A présent que son intention de candidature est officialisée, il est à se poser la question sur l'image dans laquelle Bouteflika apparaîtra tout au long du processus électoral mais aussi après. Malade, impotent, il ne peut, et ce n'est un secret pour personne, prétendre à une dépense excessive d'énergie comme autrefois. Les électeurs sont appelés à voter pour une candidature vraie d'un prétendant virtuel. On est dans le complètement absurde : un postulant à la magistrature suprême qui suivra sa propre campagne électorale à travers l'écran plasma de sa télé et les comptes-rendus que lui feraient ses envoyés sur le terrain. Ça ne s'est produit dans aucune contrée du monde et à aucun moment de l'Histoire. Le Premier ministre Abdelmalek Sellal affirmait samedi, à Oran, que Bouteflika ne s'impliquera pas lui-même physiquement dans sa campagne électorale. C'est une affirmation véridique tant est que le chef de l'Etat s'est astreint au strict minimum depuis son AVC, survenu en date du 27 avril 2013. Ce sont d'autres, donc, qui se chargeraient de vendre son image auprès de l'électorat. Si, dans l'absolu, rien n'oblige un candidat à aller au-devant de ses électeurs pour les convaincre de lui accorder leurs suffrages, il n'en demeure que la tradition politique, érigée, d'ailleurs, en règle, exige du postulant à une haute fonction politique qu'il soit visible. Et dans le cas de Bouteflika, le retrait du devant de la scène, au sens de présence physique et active, ne procède pas d'un choix délibéré ou d'un style qu'on pourrait mettre sur le compte de l'innovation. Bouteflika ne mènera pas campagne parce qu'il ne le peut pas. Cela, même les grands-mères, dans leurs chaumières, le savent, tant c'est un secret de Polichinelle. Mais, s'il devra compter sur un système de fraude suffisamment huilé pour sa reconduction, quand bien même il ne mènera pas campagne, Bouteflika devra cependant s'astreindre à l'accomplissement de certains actes qui nécessitent obligatoirement sa présence physique. Au moins deux : le dépôt des bulletins de souscription auprès du Conseil constitutionnel et la prestation de serment une fois élu. La loi, encore une fois, pour ces deux prestations inévitables, n'oblige pas à une attitude précise. Bouteflika pourrait bien se rendre en fauteuil roulant au siège du Conseil constitutionnel pour y déposer ses formulaires de souscription. Ile peut tout aussi bien prêter serment assis. Mais alors, quelle image se dégagera-t-elle d'un tel président ? L'on a vu lors du premier Conseil des ministres de l'année 2013 le contraste désopilant d'une «image de famille» où tout le gouvernement était debout sauf le Président. C'est à ce contraste que les Algériens devraient assister lors des deux étapes durant lesquelles Bouteflika devra nécessairement apparaître en public. Deux apparitions qui ne peuvent en aucun cas, notamment la prestation de serment, s'accommoder de montages télévisuels. L'article 75 de la Constitution stipule que «le président de la République prête serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la nation dans la semaine qui suit son élection (...)». Se montrer, devant ce beau monde, relève, donc, de l'obligation légale. Cependant, au-delà de ces remarques liées à l'attitude de Bouteflika, à laquelle on peut adjoindre l'acte de voter sous les crépitements des appareils de photos, c'est la question de la stature du Président au double niveau national et international qui se poste avec lancinance. De par sa fonction de premier magistrat du pays, le Président se doit d'occuper sa place dans la tribune internationale. Ce qui suppose une capacité physique non seulement à voyager mais aussi à défendre des positions et des idées. Ce qui n'est pas envisageable dans l'état de santé actuel de Bouteflika.