L�Am�rique vient de vivre un moment historique. Cette �pith�te a �t� tant de fois galvaud�e pour qualifier des �v�nements marquants dans la vie des peuples et des nations qu�elle perd souvent sa v�ritable signification. Mais, cette fois-ci, on peut en user et en abuser sans faire dans l�exag�ration. Historique, car il r�concilie cette grande nation avec elle-m�me, en donnant au r�ve de ses fondateurs toute sa consistance. Faut-il rappeler que ce r�ve a �t� malmen� tant de fois ? D�abord, pour assouvir la soif de pouvoir des premiers colons et leur refus de consid�rer les habitants authentiques de ce pays comme des partenaires dans le processus d��dification de la nation am�ricaine, pr�f�rant � d�j� � les m�thodes muscl�es au dialogue et � la paix. Ce furent les massacres d�Indiens et leurs lots d�atteintes � la dignit� humaine. Grave d�rive �galement avec la d�portation massive d�esclaves africains arrach�s � leurs familles et � leur environnement naturel, exploit�s dans les pires conditions et consid�r�s comme de simples animaux. D�rive enfin de ce que l�on conna�tra sous le nom d�imp�rialisme et qui n�est que le prolongement naturel du capitalisme, avec ses guerres meurtri�res et sa soif de domination du monde. Toutes ces d�viations ont emp�ch� le fleuve de la r�volution am�ricaine authentique de suivre son cours naturel. Mais, en m�me temps, le syst�me d�mocratique mis en place justement par ces m�mes fondateurs aura permis, � chaque fois, de corriger les erreurs et de revenir � l�essence m�me de ce r�ve. C�est cette d�mocratie, sa force et sa vitalit�, qui auront permis � l�Am�rique de vivre ce moment historique, en donnant au r�ve la possibilit� de devenir r�alit�. Le pouvoir des lobbies et des cartels de toutes sortes qui dominent le haut de la pyramide n�a pas emp�ch� Barack Obama, un Noir, descendant d�une famille musulmane pauvre du Kenya, de devenir le 44e pr�sident des Etats-Unis ! Ce n�est pas rien ! Car, cet homme ne provient pas des castes qui ont domin� l��conomie am�ricaine durant des si�cles, il n�est pas issu des puissants clans p�troliers, ni du cercle des grands poss�dants terriens, ni des intouchables dirigeants du complexe militaro-industriel. Ce simple citoyen, un noir m�tiss�, incarne � la fois le �self made man� am�ricain et la quintessence m�me du r�ve am�ricain. Mais la victoire de Barack Obama vient aussi de la volont� du peuple am�ricain d�en finir avec l��re Bush et ses catastrophes en s�rie. Le d�mocrate doit une fi�re chandelle � son pr�d�cesseur qui aura tout fait pour porter les Am�ricains vers une volont� de changement dont la force n�a d��gale que la grande d�ception caus�e par le bilan de l�actuel locataire de la Maison Blanche. Surfant sur les sentiments d�ins�curit� cr��s par les attentats du 11 septembre 2001 dont l�origine reste sujette � interrogations, Bush et sa clique d�extr�me droite ont su capitaliser la psychose pour d�clencher leur longue et co�teuse guerre en Irak. Ce conflit de troisi�me type, r�pondant � des int�r�ts strat�giques qui replongent le monde dans une �re d�instabilit� et de m�fiance, n�a pas r�ussi � souder les Am�ricains autour de leur direction politique. Bien au contraire, ils n�ont jamais sembl� aussi partag�s que depuis la chute de Bagdad. Sur le plan int�rieur, l�ultralib�ralisme version Bush a enrichi les plus riches, appauvri les plus pauvres et jet� les d�munis � la rue en les privant des droits �l�mentaires au logement et � la sant�. Si les Am�ricains ont voulu le changement, c�est parce qu�ils en ont marre ! La victoire de Barack Obama est �galement v�cue par les peuples de toute la plan�te comme un grand moment d�espoir. Espoir de voir le monde changer pour faire reculer d�abord les p�rils qui menacent la paix mondiale : mettre un terme � la guerre injuste men�e contre le peuple irakien, r�tablir le peuple palestinien dans ses droits l�gitimes, donner � la lutte contre le terrorisme sa v�ritable dimension et cesser de l�utiliser pour porter atteinte aux libert�s fondamentales des personnes et des peuples, offrir de l�Am�rique un visage moins agressif, plus conforme � l�id�al des premiers �patriots�. Le r�ve est possible et il n�est plus l�apanage du seul peuple am�ricain. Et, sans verser dans l�optimisme b�at, on peut sinc�rement esp�rer que le changement op�r� en Am�rique se traduira n�cessairement par une r�vision des relations ext�rieures de cette grande puissance. Sans Dick Cheney et ses int�r�ts p�troliers aux quatre coins du monde, la nouvelle administration am�ricaine sera peut-�tre plus regardante sur les questions de d�mocratie et de droits de l�homme que ne l��tait l�ancienne. Cette derni�re, faut-il le rappeler, distribuait les bons et les mauvais points en fonction des march�s arrach�s par les cartels US. N�a-t-on pas entendu un s�nateur am�ricain d�clarer, lors de son s�jour en Alg�rie, qu�il �tait �impressionn� par la d�mocratie alg�rienne �. Votre serviteur qui vit en permanence ici et n�a pratiquement pas quitt� le pays depuis une vingtaine d�ann�es aurait �t� tr�s heureux d��tre impressionn� par cette m�me d�mocratie. Mais, voil� : un regard objectif permet de mesurer le chemin qui nous reste � parcourir pour atteindre la v�ritable d�mocratie. Et ce chemin vient d��tre d�mesur�ment prolong� par l�atteinte � l�article-cl� de la Constitution alg�rienne ; celui justement qui nous rapprochait de la grande d�mocratie am�ricaine en limitant le mandat pr�sidentiel � deux. Ce grand moment d�espoir qui parcourt la plan�te, nous ne le partagerons pas parce qu�il co�ncide malheureusement avec le plus grand recul de la d�mocratie alg�rienne depuis la fin du monopartisme. En �levant le poste de pr�sident de la R�publique au rang de monarque sans contrepouvoir, �ligible autant de fois que le veut cette �volont� populaire � qu�on glorifie pour mieux la violenter, en supprimant le poste de chef de gouvernement issu du parti vainqueur aux l�gislatives pour lui substituer celui aux p�les perspectives de �Premier ministre� sans aucun pouvoir, la nouvelle Constitution nous �loigne du r�ve alg�rien, celui qui a coul� tel un torrent imp�tueux dans les djebels et les oueds, port� par des g�n�rations enti�res de patriotes. Le r�ve de Liamine Z�roual, initiateur de la Constitution la plus d�mocratique depuis la restauration de la souverainet� nationale, va �tre bris� dans cette enceinte m�me o� des Alg�riens, se consid�rant comme des �repr�sentants du peuple�, vont porter l�estocade � la jeune d�mocratie alg�rienne, en d�signant un �pr�sident � vie�. Mais la le�on am�ricaine nous permet de ne pas croire que c�est fini pour nos r�ves communs. C�est une le�on que je r�sume en trois constats : m�me Bush quitte le pouvoir. Il s�en va la t�te basse. M�me un Noir issu du peuple peut devenir pr�sident de la premi�re puissance mondiale. Alors, gardons le moral et essayons de trouver cet Obama national qui redonnera le sourire � notre ch�re Alg�rie, bien malheureuse apr�s les �checs r�p�t�s de ces dix derni�res ann�es. M. F. P. S. : Citations d�une chronique publi�e dans cet espace, un mois avant le d�but de la guerre en Irak, le 27 f�vrier 2003 : �Le soir de la grande d�cision, lorsque M. Bush sera en face de sa conscience, il sera trop occup� � �couter les murmures de ses conseillers derri�re les portes capitonn�es pour entendre la rumeur qui monte et qui exprime bien cette revendication premi�re des hommes et des peuples : vivre en paix. Une bien d�risoire requ�te pour un homme qui ne sait pas encore qu�il va rentrer dans l�histoire. Mais par la mauvaise porte��