Le secret-défense constitue l'obstacle ‘'majeur'' pour faire toute la lumière sur l'assassinat du militant anticolonialiste Henri Curiel, survenu il y a quarante ans devant son domicile à Paris. Des participants à une rencontre commémorative en l'honneur de ce militant, tenue ce vendredi à Paris et organisée par le Collectif Méditerranée de la ‘'Maison du monde'' d'Evry et Orient XXI, ont estimé qu'il s'agit «d'un crime d'Etat et aucun secret-défense ne peut et ne doit tenir». Dans l'assassinat d'Henri Curiel, «il y a toutes les apparences d'un crime d'Etat», a affirmé l'avocat William Bourdon, militant des droits de l'homme, qui défend depuis une dizaine d'années la famille Curiel, soutenant que l'enquête a été «sabordée et falsifiée». Mettant en avant sa détermination ‘'totale'' pour faire émerger la vérité sur cet assassinat et démasquer les donneurs d'ordre ou ceux qui ont laissé faire les assassins, il a rappelé que l'ouverture d'une nouvelle information judiciaire a été possible grâce au témoignage posthume d'un ancien mercenaire, René Resciniti de Says, dans ‘'Le roman vrai d'un fasciste français'', paru en 2015, trois ans après la mort de l'intéressé. L'auteur raconte avoir fait partie du commando chargé d'éliminer Henri Curiel, indiquant que l'ordre était venu de Pierre Debizet, alors chef du service d'action civique (SAC), sorte de police parallèle au service du parti gaulliste. Pour l'avocat, cette confession «n'est pas toute la vérité, ne peut pas être la seule piste et peut être une manipulation», indiquant que des investigations sont ‘'en cours''. Il a par la suite demandé que l'instruction «se déroule très vite» parce qu'il y a des survivants du côté des criminels et du côté des témoins. Gilles Perrault, auteur de ‘'La Main rouge' (1960), ‘'Du service secret au gouvernement invisible'' (1970, Le Pavillon) et du fameux ouvrage sur Hassan II ‘'Notre ami le roi'' (1990), a insisté pour dire que «bien sûr que c'est un crime d'Etat», expliquant que le crime a été réalisé «à la seconde près». Un représentant du collectif ‘'Secret-Défense, un enjeu démocratique'', a estimé pour sa part que 14 affaires judiciaires restent bloquées pour ‘'secret-défense'', un dispositif qui protège, selon lui, des responsables en cas d'erreurs ou au cas d'assassinat de personnes qui ‘'dérangent''. Certains participants ont même relevé que le Mossad intervient en France en ‘'toute impunité'', ce qui a poussé Gilles Perrault à dire que «le secret-défense est le complot d'Etat». Le 4 mai 1978, Henri Curiel, un militant anticolonialiste et porteur de valise pendant la guerre de libération nationale, a été assassiné devant son domicile à Paris. Un des artisans, avec Mehdi Ben Barka, de la Tricontinentale, il était aux côtés des militants sud-africains anti-apartheid et un médiateur du conflit israélo-palestinien. Se saisissant de l'affaire de son assassinat, la justice française a décidé, quatorze ans après en 1992, d'un non-lieu. Rouverte en 2009, l'affaire a été à nouveau classée. Le 9 janvier dernier, le dossier a été ouvert, pour la 3e fois, et confiée à la juge d'instruction Laurence Lazerges.