans un pays si cher � nos c�urs. Puis-je, � d�faut, te demander de hisser, bien en �vidence, sur cette, d�sormais, l�gendaire place de la Lib�ration, Midan Attahrir, le drapeau de l�Alg�rie vibrant du sang de ses martyrs ? Bon vent au peuple �gyptien et � sa r�volution !
Amicale et chaleureuse affection, Mohamed-Chafik Mesbah
Vous pouvez retrouver ici l'int�gralit� de la lettre dans sa version arabe


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