«Le seul vrai parti socialiste, c´est le parti communiste, le seul qui croit encore au collectivisme et à un Etat qui fait de l´économie», disait un homme politique français, à mesure que se précisait la victoire du PS français aux élections présidentielles de mai 1981, pour apaiser les esprits des hommes d´affaires qui songeaient déjà à s´établir dans de meilleurs paradis fiscaux. François Mitterrand à l´Elysée, pour deux mandats successifs, comptait dans le cercle de ses amis les plus intimes des hommes dont les affaires n´avaient jamais mieux prospéré. C´était un indice réconfortant que l´impôt sur la fortune promis dans les 101 propositions du PS et appliqué par le premier chef du gouvernement socialiste Pierre Mauroy ne survivra pas à son auteur. De Jean Jaurès à Laurent Fabius Pour rassurer davantage les milieux d´affaires, le président socialiste a nommé Laurent Fabius à la tête du gouvernement, un jeune et brillant énarque issu des milieux les plus aisés de France. Apaisement à droite, peut-être, mais à gauche on commençait à se demander si le socialisme qui avait commencé avec Lénine, Jean Jaurès et Maurice Torres n´allait pas finir pas avec Laurent Fabius. La déception des socialistes français se confirmera encore davantage avec le profil des candidats de la gauche qui aspireront, depuis Mitterrand, à l´Elysée. Lionel Jospin, l´un des derniers Mohicans de l´historique PS, n´apportera pas son soutien à Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy, en 2008, soupçonnant sa camarade de n´avoir aucune affinité avec l´idéologie socialiste. Vendredi dernier, Martine Aubry, leader du PS, qui aspire à l´Elysée, ne comprend pas que l´Union européenne dégage une enveloppe de 750 milliards d´euros pour «voler au secours des bourses à la dérive et ne fasse rien pour le social». Elle a tout dit dans ces critiques qui s´adressent aussi bien à Nicolas Sarkozy qu´à ses camardes politiques, dont son rival, le directeur du FMI, Strauss-Kahn, qui lui fait de l´ombre dans les sondages sur la candidature socialiste à l´Elysée. Un patron du FMI président socialiste à l´Elysée, on aura tout vu. Le «social» grec remis aux… calendes grecques Les critiques de Mme Aubry s´adressent également aux amis de l´Internationale socialiste en Espagne, au Portugal et en Grèce qui n´ont pas hésité à prendre les mesures les plus draconiennes dictées, le 8 mai à Bruxelles, par l´euro-groupe pour s´attaquer à leurs déficits publics. Les trois présidents socialistes de Grèce, d´Espagne et du Portugal, Papandréou, Zapatero et Socrates, dont les économies ont accumulé des déficits de 150 à 300 milliards d´euros, n´ont pas été prendre l´argent aux riches, comme ils l´ont toujours promis. C´est-à-dire les patrons des banques dont les revenus se chiffrent, annuellement, en dizaines, voire en centaines de millions d´euros. La banque Santander a enregistré un bénéfice net, fin 2009, de plus de 9 milliards d´euros. A cette date, le taux de chômage en Espagne battait tous les records : 4,6 millions de chômeurs dont plus d'un million de familles n´ont aucun revenu. Le programme social est remis aux calendes grecques par le gouvernement grec de Papandréou et ceux de ses amis en Espagne et au Portugal. On n´est jamais trahi que par les siens C´est à ceux qui ont eu la chance de ne pas perdre leur emploi que les trois présidents vont faire payer la facture. Au total, sept mesures aussi dures les unes que les autres pour les petits salaires. Réduction de 5% des salaires des fonctionnaires dont une bonne partie ira grossir les rangs des chômeurs en 2011. Réduction du budget investissement des municipalités des régions, soit moins d´emplois dans le secteur des infrastructures. Economies sur les frais médicaux et suspension des frais alloués aux naissances dans un pays, l´Espagne, où le nombre de retraités, dont les maigres pensions ont été bloquées, est supérieur à celui des enfants. Les syndicats en Grèce, en Espagne, au Portugal et, comble du paradoxe, jusqu´aux partis de droite ont dénoncé ces mesures (contre les retraités) qu´ils auraient eux-mêmes hésité à prendre. L´Union européenne, qui a dicté ce plan de restrictions sociales, a applaudi Zapatero, Papandréou et Socrates. Le FMI et le patronat aussi. Les travailleurs, eux, ne comprennent pas. On n´est jamais trahi que par les siens. En arrivant au pouvoir en 2004, Zapatero avait fait du dialogue social son instrument le plus sûr pour garantir la paix sociale. Comme en Grèce et au Portugal, ce dialogue est rompu en Espagne où la rue se prépare au bras de fer avec le gouvernement du «parti socialiste», dont l´un de ses poids lourds, José Bono, président de l´assemblée, fait actuellement la une des journaux parce que ses capitaux ont trop fructifié. On est déjà là à un doigt du phénomène de la spéculation financière qui a ruiné l´économie grecque et menace celles de ses voisins européens. Moins d´argent, moins de consommateurs, moins de croissance Les mesures antisociales, bien sûr impopulaires, appliquées par Zapatero et ses pairs grec et portugais ont-elles une seule chance d´apporter une réponse à la résorption des déficits de ces trois pays les plus endettés de l´Union européenne ? Rien n´est moins sûr. La réponse n´a pas tardé, puisque, vendredi, toutes les bourses étaient en baisse. L´Ibex espagnol a chuté de près de 6%. Une seule explication : pas de revenus, pas de consommateurs, chute ou stagnation du produit intérieur brut (PIB). Le taux de croissance économique des pays de l´Union européenne stagne entre 0,1% et 0,3% lorsqu´aux Etats-Unis il est à 3,5% et en Chine à… 11,9%. Par croissance, il faut entendre produire plus et vendre plus. C´est là toute l´erreur d´analyse des gouvernements qui ont choisi de faire des coupes dans les revenus des salariés dont le premier réflexe, avant de sortir manifester dans la rue, est de faire, de leur côté, des coupes dans le budget familial. Les marchés boursiers ont, eux-mêmes, perdu confiance en la zone euro. L´euro s´échangeait à 1,20 dollars, en fin de semaine, et prochainement à ce rythme, au taux d´une monnaie de singe, en attendant que soit tranchée la question de sa survie. Suite à des divergences lors de la réunion de l´euro-groupe avec la chancelière allemande Angela Merkel, hostile au compromis sur le plan de sauvetage de la Grèce, Sarkozy aurait menacé de retirer la France de la zone euro. Hier, Berlin avait démenti cette information pour ne pas effrayer davantage les bourses. Pas à Madrid où, au cours d´une réunion avec la direction politique du parti socialiste, Zapatero avait confirmé que le président français avait laissé planer cette menace. Socialiste ? «Rien que des promesses !» Plus que les marchés boursiers, les entreprises, les salariés, les familles, plus personne ne semble plus avoir confiance dans les promesses des gouvernements socialistes, qui ont placé leurs économies dans le jeu des marchés boursiers, plus exactement entre les mains des spéculateurs financiers qui agissent sur les bourses dans le sens de leurs intérêts. Dans cette situation de tragédie sociale, le sens de l´humour est resté pourtant intact, à l´image de ce dialogue, imaginé par un homme d´esprit, entre un jeune soupirant qui promettait à sa bien-aimée de lui faire «beaucoup d´enfants». «Tu n´es pas socialiste des fois ?» l´interroge-t-elle. Croyant avoir là un argument pour la séduire, il lui répondit «Oui ! comment tu le sais ?» - «Tu ne fais rien que des promesses !», lui dit-elle. Une blague un peu méchante, peut-être, pour les socialistes européens qui tiendront certainement cette fois, très certainement cette promesse : appliquer à la lettre le plan de restrictions sociales le plus draconien de l´ère d´un socialisme révolu.