Comme il fallait s'y attendre, l'information faisant état du rejet d'un projet d'amendement proposé par une députée du PT et portant promotion de la langue amazighe et sa généralisation dans tous les établissements scolaires, par la Commission des finances de l'APN, a eu l'effet domino. Après les lycéens de Béjaïa puis ceux de Tizi-Ouzou, et les étudiants des deux départements de Béjaïa et Tizi-Ouzou qui se sont, tout au long de la semaine dernière, relayés dans les rues pour dénoncer un tel rejet, synonyme pour beaucoup de citoyens de la Kabylie de reniement de l'Etat vis-à-vis de ses engagements, voilà des lycéens au niveau de la wilaya de Bouira qui se sont eux aussi mis de la partie pour envahir la rue et dénoncer ce rejet. En effet, hier matin, l'ensemble des lycées de la daïra de Bouira, aussi bien les quatre lycées de la commune et chef-lieu de daïra, M'chédallah, que ceux des autres communes de la daïra à l'instar de Chorfa, Aghbalou, Ahnif, Ath-Mansour et Saharidj, au niveau de tous les établissements scolaires, les élèves ont déserté les bancs et se sont donné rendez-vous pour un rassemblement devant le siège de la daïra de M'chédallah. Cela étant, si pour les lycées des autres communes, il y avait très peu d'élèves qui se sont déplacés par fourgons, au niveau du chef-lieu, les lycéens ont improvisé une marche qui les a conduits vers le siège de la daïra. Selon des confrères présents sur les lieux, ils étaient près d'un millier d'élèves à se rassembler devant le siège de la daïra et à scander à tue-tête : «Assa, Azekka, tamazight tella, tella» ou encore «Corrigez l'Histoire, l'Algérie n'est pas arabe.» Cela étant, notons que la majorité des élèves qui étaient sur place croient que l'Etat est en train de remettre en cause les acquis de tamazight. Il est vrai que sur les réseaux sociaux, cette proposition de la députée du PT de Béjaïa a été manipulée à outrance mais, encore une fois, le pouvoir a mis du temps pour réagir et éviter le chaos à la région. Aussi, les déclarations du ministre de la Jeunesse et des Sports, Oud Ali El Hadi, ainsi que celles du SG du HCA, Si El Hachemi Assad, qui réitéraient l'engagement de l'Etat pour la promotion de tamazight, en annonçant même la création de la fameuse institution tant attendue, l'académie de tamazight, n'ont pas été d'un grand secours. Il est vrai que sur le terrain, les élèves, surtout les lycéens, sont les premiers à sentir la marginalisation et le peu de sérieux que l'Etat met dans l'enseignement de tamazight. A Bouira, par exemple, l'enseignement de tamazight est en net recul et même les CEM où tamazight était enseigné d'une manière obligatoire comme au CEM Haddouche-Saïd, on a vu cette année l'introduction du caractère optionnel pour son enseignement. Un caractère optionnel décidé par la Direction de l'éducation puisque, selon nos informations, c'est de là, et pour la première fois depuis les années 2000, que des élèves arabophones ont obtenu des dispenses de l'enseignement de tamazight. C'est dire que, si colère citoyenne il y a, du moins en Kabylie, c'est parce que l'Etat n'avait jamais appliqué sérieusement sur le terrain ce qu'il promulgue en termes de lois et autres circulaires concernant tamazight. Du moins pas de la manière souhaitée.