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égaux devant le Maître des mondes
PÈLERINAGE
Publié dans L'Expression le 11 - 01 - 2005

L'Islam n'est pas une religion nouvelle qui serait née avec la prédication du Prophète Mohammed , Salut Divin Sur Lui. Allah, «le Dieu» est la traduction littérale du mot désignant le Dieu unique. Un chrétien de langue arabe dans sa prière et sa liturgie dit: «Allah» pour invoquer Dieu.
Islam signifie: soumission volontaire et libre à Dieu seul, ce qui est le dénominateur commun de toutes les religions révélées : juive, chrétienne, musulmane, depuis que Dieu a «insufflé en l'homme de son esprit», c'est-à-dire depuis Adam, depuis le premier homme sur terre.
Le Saint Coran, de la manière la plus explicite, définit ainsi l'Islam. Dieu commande au prophète Mohammed de dire: «Je ne suis pas un innovateur parmi les prophètes». Il lui rappelle à maintes reprises: «Nous avons envoyé des prophètes avant toi». «Mohammed», dit le Coran «n'est qu'un prophète, des prophètes ont vécu avant Lui». Tous furent messagers du même Dieu, tous furent les prédicateurs d'un seul Islam et Unique. Le Saint Coran confirme éloquemment cette vérité en ces termes: «Quiconque recherche une religion autre que l'Islam, celle-ci ne sera point agréée de lui, il sera dans l'au-delà au nombre des réprouvés». (Ste III - 85).
L'Islam repose sur cinq piliers à savoir:
- La profession de foi qui est l'affirmation du monothéisme le plus rigoureux: «Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah et Mohammed en est le Messager».
- La prière qui est la conscience de la dépendance de l'homme comme toute chose, à l'égard de Dieu, le Créateur.
- Le jeûne pendant le mois qui fut celui de la Révélation est l'acte par lequel l'homme s'exerce à s'arracher au flux des exigences animales et à se maîtriser lui-même pour être prêt à répondre à l'appel de Dieu. Ce contrôle de soi, attestant la possibilité de rompre avec l'animalité des instincts, est un devoir à l'égard de nous-mêmes. «Jeûner est un bien pour vous» dit le Saint Coran (Ste II / 184), qui nous rend capables d'accomplir les taches auxquelles Dieu nous appelle:
- La «Zakat» (ou purification de l'avoir) intègre la vie économique à la vie de l'esprit, et lie indissolublement la solidarité sociale à la foi: la justice sociale et tous les actes de notre vie qui contribuent à la réaliser, depuis le travail jusqu'à la participation politique, font partie de la pratique religieuse, du culte et de la célébration.
- Le pèlerinage aux Lieux Saints de l'Islam qui est une obligation non moins sublime que les précédentes, reste lui aussi indivisiblement un cheminement vers Dieu et la réalisation en acte de la communauté. Il exige que l'homme de foi sache se détacher de toutes ses préoccupations et de ses intérêts immédiats pour se «ressouvenir» de la présence de Dieu au coeur du monde et pour prendre conscience, par la convergence vers la Kaâba, d'autres hommes de foi venus des confins du monde, de l'unité de la «Umma», de la communauté, par-delà toutes les artificielles divisions en nations. Cette Communauté, ouverte à tous les hommes est celle de foi.
Le pèlerinage fut, pendant des siècles, un immense sacrifice : il exigeait, par terre ou par mer, des épreuves et des risques considérables et une rupture souvent héroïque de plusieurs mois, avec la sécurité, le confort, le quotidien, pour témoigner de la présence en leur vie de la foi en Dieu qui rendait le pèlerin capable de cette rupture.
Histoire du temple sacré
Les rites du pèlerinage évoque un aspect de l'histoire d'Abraham. Celui-ci construisit le premier temple destiné à l'adoration du Dieu Unique, dans le désert du Hidjaz où naîtra l'Islam ,comme naquirent dans d'autres déserts les autres religions monothéistes.
L'édification de la Kaâba achevée, le prophète Abraham - Salut Divin Sur Lui - leva les yeux vers le ciel et s'adressa au Seigneur, le Maître des mondes: «Labbayk, Allahuma Labbayk». C'est ainsi que le pèlerin exprime sa foi en toute puissance du Créateur. «Pour Toi, je suis prêt, ô Dieu, pour Toi, je suis prêt». Les versets 35 à 41 de la sourate d'Abraham montrent l'attachement de ce glorieux prophète vis-à-vis de la Demeure Sacrée de Dieu: Abraham implora ainsi son Seigneur: «Seigneur, fais jouir ce territoire d'une entière sécurité ! Préserve-moi, ainsi que ma descendance, de l'adoration des idoles. Seigneur, ces emblèmes impies ont dévoyé un grand nombre d'humains. Que celui qui confesse ma foi soit des miens ! Envers ceux qui enfreindront mes volontés, Tu seras Clément et Miséricordieux». «ô notre Maître, voici que j'ai établi une partie des miens dans une vallée stérile, près de Ta Demeure vénérée, afin qu'ils y soient assidus aux offices. Fais en sorte, Seigneur, de leur gagner des sympathies parmi les hommes ; veille à leur procurer des fruits pour leur subsistance : tu ne feras point d'eux des ingrats. Toutes nos pensées, ô notre Maître, te sont connues, des plus patentes aux plus intimes. Rien ne se cache de Dieu ni dans la terre, ni dans le ciel. «Louange à Dieu, qui en dépit de la vieillesse, m'a donné Ismaïl et Isaac. Certes oui, mon Seigneur entend la prière. ô mon Seigneur, donne-moi et à une partie de ma descendance, d'établir l'office. Et exauce ma prière, ô notre Seigneur, pardonne-moi et à mes père et mère et aux croyants, le jour où se dressera le compte». (Jugement dernier)».
Abraham et son fils Ismaïl - Salut Divin Sur eux - s'étaient engagés à purifier la maison de Dieu afin de permettre aux croyants d'y venir régulièrement et accomplir les rites prescrits. «Nous avons fait de la maison où l'on revient souvent un asile pour les hommes. Prenez donc la station d'Abraham comme lieu de prière. Nous avons conclu un pacte avec Abraham et Ismaïl: Purifiez ma Maison pour ceux qui accomplissent les circuits ; pour ceux qui s'y retirent pieusement, pour ceux qui s'inclinent et se prosternent». (Ste.II / 125).
La Mecque est le nom de la ville sainte que le Saint Coran nomme «La mère des cités». Abraham et Ismaïl y édifièrent le premier temple, élevé à la gloire de Dieu. C'est vers la Mecque que les musulmans tournent leur face pour prier; c'est vers ce lieu que les musulmans se rendent annuellement en pèlerinage. Faire le mal en ce lieu est un pêché. L'assassin et le voleur qui s'y réfugient ne peuvent être arrêtés ni tués. La vie et les biens de ceux qui s'y rendent pour accomplir leurs devoirs religieux sont protégés. Cette protection divine est mise en exergue par le Coran: «Le premier édifice, dit-il institué pour les hommes est celui de la Mecque. Sanctuaire béni de Dieu et bonne direction pour les humains. Terre où se voient des Signes manifestes où Abraham se tient pour prier Dieu. Quiconque y pénètre y est en sécurité. Dieu a prescrit aux hommes, par déférence envers Lui, de se rendre en pèlerinage à Sa Demeure, pour quiconque en a les moyens. Que ceux qui rejettent la foi, sachent que Dieu se Suffit entièrement à Lui-même et se passe de tout l'univers». (Ste III / 96-97).
Cette interdiction de verser du sang humain dans le lieu sacré de la Mecque est toutefois levée en cas de légitime défense. Attaqués en cet endroit, les musulmans sont en droit de riposter et de repousser, les armes à la main, les ennemis qui en profanent les lieux. Le Saint Coran énonce à ce propos: «Tuez-les partout où vous les rencontrez ; chassez-les des lieux d'où ils vous ont chassés. La Sédition est pire que le meurtre. Ne les combattez pas auprès de la Mosquée Sacrée, à moins qu'ils ne luttent contre vous en ce lieu-même. S'ils vous combattent tuez-les, telle est la rétribution des incrédules». (Ste- II / 191).
Cette ville sainte jouissait, notamment depuis Abraham, d'une protection divine sans égale. Le Saint Coran ajoute à ce propos: «Ne voient-ils pas que Nous avons établi pour eux un territoire sacré et sûr, alors qu'aux alentours on ne fait que traquer les gens et les piller? Vont-ils donc croire indéfiniment aux mensonges et seront-ils ingrats aux faveurs de Dieu». (Ste / L'Araignée / 67).
Le Saint Coran fait état d'un évènement historique qui a lieu avant la naissance du prophète, c'est l'événement des Gens de l'Eléphant qui constitue en soi une introduction à une ère nouvelle, l'ère de l'Islam, de la liberté, de la justice et de la lumière...«Ne sais-tu pas le sort que fit ton Seigneur aux Gens de l'Eléphant ? N'a-t-il pas déjoué leurs manoeuvres ? Suscitant contre eux des oiseaux par nuées ; qui jetèrent sur eux des cailloux couleur d'argile. Il en fait comme un champ de blé saccagé».
Tous les gens profitaient de cette sécurité double: sécurité pendant les quatre mois sacrés durant lesquels les Arabes observaient une trêve, où les guerres et toute forme de violence étaient prohibées, et la sécurité pour les habitants autour du temple sacré.
Le pèlerinage païen avait lieu pendant le mois de la trêve «Dhou El Hidja». C'était à cette occasion que la foire de Ukaz était organisée ; elle drainait vers elle les pèlerins et les commerçants de toutes les tribus, assurés que leurs membres et les animaux à immoler, portant les uns et les autres des signes distinctifs pour la circonstance, ne courraient aucun danger.
Les païens avaient repris plus ou moins les principes fondamentaux du pèlerinage mais en dénaturant le fond spirituel. Le Prophète Mohammed, Salut Divin Sur Lui, purgea ce pèlerinage de ces «monstruosités» et réimprima son coeur original.
Pratique du pélerinage
Le pèlerinage est un des cinq piliers de l'Islam. Il s'effectue au moins une fois dans la vie et a lieu pendant le mois de l'Aïd El Kebir (Dhou El Hidja). Les pèlerins se débarrassent de leurs vêtements et se couvrent en signe d'ihram d'un tissu blanc non cousu.
Ils doivent préalablement se raser ou raccourcir les cheveux et les ongles et se purifier le corps. Quant à la femme, elle enlève symboliquement quelques mèches de ses cheveux, et ne doit en aucune façon cacher son visage ni ses mains jusqu'aux poignets. Ils se mettent tous ainsi en état de sacralisation après avoir manifesté leur intention d'accomplir le hadj par cette formule: «Me voici Ô mon Dieu me voici. Tu n'as point d'associé, me voici ! A Toi la louange et la grâce et le Royaume. Tu n'as point d'associé».
Pendant cette période, les pèlerins renoncent entièrement aux tentations de ce monde. Le Saint Coran stipule dans la Sourate (II - 197): «Le pèlerinage a lieu en des mois déterminés. Le pèlerin devra s'abstenir de toute cohabitation avec une femme, de libertinage et de disputes durant le pèlerinage. Dieu connaît le bien que vous faites.» (Ste II - 197).
Le pèlerinage à la Maison Sainte, à la Mecque, est une obligation pour quiconque en a trouvé le moyen parmi les musulmans libres et adultes. En d'autres termes, tout musulman sain de corps et d'esprit, adulte, libre, jouissant des conditions favorables de sécurité, de santé et de finances, se doit de s'acquitter de cette obligation...
Nous dirons avec plus de détails : pour le hadj, les hommes (à la différence des femmes) abandonnent leurs vêtements usuels, pour les remplacer par l'uniforme rituel «ihram» qui comporte une pièce de tissu sans couture, servant de pagne, et une autre, pareille pour couvrir les épaules et le dos, la tête restant découverte. Quant aux femmes, elles gardent leurs vêtement habituels, qui doivent être décents, couvrant leurs bras et leurs jambes jusqu'aux chevilles. Les étrangers, allant à la Mecque doivent se vêtir de cet uniforme d'ihram dès leur entrée dans le haram (territoire saint, sanctuaire autour de la Mecque). Il y a des bornes traditionnelles (houdoud El Ihram) dans les quatre directions de la Mecque, pour délimiter ce territoire. Pour les voyageurs venant de port Sudan par bateau par exemple, et pour ceux venant par air, on dirait que Djeddah serait l'endroit de la sacralisation, mais il serait souhaitable de porter l'ihram avant l'arrivée à cette limite extrême (Miqât). Le Miqât des pèlerins de la Syrie, d'Egypte et du Maghreb, c'est al Djohfa. Si ces pèlerins passent par Médine, il est préférable pour eux de se mettre en état se sacralisation au Miqât de ses habitants, à savoir, Dhou El Houlayfa. Le Miqât des habitants de l'Irak est Dhât Irq, celui des habitants de Nedjd est Qarn. Quiconque de ceux-là passe par Médine, il lui incombe de se mettre en état de sacralisation comme nous l'avons précisé, à partir de Dhou El Houlayfa, puisqu'au-delà, il n'y a point d'autre Miqât.
Le pèlerin ou celui qui fait la Umra (petit pèlerinage facultatif qu'on peut entreprendre à n'importe quel moment de l'année ; il s'agit seulement de faire les sept tournées rituelles autour de la Kaâba et les va-et-vient entre Safa et Marwa) commence l'état de sacralisation à la suite d'une prière obligatoire ou surérogatoire et dit: «Je réponds à ton appel Seigneur, je réponds à ton appel. Tu n'as point d'associé, je réponds à ton appel. La louange, le bienfait et la souveraineté sont à Toi. Tu n'as point d'associé». Après cette invocation, le pèlerin exprime son intention, que ce soit pour le pèlerinage ou la Umra.
Il est commandé qu'on se lave, lors de la sacralisation avant d'enlever les vêtements cousus. Il est recommandable que le pèlerin se lave entièrement à son entrée à la Mecque. Il doit poursuivre l'invocation précédente à la suite des prières à toute élévation de terre à son chemin, à toute rencontre de compagnons.
Parmi les rites à effectuer, les pèlerins accomplissent des circumambulations autour de la Kaâba (dans le sens opposé au circuit des aiguilles d'une montre). Ils parcourent ensuite sept fois un trajet d'environ cinq cents mètres entre deux monticules, Alçafa et Al Marwa. «Alçafa et Al Marwa dit le Coran, comptent vraiment parmi les choses sacrées de Dieu» (Ste- II / 158). Ce va-et-vient rappelle, dit la tradition, la course de la femme d'Abraham-Hagar, à la recherche d'une source pour désaltérer son jeune fils Ismaïl. Les pèlerins se dirigent de la Mecque vers Minâ et ensuite vers le Mont Arafat où ils font une halte obligatoire (waquf) et surtout, quelques instants après le coucher du soleil. «Lorsque vous déferlez d'Arafat» dit le Coran (Ste- II / 198), «invoquez Dieu auprès du monument sacré».
Les pèlerins retournent à Mina pour y jeter le jour de l'Aïd El Kébir sept cailloux, lapidant de la sorte Satan. Les pèlerins se doivent de lapider les jours suivants, les trois bornes de Satan, chacune par sept cailloux ramassés de Mouzdalifah au retour de Arafa. Durant ce séjour à Mina, on rend une courte visite à la Mecque, juste pour y faire les «tournées» rituelles (tawaf) autour de la Kaâba et pour parcourir entre les Monts Safa et Marwa, après quoi on rentre à Mina.
A la fin du pèlerinage, marqué par le sacrifice d'une bête à Mina, les pèlerins invoquent Dieu et quêtent Son pardon. Le sacrifice de la bête évoque l'intention d'Abraham d'immoler son fils Ismaïl et le jet de petites pierres évoque le geste du Patriarche contre le démon Iblis qui voulut le détourner de son projet d'édifier le sanctuaire de la Kaâba.
Que symbolisent ces rites?
Tous ces rites ont un sens, dont voici l'arrière-plan symbolique. En effet, lors de leur chute du paradis, Adam et Eve, Salut Divin Sur eux, s'étaient égarés, ils se cherchaient et, par la grâce de Dieu, ils purent se retrouver et se rencontrer enfin à Arafa. Par gratitude et reconnaissance à Dieu, leurs fils se tournent vers Lui, font l'effort pour s'oublier et s'anéantir dans la présence divine, pour Lui demander pardon du passé, la direction et le secours pour l'avenir.
Quant à la lapidation de Satan, on se rappelle que lorsque Abraham prétendit n'aimer personne que Dieu, et quand Dieu lui demanda comme épreuve d'égorger son fils bien-aimé, Satan (le démon) vint d'abord vers Abraham pour le dissuader de sa résolution, puis il se rendit auprès de la mère de l'enfant (Hagar) pour qu'elle en dissuade le mari et enfin, auprès du garçon Ismaïl lui-même, pour qu'il désobéisse à l'injonction de Dieu ; mais chacun le chassa en le lapidant. Cela a eu lieu dit-on à Mina. On y répète donc le geste symboliquement comme une résolution contre les tentations diaboliques de la vie.
La visite de la Maison de Dieu s'explique aisément. Pour témoigner de son obéissance, l'homme s'y rend en tout respect et humilité ; d'après une coutume très antique, tourner autour de quelqu'un signifie s'apprêter à se sacrifier pour celui qui est objet de soins et de dévotions.
La pierre Noire dans la Kaâba exige une mention particulière. Son utilité pratique est d'indiquer le point de départ pour la tournée rituelle (tawaf) autour de la Kaâba, Maison de Dieu et par sa couleur, elle se distingue dans le bâtiment. En outre, elle a une signification symbolique incontestablement grande. Dans un Hadith, le Prophète a dit: «La pierre Noire représente la main droite de Dieu sur terre». En effet, le pèlerin y pose ses mains pour prêter le serment d'allégeance en tant que sujet loyal.
Le Maître Ghazali décrit avec précision les rites du pèlerinage, qui apparaît un moyen à la fois de purification morale et de consolidation de la foi religieuse. Henri Laoust résume en dix-huit points cette oeuvre dévotionnelle ainsi que les idées qui s'en dégagent selon la conception de Ghazali:
1)- Le pèlerinage dans sa signification générale, c'est pour le musulman l'équivalent de ce que sont pour le chrétien, le monachisme (ruhbaniya) et le voyage entrepris à la recherche de Dieu (Siyaha). Le Temple de la Mecque est la Maison de Dieu.
2)- Le pèlerinage implique le désir ardent (shawq) de Dieu et la volonté résolue de surmonter les nombreux obstacles qui se présentent en chemin.
3)- Pour partir, le pèlerin rompt ses attaches avec le monde, comme s'il ne devait pas revenir de son voyage. Il rend les dépôts qui lui ont été confiés à leurs propriétaires, répare les injustices qu'il a pu commettre et fait acte de repentir. Couper toutes ses attaches avec le monde, c'est déjà se préparer au voyage que l'on fera vers l'autre monde.
4)- Les provisions de route que l'on emporte avec soi et qui doivent être conservées jusqu'à l'accomplissement du hadj doivent être de provenance licite. Elles font penser à la provision de piété (taqwa) dont l'homme doit se munir pour pouvoir accomplir son dernier voyage. A noter que si de nos jours, le pèlerin ne prend plus sur lui des provisions, il n'en reste pas moins qu'il se procure sur place sa nourriture ; celle-ci et l'argent nécessaire, doivent être également de provenance licite.
5)- En s'occupant de sa monture, le pèlerin doit remercier Dieu d'avoir créé les animaux pour l'utilité des hommes. Il pensera plus encore à la civière qui le transportera un jour jusqu'à sa tombe. A noter là aussi qu'en parlant de la monture, le pèlerin oriente sa pensée vers les nouveaux moyens de transport que l'homme a inventés. (automobile, bateau, avion etc.).
6)- Les vêtements de la sacralisation (ihram) sont pour le pèlerin, l'occasion de penser à la mort et le font songer à son linceul.
7)- En sortant de son pays, le pèlerin quitte sa famille et sa maison pour un voyage qui n'est pas un voyage ordinaire, mais dont le but est de rencontrer Dieu.
8)- En s'engageant dans le désert jusqu'à la station frontière (miqât) où il prendra l'ihram et en croyant toutes les difficultés auxquelles il s'expose, le pèlerin songe aux tourments qui commencent à la mort et durent jusqu'à la Résurrection. Les brigands rencontrés en chemin le feront penser à Munkar et Nakir; les deux anges de la tombe. Selon la tradition, ces deux anges sont chargés de tester tout défunt dans sa tombe juste après son enterrement à propos de sa foi et de la noble personnalité du Prophète Mohammed, Salut Divin Sur Lui. Le défunt, soit il subit le châtiment infernal s'il échoue à cet examen, soit il s'enivre de la bénédiction et de la grâce divine s'il répond juste aux questions posées. Les bêtes sauvages qu'il trouvera sur sa route évoqueront pour lui les scorpions, les vers et les serpents qui vivent dans les tombes. A noter que les voyages sont de nos jours moins pénibles. Cependant, le nombre impressionnant de pèlerins procure d'autres difficultés non moins harassantes moralement et physiquement. Les pèlerins ne sont pas également à l'abri de tous les dangers : naufrage et accident d'avion, de voiture et autres catastrophes...
9)- En revêtant l'ihram et en prononçant la talbiya à l'arrivée à la station frontière, le pèlerin répond à l'appel de son Seigneur et ne peut manquer de songer à la trompette de Jugement.
10)- L'entrée à la Mecque inspire au pèlerin des pensées pieuses. Quand sa vue tombe sur le temple, qui est la Maison de Dieu, il ne peut manquer de penser à la place que ce temple doit tenir dans le coeur de l'homme et de se dire que c'est comme s'il voyait déjà le Maître du Temple. Il lui demandera de lui donner un jour le privilège de voir sa Face, comme il Lui a donné de voir ici-bàs sa Maison (Bayt).
11)- Par les tournées (Tawaf) qu'ils font autour de la Kaâba, les pèlerins sont comparables aux anges que Dieu a rapprochés de Lui et qui tournent autour de son âme (aroh). Le véritable tawaf n'est pas dans la tournée du corps autour de la Kaâba mais dans la tournée du coeur tout entier absorbé par la mention du nom de Dieu.
12)- Toucher la pierre Noire (Istilam), c'est s'engager à obéir à Dieu (baya). Se suspendre aux voiles de la Kaâba et se presser contre le moltazem, c'est affirmer l'intention de chercher refuge auprès de Dieu contre le feu de l'enfer.
13)- La course (Say) entre Çafa et Marwa, représente les oscillations de la balance qui pèsera les actions lors du Jugement dernier.
14)- La station (wukuf) de Arafa fait méditer sur le rassemblement (hachr) de toutes les créatures, le jour de la Résurrection.
15)- La lapidation des stèles à Mina doit être exécutée comme un ordre que l'on n'a pas à discuter ni à comprendre, à l'exemple d'Abraham. C'est le visage de Satan qu'en réalité on lapide.
16)- L'immolation rapproche le pèlerin de Dieu et lui servira de rançon.
17)- La visite de Médine évoquera de puissants souvenirs historiques. Le pèlerin pourra regretter de ne pas avoir été du nombre des compagnons ici-bàs, mais espérera bien l'être dans l'au-delà.
18)- La visite de la tombe du Prophète Mohammed, Salut Divin Sur Lui, enfin prend tout son sens si le pèlerin a comme le sentiment de se trouver en face du Prophète vivant et prêchant la soumission à Dieu seul.»
Le pèlerinage rassemble annuellement des musulmans venus de tous les pays du monde. C'est une assemblée de croyants qui vient explicitement concrétiser l'unité et la solidarité de la communauté musulmane.
Elle traduit l'universalisme et l'égalitarisme de l'Islam. Chaque année, à la même période, des musulmans de toutes les races, de toutes les origines et de toutes les conditions sociales, se réunissent en même lieu, en tenue d'ihram glorifiant et implorant avec ferveur le Maître des mondes.
Il n'y a plus de puissants et de faibles, ni de riches et de pauvres. Tous les hommes de la terre sont égaux et frères devant Dieu.
Mais, en réalité, la communauté musulmane dépourvue d'un guide élu, reste divisée et déchirée par l'ignorance, la maladie, la famine, les luttes fratricides pendant que ses richesses humaines et matérielles sont tantôt sous-utilisées, dilapidées çà et là, tantôt spoliées par l'ennemi.
Si pèlerinage il y a, il se doit d'éliminer à jamais toute forme d'exploitation de l'homme par l'homme, toute forme de sous-développement... et d'être l'élément moteur qui concrétiserait l'union des musulmans et garantirait l'épanouissement de la communauté entière ; une communauté qui croit en Dieu Unique, sans icônes ni autres symboles, où tous les hommes sont égaux sans distinction de race ni de classe, union basée sur la piété ; oui, une communauté qui se donne pour sacré la protection des trois droits de tous les êtres : vie, biens et honneur ; l'abolition de l'intérêt, même non usuraire, l'abolition de la vendetta et de la justice privée, le meilleur traitement des femmes, la distribution et la circulation perpétuelle des richesses, sans possibilité de cumul entre les mains d'une minorité dominante ; enfin une communauté qui proclame la seule volonté de Dieu comme loi pour tout le monde, dans tous les domaines de la vie et dont la mission est de produire pour guérir.
Références bibliographiques:
- Initiation à l'Islam du professeur Mohammed Hamidullah.
- L'Islam vivant du professeur Roger Garaudy.
- Dictionnaire élémentaire de l'Islam du professeur Tahar Gaïd.
- Epitre d'Ibn Aby Zeid Al Queyrawani.
- Traduction du Saint Coran
du professeur Sadak Mazigh.
Du professeur Mohammed Hamidullah.


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