Il ne faut pas désespérer dans la vie : tout vient à point à qui sait attendre. La patience est l´une des vertus cardinales du peuple qui aime bien rappeler à qui de droit que la vox populi a toujours raison. Quarante-deux ans après Boudiaf et quarante et un an après Aït Ahmed, le président Bouteflika vient de reléguer la légitimité historique (et le FLN avec) au musée. Mais avant de reconnaître le bien-fondé du point de vue des historiques, que de souffrances, que d´errements, le peuple a dû endurer. Mais dans sa magnanimité, le peuple sait pardonner et il pardonne volontiers à ses bourreaux et à ses tortionnaires et aux innombrables profiteurs qui l´ont mené en bateau quatre années durant, mais à la réflexion, on aurait pu faire mieux! A la lumière des scandales révélés par la presse libérée depuis treize ans, le pouvoir aurait dû réfléchir avant de délivrer des attestations de moudjahidine à tour de bras. Mais le mouvement incontrôlé avait débuté dans les années 80, quand le pouvoir en mal de légitimité a commencé à distribuer les fameuses attestations avec des avantages matériels certains à la clé. Tout cela aux frais du contribuable. Ce qui avait commencé à créer une nouvelle classe de rentiers qui allait représenter un lobby important prêt à applaudir quiconque serait à même de gérer dans une perspective de continuité et de fidélité aux «acquis de la Révolution». Alors qu´on aurait pu prendre un exemple édifiant dans la vaste nation arabe: dans l´émirat le plus moderniste du Golfe, le code de la nationalité prévoit pas moins de neuf catégories de citoyens. En raisonnant par analogie, on aurait pu procéder de la sorte pour les anciens moudjahidine et éviter ainsi tous les scandales et toutes les affaires liées aux impostures et aux opportunismes de mauvais alois. Aussi, on aurait pu créer des moudjahidine de première catégorie : il s´agit de ceux qui ont pris les armes entre le 1er novembre 1954 et le 18 mars 1962 et qui ont organisé, ordonné ou exécuté des opérations entre Dunkerque et Tamanrasset contre le colonialisme. La deuxième catégorie serait réservée à ceux qui ont commencé leur carrière ici et l´ont terminée de l´autre côté des frontières. La troisième catégorie serait accordée à ceux qui n´ont jamais tiré un coup de feu... Et ainsi de suite. Mais on devrait enlever toute considération à ceux qui ont retourné les armes qu´ils n´ont jamais utilisées entre 54 et 62, contre leurs frères d´armes, ont pris le pouvoir par la force, ont tué ou torturé des Algériens. Tout comme on aurait dû la supprimer à ceux qui ont détourné de l´argent public ou profité matériellement de leur qualité... Enfin, tous ceux qui sont sortis sains et saufs de la nuit coloniale, auraient dû, au lieu de bénéficier d´avantages matériels, payer un impôt patriotique. On aurait au moins de faux moudjahidine !