«La danse m'a tout apporté» Un danseur de talent, humble et généreux, un boulimique de travail, doué d'un sourire craquant. On lui a rendu hommage hier soir dans le cadre du Festival international de la danse contemporaine d'Alger. Nous l'avons rencontré hier, pour vous, juste avant. L'Expression: Vous revenez depuis 2009 en Algérie où vous aviez assuré le spectacle d'ouverture du Panaf, pour être honoré aujourd'hui par le commissariat du Festival international de la danse contemporaine. Quel est votre sentiment là dessus et qu'est-ce que cela vous inspire? Kamel Ouali: Bien sûr que je suis très honoré parce que, recevoir un prix dans son pays est extrêmement émouvant sachant que c'est une année particulière en Algérie, ce sont les cinquante ans d'indépendance de l'Algérie. Et de recevoir un prix pendant l'année-là, j'ai été très séduit et très fier de recevoir ce prix et surtout pendant un Festival de danse contemporaine qui est quand mon univers. C'est la quatrième édition en Algérie et je trouve cela super parce que je sais à quel point, où qu'on soit, que ce soit en Algérie, en France ou aux USA, combien est difficile de monter un festival. Vous êtes d'origine algérienne, ayant grandi dans une fratrie de douze enfants. Comment avez-vous fait pour évoluer dans le monde de la danse considéré comme hermétique pour les familles maghrébines et surtout ce métier qui n' est pas apprécié comme tel dans ce genre de famille? C'est vrai qu'à l'époque où j'ai décidé de devenir danseur, il n' y avait pas d'exemple. Etre danseur ce n'était pas en effet un métier, surtout que je suis issu comme vous l'avez dit d'une famille de douze enfants, une famille modeste, on est né dans une banlieue parisienne. Il n' y avait pas de repères par rapport à ça. Maintenant, les choses ont extrêmement évolué. Aujourd'hui, si quelqu'un dit: «Je veux être danseur comme lui ou comme elle», c'est possible. Il y a vraiment des exemples. Mon père ne voulait pas au départ que je fasse de la danse. Après, quand les choses ont évolué, mes parents ont été très libres par rapport à mes volontés. La seule chose qu'ils voulaient est que je sois quelqu'un d'extrêmement sérieux. On a eu quand même une éducation assez stricte. C'est vrai que j'ai des frères et soeurs qui font des choses complètement différentes. Je suis le seul artiste à la maison. Depuis la Star Academy, vous multipliez les expériences. Vous aimez ça, le côté «spectaculaire» dans vos shows? Le truc est que pour l'instant j'ai la chance de faire les plus grandes scènes du monde, dans des stades, dans des salles qui prennent 6000 personnes. De toute façon cela ne peut être que du spectaculaire sinon les trois premiers rangs c'est super si on faisait un travail minimaliste, mais après pour ceux qui sont derrière, y a plus de spectacle, cela n'existe pas. Donc le jour où je ferai une petite scène je ferai quelque chose peut-être de plus intimiste parce que c'est aussi en adéquation avec la salle dans laquelle je me retrouve. Et puis, après, comme souvent je le dis, j'ai mes origines qui sont orientales. C'est vrai que dans ce décor (salon de l'hôtel ex-Saint-Georges, Ndlr) ça reste un peu chargé, et ça fait aussi partie de ma culture, de mon savoir- faire et aussi de ma différence. J'ai mis en scène un opéra dernièrement au théâtre du Châtelet à Paris, le Orlando Paladino de Haydn.. On a vu des artistes extraordinaires et ça s'est très bien passé dans ce milieu qui est très fermé, celui de l'opéra. J'ai mon univers... Justement, comment pourriez- vous qualifier cet univers, le vôtre, qui est très varié et riche? C'est assez compliqué. Comme je fais des choses dans des univers complètement différents, ça peut être une comédie musicale, une célébration comme le Panaf, la Star Academy, un événementiel, par exemple, là je fais faire les 100 ans des Galeries La Fayette, ça peut être le bicentenaire des pompiers de Paris, ou des shows de mode pour Thom Ford, Yves Saint Laurent, Dior etc D'ou vous vient cette inspiration? Je suis quelqu'un d'extrêmement créatif qui est tout le temps en exercice finalement. J'ai la chance de voyager beaucoup, de faire des rencontres humaines extraordinaires et tout m'inspire. Par exemple, ici j'en suis sûr que je ne regarde pas les choses de la même façon que quelqu'un qui vient prendre un thé. Je regarde les détails, des choses que les autres ne voient pas et qui vont m'inspirer après pour autre chose... A quand un spectacle inspiré de votre culture algérienne ou avec des danseurs algériens? J'aimerai beaucoup faire un projet comme ça en Algérie. Ce n'est pas prévu pour l'instant. J'ai travaillé sur le Panaf avec beaucoup de danseurs algériens qui manquent de formation, mais ont un potentiel extraordinaire. J'étais triste de voir tout le potentiel qu'ils avaient et qu'il ne soit pas exploité. Quel dommage! Pour le Panaf, j'ai rencontré beaucoup d'artistes algériens qui venaient d'univers différents, notamment des sculpteurs, des peintres qui étaient étonnants qui devraient être connus à l'international et être une vitrine de l'Algérie. Comptez-vous revenir justement aider ces jeunes danseurs algériens? Avoir une école je ne le ferai pas, parce que en tout cas, je ne pourrais pas le faire à l'année parce que je travaille dans pleins d'endroits différents. J'ai plusieurs projets qui me séduisent beaucoup. Une école, qu'elle soit ici ou en France, je n'en veux pas. Des master class ou des choses comme ça, voilà oui! Sinon, si c'est pour m'enfermer quelque part, que ce soit ici ou ailleurs, non je ne le ferai pas, car ce n'est pas moi. J'ai décidé très jeune d'être un oiseau libre. On vous a aperçu à l'époque dans les clips de Khaled et de Takfarinas. Quel souvenir en gardez-vous? Un super souvenir. Quand je revoie ou je recroise Khaled ou Takfarinas, c'est toujours avec beaucoup de plaisir. Ça marque une époque ça! Qu'est-ce que la danse vous apporte-t elle au quotidien? Qu'est-ce que mon métier m'apporte au quotidien? Parce que cela dépasse même l'univers de la danse, c'est aussi de la mise en scène, du théâtre, je travaille avec des comédiens, des chanteurs, des musiciens etc. L'endroit où je me sens le mieux, c'est dans un studio de répétition. La culture, c'est vraiment une ouverture sur le monde, surtout des rencontres humaines, des choses à dire. C'est étonnant. C'est très positif.