La rue algérienne est colorée en vert, blanc et rouge, des couleurs que nous pouvons apercevoir en drapeaux, écharpes, bandanas, brassards et autres objets plus originaux tels que les poupées ou le fennec en peluche. Un commerce qui a pris des proportions importantes depuis la qualification de notre équipe nationale à la phase finale de la Coupe d'Afrique et du Mondial. Une activité qui profite aux ateliers de fabrication de textile, vêtements mais aussi aux importateurs d'un jour qui voient leurs containers accoster au port d'Alger avec des chargements du genre. Désormais, ce commerce est plus que juteux, il fait travailler des centaines de jeunes passionnément. Pour comprendre ce business, une virée à travers les marchés de gros, de détail et chez les importateurs est nécessaire. Pour ce faire, nous nous sommes fait passer pour des acheteurs à la recherche d'un gros lot de marchandise. Bab Ezzouar, le quartier général des importateurs et grossistes algériens et «chinois». Des garages remplis jusqu'au plafond, des clients venant des quatre coins du pays attendent devant chaque porte de hangar, à l'affût de la bonne affaire. Karim est venu de Sétif et doit rentrer le soir-même chargé de son quota de tee-shirts, brassards, écharpes, tarbouches, porte-clés… aux couleurs des Verts. «Je souhaite plus de réussite à notre équipe non pour écouler ma marchandise… rires, mais parce que je veux voir mon pays planer dans le ciel de l'Afrique», a déclaré ce grossiste, à l'origine vendeur de meubles. Plus loin du garage de Xi Lu, importateur et fabriquant chinois qui s'est installé chez nous depuis trois ans, on trouve Omar. Ce jeune homme est propriétaire d'un atelier de confection de vêtements à Bouzaréah qui a vu son chiffre d'affaires flamber du jour au lendemain, par la magie des Verts. «J'avoue qu'avant les exploits de notre équipe nationale, mes affaires roulaient au ralenti, mais depuis, c'est l'explosion en termes de chiffre d'affaires», a-t-il fait savoir. A notre question sur les gains de ce jeune qui doit sa réussite aux coéquipiers de Ziani, il nous répond : «Je ne peux pas vous dire plus, une chose est sûre, mon chiffre d'affaires et mes bénéfices ont augmenté considérablement», s'est-il contenté de répondre. Nous laissons Omar avec ses clients, et nous parvenons difficilement, vu le problème de la langue, à discuter avec Xi Lu. Entre quelques mots en arabe et en français, «l'investisseur» chinois nous explique que les affaires marchent très bien en Algérie. «Je souhaite beaucoup de réussite à l'équipe d'Algérie, c'est grâce à elle que nous travaillons !» Xi Lu nous a avoué qu'il a multiplié ses allers-retours en Chine pour des commandes de brassards de poignet en tissu-serviette. «C'est une matière qui n'existe pas sur le marché algérien, et comme elle est de bonne qualité, les supporters des Verts en demandent davantage». Le coût du brassard fabriqué en Chine est de 50 DA l'unité et un petit container peut contenir environ 1000 unités, le calcul est simple ! Le drapeau vendu à 250 DA Les ateliers de confection ont poussé comme des champignons, le secteur du textile a remonté la pente après une courte extinction. Mourad, spécialiste en tissu, nous apprend que «depuis les qualifications de l'équipe nationale, le marché du textile en Algérie a rebondi et continue de jaillir encore, pourvu que ça dure». Mourad est fabriquant d'écharpes aux couleurs des Verts : «250 DA l'unité, c'est le prix de gros, au marché du détail la même écharpe est cédée à 350 DA.» Idem pour les drapeaux de 1,5x2m que Mourad confectionne dans son atelier et qu'il vend à 250 DA. Le jeune fabriquant est doublement satisfait : «Je suis aux anges, mon équipe gagne, moi je gagne, que demander de plus», conclut-il. Boumaâti : tout est algérien Notre périple nous mène à Boumaâti, dans la banlieue algéroise. Un quartier connu pour ses grossistes. Les magasins sont tous, sans exception, dessinés et coloriés en vert, blanc et rouge. Echarpes suspendues, brassards, survêtements pour tous les âges, drapeaux et autres gadgets. Notre tournée dans ce marché nous a renseignés davantage sur les bienfaits et les bénéfices que l'équipe nationale algérienne assure. «Des familles entières bénéficient de ce commerce, merci les Verts», s'est contenté de dire Ahmed, gérant d'un magasin dédié à l'équipe nationale. Ahmed nous conduit chez un fabriquant de survêtements qui a assouvi notre soif d'informations en la matière. «Je produis environ 150 survêtements par jour, et toute cette quantité est vendue avant sa production, le prix de l'unité est de 950 DA pour les moins de 12 ans. Pour ce qui est des grandes tailles, c'est-à-dire les survêtements pour adultes, ils avoisinent les 1 500 DA. On gagne très bien notre vie, la crainte est après juin 2010.» Des tables à chaque coin de rue Du plus populaire quartier au plus chic, les trottoirs d'Alger sont tous squattés par des tables de vente d'objets en vert, blanc et rouge. Bab El Oued, quartier mythique d'Alger. Des lignes interminables d'étals ornent ces rues. On y trouve entre 3, 4 voire 5 jeunes qui s'associent dans l'affaire. Hamza, un jeune de 25 ans rencontré au Val d'Hydra, propriétaire d'un étal, indique : «J'ai acheté ma première voiture durant les qualifications de l'équipe nationale, c'est un bon business», a-t-il avoué, avant d'ajouter : «Avec uniquement les casquettes qui se vendent à 200 DA l'unité, j'ai pu ramasser une bonne fortune.» L'équipe nationale ne procure pas que du plaisir, mais aussi de l'argent, elle est génératrice de richesse, tout bénef pour notre jeunesse qui travaille et s'occupe tout en vivant son plaisir. Selon une grosse pointure de l'importation : «L'argent qui circule est très important. C'est une question de milliards de centimes. Et puis comme l'équipe nationale avance dans la compétition, plus l'engouement des gens, donc les bénéfices montent», a-t-il conclu.