L'Inde a fait fureur La Compagnie algérienne «KBS, nouvelle génération» remporte le Prix du jury du 6e Fcid sous les encouragements d'un public bien excité. Laborieuse, longue mais enthousiasmante, la dernière soirée qui a eu le mérite samedi dernier, de jeter des passerelles d'amitié entre plusieurs pays et faire partager surtout leurs connaissances et savoir-faire en matière de danse contemporaine. Cette année, ce ne sont pas moins de cinq ateliers qui ont travaillé d'arrache-pied du 10 au 22 novembre derniers à l'Ismas. Si l'an dernier les ateliers étaient au nombre de trois, cette année, ce sont pas moins de 60 danseurs qui ont bénéficié des enseignements de cinq formateurs venus d'horizons divers. Chacun a présenté le rendu de son travail en résidence avec de nombreux jeunes danseurs et danseuses. C'est par l'Inde que nous sommes introduits via le spectacle Cosmic Dream. D'abord par un solo puis le travail collectif entrepris grâce aux conseils de l'artiste Raghunath Manet, chanteur et musicien de renommée mondiale. Ce dernier est aussi chorégraphe et danseur exceptionnel pratiquant le Bhara Natyam (danse classique du Sud de l'Inde). Son style est justement d'introduire pour la première fois la notion de chorégraphie dans le Bharata Natyam. Il était pour ainsi dire, la star du festival cette année, puisque tout le monde ou presque voulait se prendre en photo avec lui, sans oublier ses danseuses bien sûr. Le travail des jeunes danseurs algériens mêlait ainsi le traditionnel au moderne sur un air de musique classique basée sur le jingle et le rythme à profusion. Le spectacle qui s'ensuivra est celui du formateur américain Daneil J Hawood, alias Braemonk. Danseur chorégraphe, il est aussi éducateur de jeunes et professeur de danse. Il est accueillant, leader et interprète, au sein de la troupe Awesome style kennection et active dans différents collectifs d'artistes qui croient en le pouvoir mobilisateur et éducateur de l'art. Fidèle à l'image du breakdanseur hip hoppeur américain (le hip hop vient des USA), le spectacle des jeunes garçons et filles donnait à voir un melting pot de ce genre de danse des années 1980 quelque peu amélioré, mais sans dénaturer son âme urbaine. Du rythme, de l'énergie et de la rapidité. Le public exulte, forcément. Ce sont les jeunes de l'atelier du Kenyen John Maina qui passeront après. Ce dernier est à l'origine de la création de la Zam Zama danse académie, centre d'apprentissage des danses à Nairobi. Excellent dans les danses modernes, street art et contemporaines, John Maina est notamment l'auteur et coauteur de deux ballets «kwa uno» et «power of joy». Si le travail entrepris avec les jeunes Algériens semblait hermétique au départ, mettant en scène une combinaison de gestes assez austères sur une lumière grave et sombre, la seconde partie, elle, plus joyeuse, laissait faire écouter des sons bien entraînants du continent noir, ce qui fera naître d'emblée de l'ambiance dans la salle. Notons que le sujet de la pièce était la paix. Le Maroc, sous la houlette de Khaled Benghrib a donné à voir un spectacle où la vie et la mort semblaient avoir droit de cité. La particularité de cette pièce est le talent exceptionnel de ce jeune homme handicapé qui dansait avec ses deux béquilles et même sans de façon admirable. Une cohésion au sein du groupe était aussi palpable. La dextérité de ce jeune homme nous faisant rappeler immanquablement le film Grigris de Haroun Mamet Salah. Enfin, l'Algérie a donné à voir un groupe de jeunes gens en pyjama et oreiller dans la main afin de sous entendre l'insomnie. Un spectacle simple et précis à la fois. A propos de handicapé, l'entame de la soirée se fera avec un spectacle signé par l'association Shams des arts thérapeutiques. «Voyage», titre de la représentation mettait en scène des jeunes danseurs, en partie trisomiques qui ont bien joué le jeu sur scène. Ces jeunes interprètes nous ont introduit dans leur univers fait de candeur et de fragilité et emmené au final en voyage dans le fin fond du Sud algérien. Arrivée l'heure des récompenses, la présidente du jury originaire du Venezuela, dira que les critères sur lesquels s'est basé le jury pour élire les meilleures compagnies de danse sont notamment la technique, la conception de la pièce, l'originalité et enfin la scénographie et la lumière. Aussi au total, ce sont 32 performances qui ont été appréciées, venues de 23 pays. Aussi, un prix d'encouragement a été décerné à la troupe KBS de Aïn Defla, tandis que la Côte d'Ivoire avec la compagnie Goerge Momboye est arrivée en troisième position suivie en deuxième position par Stop Gap du Royaume-Uni et enfin la Croatie avec Masa dance compagny, en première place du podium. Le rideau est tombé enfin avec la présentation du spectacle Box-son de la prestigieuse troupe suisse Martin'stap dance qui s'illustre dans la danse de claquettes. De haute facture, les danseurs, sourire aux lèvres, entre humour et professionnalisme certains, se sont donnés à fond en nous faisant pénétrer carrément dans leur univers rythmique percutant et sensationnel. Et pour finir, un petit clin d'oeil au film The Artist. Ce fut tout bonnement magnifique!