Chaque jour qui passe confirme l'inquiétude des agriculteurs et plus particulièrement des céréaliers. Le manque de pluie et la brusque montée des températures mettent en péril les récoltes de blé et d'orge dans la wilaya. Malgré l'optimisme des responsables du secteur, les producteurs eux, craignent pour une production qui a jauni et séché avant maturation des grains. Les vastes champs qui s'étalent au sud du chef-lieu sur toute la longueur de la wilaya et qui ne dépendent que des pluies ont déjà pris une couleur jaune. Les producteurs commencent à désespérer et affirment que le rendement sera loin des prévisions et des records des années précédentes. Ils accusent même les chargés du secteur d'être peu prévisionnistes. La présence du barrage de Tilesdit, dans la commune de Bechloul, n'est selon eux d'aucun apport aux céréaliers. Les producteurs de pomme de terre bénéficient de l'eau de cet ouvrage, quand la filière céréalière dépend uniquement du ciel. En plus d'avoir attendu longtemps avant d'entamer les labours-semailles, en raison toujours du manque de précipitations, les producteurs de blé dur, tendre et d'orge sont devant le spectre d'une sécheresse qui est venue à bout de dizaines, voire de centaines d'hectares qui seront moissonnés pour peut-être servir de nourriture aux animaux. L'Etat parle avec insistance d'une politique visant à instaurer une indépendance alimentaire. Laisser la production céréalière dépendre de la bonté du ciel, n'est en fait que le contraire d'une volonté de se libérer de l'importation. En optant pour la création de périmètres irrigués autour des trois ouvrages hydrauliques, en l'occurrence les barrages de Oued Lakhal dans la commune de Aïn Bessem à l'ouest, Tilesdit à l'est de Bouira et Koudiet Asserdoun dans la daïra de Lakhdaria au nord, les pouvoirs publics comptaient sur une baisse des prix des fruits et légumes. Le résultat là aussi, est contraire à toute prévision. Les prix des fruits et légumes et malgré la grande disponibilité de l'eau continuent à être très élevés. L'approche du Ramadhan, synonyme de grosse demande et mois de la consommation par excellence, affectera de son côté ces prix; selon les plus au courant des circuits parallèles, dans une semaine à deux, certains produits comme la salade, les haricots verts, la courgette, la tomate fraîche... disparaîtront des étals pour réapparaître juste avant le mois du Ramadhan. «Ce sont ces pratiques qui ont raréfié la pluie», nous confie un vieux qui a simplement refusé de faire cette prière pour la pluie organisée vendredi dernier. «Dans le passé, les paysans cultivaient sans faire aucun calcul et la nature leur rendait la monnaie de la pièce en étant généreuse. De nos jours les calculs et la course au gain ont fini par corrompre tout le monde. Voilà le résultat. Dieu nous préserve», ajoutera notre interlocuteur. En attendant et tout en espérant une meilleure issue, les paysans se préparent à une année difficile, surtout que les procédures d'assurance des récoltes demeurent lourdes et bureaucratiques. Bouira qui, dans les années précédentes avait dépassé le cap des trois millions de quintaux, se limitera cette année à une quantité très lointaine de ce record.