Le mois de juillet 2007 est décidément le mois des procès, en Algérie. Trois affaires reviennent à la barre: celle du séisme de Boumerdès, celle de l´ex-wali d´Oran, et celle de Khalifa qui continue au niveau de la Cour suprême. Ce qui frappe le plus, en lisant les rapports publiés par la presse, c´est le fait que les véritables coupables ne sont pas inquiétés. Au procès de l´ex-wali d´Oran, on a vu défiler des directeurs d´organismes publics chargés de la gestion du foncier et de l´immobilier. Les témoignages font ressortir des dysfonctionnements qui sont inhérents au fonctionnement même du système. Assez souvent, les accusés invoquent la méconnaissance de la loi alors que tout le monde est sûr d´une chose: lorsque un citoyen se présente à une administration pour demander un service, on lui sort une batterie de lois et de décrets et on lui demande de fournir un dossier ahurissant, prouvant que les agents de l´Etat prennent tout le temps qu´il faut pour empoisonner la vie des administrés, mais qu´il suffit d´un coup de fil «d´en haut» pour débloquer un dossier et obtenir des avantages, voire des privilèges inattendus. C´est cette administration à deux vitesses qui est aujourd´hui en cause. Un état de fait qui a un impact sur la justice à deux vitesses, puisque, aujourd´hui, on voit bien qu´il y a des intouchables. Ceux qui «d´en haut» se contentent de donner des coups de fil, et qui restent dans l´ombre, tirant les ficelles pour obtenir ce qu´ils veulent pour eux et pour leurs protégés. Quant aux directeurs des organismes publics, qui se mettent au service de ces pontes, sont-ils dans la peau des protégés ou dans celles des marionnettes qu´on peut actionner à distance? Comme dans le procès célèbre du roman L´Etranger de Camus, dans lequel Marceau est accusé non pas d´avoir assassiné quelqu´un, mais d´être allé voir un film comique de Fernandel le jour de la mort de sa mère. Dans l´un comme dans l´autre cas, on nage en plein dans l´absurde. Ainsi l´ex-wali d´Oran, qui se plaignait d´être jugé pour avoir obéi à des injonctions venues d´en haut, en demandant que des ministres et autres pontes soient convoqués par le juge, disait, tout simplement, qu´il avait sauté d´un pont, au-dessus du vide, sans filet et sans élastique. Il n´était pas dans la peau d´un protégé, contrairement à ce qu´il croyait, mais bien dans celle d´une marionnette consentante. Or, on sait que la justice cherche d´abord où se situe la responsabilité des accusés. Mais en ne remontant pas toute la chaîne des responsabilités, les procès laissent un goût d´inachevé.