Du talent et de la voix Après le chaleureux accueil dont il a fait l'objet à Tlemcen, le groupe n'a qu'une seule envie, revenir en Algérie et chanter cette fois-ci dans la capitale. Il est la révélation phare du film égyptien Microphone. Massar Egbari, est son nom. Cette formation, composée de six musiciens, la plupart des amis depuis 20 ans, a fait un tabac lors de son passage à Tlemcen en juin dernier durant la Semaine culturelle égyptienne entrant dans le cadre de «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011». Comme beaucoup d'artistes de la nouvelle scène musicale actuelle arabe, Massar Egbari- emmené par Hany au chant, Ayman au clavier, Issam, à la basse et Hafez à la guitare, notamment, respire la liberté de création et d'opinion surtout. Le groupe est à l'image du Printemps arabe, libre dans sa tête! Artistes de la paix, loin de cautionner ce qui s'est passé suite au conflit né d'un ballon entre l'Egypte et l'Algérie, le groupe a préféré enregistrer un titre des plus évocateurs aux côtés de deux artistes tunisiens suite à la révolution du Printemps arabe. Son nom? «Nehlem». La musique de Massar Egbari est un mélange de rock, blues et de sonorités orientales. Ses textes sont empreints de mélancolie mêlée à une profonde réflexion, inspirée du répertoire classique et engagé égyptien. Ce n'est pas fortuit s'ils chantent du cheikh Darwish. Ce dernier, comme nous expliquera un des musiciens, Hafez, est un des grands artistes engagés pour la liberté, de ce fait, contrairement à ce qu'on pense, la révolution n'a pas commencé le 25 janvier mais bien avant. «On ne trouve pas quelqu'un qui fait bouger le monde comme Saïd Darwish, c'est un peu notre père spirituel, il est aussi d'Alexandrie.» Massar Egbari est un groupe de musique underground qui se proclame d'aucune obédience politique et se veut clairement indépendant. En raison du diktat des boîtes de production qui obligent les artistes à s'aliéner et faire dans le commercial, Massar Egbari, qui chante le vécu et les problèmes de la jeunesse égyptienne, espère lancer bientôt sa propre boîte de production pour s'autoproduire et partant, aider les jeunes comme lui à pouvoir s'exprimer. Massar Egbari est un groupe qui plaît en effet, car il tient véritablement à son identité qui fait le coeur de sa personnalité. Le groupe vient de loin, puisqu'il est passé de la rue aux plus grandes scènes musicales du monde. Il est clair que le film Microphone est pour beaucoup dans cette belle aventure qui a commencé en 2005. Le groupe récupère d'abord, un vieux local et se met à répéter là-bas. Il fait la connaissance d'un chanteur trompettiste espagnol et des Comoriens. Sa musique se cherche encore, bien qu'elle se veuille ouverte sur le monde. Une fois l'Espagnol parti en France, le groupe décide enfin de reconquérir sa véritable identité en chantant dans la langue arabe. S'ensuivent des chansons comme Hawi, bo du même film, Ghamed aïnek, Merssal lihabibti, mafish haga, Ekraâ el khabar, etc. Des morceaux que l'on a appréciés dans le film Microphone. Uu film qui allie le documentaire à la fiction. Tout a commencé lorsque le réalisateur, Ahmed Abdallah, fait la connaissance de Aya qui s'adonne au graffiti. De fil en aiguille, le réalisateur s'intéresse aux différents artistes qui font la richesse de la ville d'Alexandrie et décide d'en faire le sujet même du film. Au-delà de l'aspect esthétique novateur dans ce long métrage à succès sorti en 2010, ce film met en exergue les bouleversements sous-jacents socioculturels et politiques que connaît l'Egypte à ce moment-là. Il est évident que la société égyptienne bouillonne d'idées mais pas que ça. Elle fait sa mue dans la douleur!Un malaise profond s'en ressent. C'est ce que le réalisateur visionnaire a tenté avec succès de rendre compte, en filmant, notamment de vraies scènes de manifestations. Ces dernières font suite à l'assassinat du jeune Khaled devenu un des symboles de la révolution. «Si Moubarak est parti, il faut donner à l'Egypte le temps pour qu'elle aille mieux», souligne le porte-parole de Massar Egbari, Ayman Massoud. «Beaucoup de travail reste à faire. Cependant, on refuse d'être un soutien pour un quelconque parti politique, c'est au peuple de se faire sa propre opinion». Et Hafez de renchérir: «Hélas, beaucoup de choses se disent et avec plus de 30% d'analphabètes, on véhicule de fausses informations politiques que certains gobent facilement. Le problème est l'utilisation de la religion dans le politique.» Actuellement, Massar Egbari travaille sur le mixage de son futur album. Parmi les nombreux prix dont il est fier, et sans conteste c'est celui acquis à Paris l'an dernier, et remis par l'Unesco faisant de lui le symbole du dialogue entre le Monde arabe et le monde occidental. Le groupe qui s'est produit récemment à Washington devant près de 2000 personnes dit être influencé par Oum Keltoum mais aussi par les Pink Floyd et Dire Straits. Massar Egbari affectionne beaucoup cheb Khaled qu'il espère rencontrer un jour. En attendant, il souhaite rencontrer des artistes algériens pour se produire ensemble lors du prochain Festival du Caire. Après le chaleureux accueil dont il a fait l'objet à Tlemcen, ils n'a qu'une seule envie: revenir en Algérie et chanter cette fois-ci dans la capitale!