L'université algérienne, déjà paralysée par un mouvement de grève depuis le 13 mai dernier, vient d'enregistrer une nouvelle vague de turbulences. En fait, deux animateurs du Conseil national des enseignants du supérieur, à savoir les deux coordinateurs régionaux, MM.Cherbal et Bsila, ont été placés depuis hier sous contrôle judiciaire, à la suite de leur audition par le juge d'instruction. Leur interpellation par la police, le premier à Alger et le second à Constantine, a pour motif leur obstination à maintenir justement le mouvement de grève et ce, malgré une décision de justice le frappant d'illégalité. En outre, il faut savoir que M.Cherbal et son collègue M.Bsila n'étaient pas les seuls à être interpellés par la police. Comme eux, un troisième coordinateur régional, M.Mechab de l'université de Sidi Bel Abbès, a lui aussi «été conduit vers le commissariat de sa ville, sans convocation écrite comme la loi l'exige», indique-t-on de source syndicale. Au moment où nous mettons sous presse, seuls les deux enseignants évoqués plus haut ont été placés sous contrôle judiciaire, cependant «il n'est guère exclu que le sort qui sera réservé à M.Mechab à la suite de son audition par le juge soit également le même que celui de ses deux collègues d'Alger et de Constantine», ajoute-t-on encore. Commentant l'arrestation de ses collègues syndicalistes, un des membres du bureau national du Cnes, M.Aïssat Kamel, nous indiquera à ce sujet qu'«il s'agit là de manoeuvres d'intimidation mises en branle par les recteurs des universités d'Alger, de Constantine et de Sidi Bel Abbès, instruits pour agir de la sorte par la tutelle afin de persuader les enseignants en grève à mettre un terme à ce mouvement». Contacté hier par nos soins, le chargé de la communication au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique nous apprendra que «l'arrestation des trois enseignants syndicalistes n'est liée ni de près ni de loin avec la tutelle. Il s'agit d'un problème entre les recteurs et les syndicalistes grévistes du Cnes». Et cette grève est toujours maintenue à en croire M.Aïssat,membre du bureau national du syndicat des enseignants du supérieur. «Le mouvement de grève se poursuivra et nous comptons nullement céder à ce genre de pressions de la part des responsables de nos universités», nous a-t-il déclaré. Et d'ajouter: «C'est vraiment malheureux qu'au lieu de tenter d'assainir la situation par le lancement d'un appel à l'ouverture des négociations avec les syndicalistes, les pouvoirs publics tentent plutôt de nous intimider», a en effet, déploré M.Aïssat qui semble convaincu que l'arrestation de ses collègues n'est qu'une «machination orchestrée par la tutelle».