Les banques privées couvrent plus du tiers du financement des importations en Algérie En dépit de leurs gros efforts ces dernières années, les banques publiques restent de manière générale défaillantes en matière de prestations de services. Beaucoup de clients et d'opérateurs se plaignent de l'accueil, des lenteurs à recevoir un chéquier ou du délai de traitement d'un dossier de crédit, voire de l'accès difficile à un financement. “La fonction crédit dans les banques publiques reste très faible. On enregistre un problème de ressources humaines. Les cadres des banques privées touchent deux à trois fois plus que ceux des banques publiques. Les cadres les plus brillants finissent par quitter et rejoindre le privé . Ce dernier leur offre des perspectives de carrière plus intéressantes. Les banques publiques sont handicapées, en somme, par une moindre motivation des ressources humaines et un système informatique moins performant”, explique un banquier de la place. Par ailleurs, alors que le secteur bancaire public a enregistré une série de détournements, une hémorragie se chiffrant en dizaines de milliards de dinars - 3 200 milliards de centimes pour la seule affaire du commerçant de Koléa -, “son système d'information permettant de détecter rapidement une opération irrégulière n'est pas tout a fait au point i”, ajoute la même source. Plus grave, se pose un véritable problème de gouvernance. “Les pouvoirs publics ne donnent pas aux managers des banques publiques les moyens de gérer et d'éviter les interférences”, ajoute la même source. En clair, le terrain est miné par les injonctions de la tutelle, voire de puissants membres de clans au pouvoir. Une mobilité des ressources humaines bien désavantageuse Voici les limites de la réforme financière mise en œuvre depuis le début des années 2000. Mais il faut reconnaitre les énormes progrès accomplis par les banques publiques. La mise en place d'un système de paiement moderne a permis de raccourcir les délais de traitement des opérations. Le système de télé compensation a permis l'encaissement d'un chèque ou de bénéficier d'un virement au terme de J + 2 ou J + 3. Le RGTS a permis également les transferts de gros montants de manière quasi instantanée. “Il y a quand même eu des efforts importants sur la monétique. Les cartes interbancaires et les distributeurs automatiques de billets se sont multipliés. Chose qui n'existait pas auparavant”, a ajouté la même source. Quant aux banques privées, toutes étrangères, on assiste à une grande compétition entre filiales et succursales de groupes internationaux. Tout simplement parce que les grandes banques sont présentes sur le marché : Bnp Paribas, Citi Bank, Société Générale, HSBC. Elles s'adressent généralement à une clientèle à revenus plus élevés. Ces banques continuent à développer leur réseau qui couvrent l'étendue du territoire, notamment 70 agences pour Société Générale et une cinquantaine pour Bnp Paribas. Elles ont toutes quasiment choisi le concept de banque universelle (banque de dépôt, banque de détail) couvrant à la fois la clientèle des particuliers et des entreprises, à l'exception de l'américaine Citi Bank et la française Calyon, du groupe Crédit agricole qui se concentrent sur les entreprises. HSBC Algérie, se concentre, elle, sur la clientèle haut de gamme. À noter que le segment banque de particuliers a été handicapé par la décision introduite par la loi de finances complémentaire 2009 qui a supprimé le crédit à la consommation et le crédit auto Ces banques se demandent si l'activité du crédit immobilier sera suffisante pour rentabiliser les réseaux d'agences qui se développent. Un accès difficile au crédit immobilier Or, le développement du crédit immobilier en Algérie fait face à deux contraintes : la disponibilité de logements et le gros décalage entre les prix des biens immobiliers sur le marché et les revenus de la population. Du coup, une grande partie des salariés, y compris des cadres, n'ont pas accès au crédit immobilier, en dépit des mesures gouvernementales pour faciliter l'octroi de ce prêt. L'immobilier reste en fait un marché très spéculatif. Il faut au moins 100 OOO DA de revenus mensuels pour accéder facilement au crédit immobilier. Résultat, c'est encore la galère en Algérie pour acheter son appartement, construire un logement pour la grande majorité de la population. Du pain sur la planche donc pour le gouvernement qui devrait assouplir davantage sa politique de financement des logements. En matière de progrès, il y a eu également le développement de la banque par internet qui permet de consulter en ligne son propre compte ainsi que de la Bancassurance. Concernant le volet entreprises, l'américaine Citi Bank a construit son businesss sur la base des multinationales présentes dans le secteur pétrolier et gazier en Algérie. Mais avec l'arrivée de Bnp Paribas et HSBC, Citi Bank s'est rendu compte qu'il y avait un gros potentiel avec les entreprises locales. Elle réoriente aujourd'hui sa stratégie de développement sur le marché ; Sur le volet entreprise, on enregistre une grande concurrence entre les banques privées qui compensent pour certaines la suppression des crédits consommation par particulièrement un dynamisme dans financement du commerce extérieur. “En effet, les banques privées comptent pour près du tiers dans le financement du commerce extérieur. La consolidation de leurs parts de marché dépendra de leur rapidité de leurs opérations et de l'étendue de leur réseau commercial, en un mot de leur efficacité dans leurs opérations du commerce extérieur”, confie la même source. Quant au financement de l'investissement, elles affirment qu'elles enregistrent peu de projets rentables à financer dans le secteur productif. Une problématique de l'économie algérienne. On se rend compte que presque tout le monde veut prospérer dans l'import-import, le commerce de façon générale. Un effet de climat des affaires contraignant ? “Les pouvoirs publics s'intéressent beaucoup plus à la répartition de la rente (accès aux marchés publics, grands contrats) qu'à une question vitale pour l'avenir du pays : comment peut-on développer une économie productive en Algérie”, souligne la même source.