Les ayatollahs ont fait volte-face. Ils se sont dégonflés comme des ballons de baudruche, après avoir fait un pied de nez aux injonctions de Bush, leur enjoignant de se laisser inspecter par l'Aiea. Téhéran, qui s'était farouchement rebellé contre l'interdiction de posséder l'arme atomique, a jeté le gant une semaine avant la date-butoir que lui avait fixé l'agence onusienne de contrôle de l'énergie atomique. L'Aiea avait donné à l'Iran jusqu'au 31 octobre pour se laisser inspecter, sans préavis et sans réserve, faute de quoi il s'exposera à une saisine du Conseil de sécurité de l'ONU, avec au bout du processus, des sanctions internationales. Bien que tout le monde sache que c'est surtout la menace de représailles, brandie par Washington qui a conduit à leur retournement spectaculaire, les ayatollahs ont annoncé leur recul à une troïka européenne comprenant les chefs de la diplomatie de Berlin, Paris et Londres. C'est un secret de Polichinelle, Maison-Blanche et Down Street (siège du Premier ministre anglais), c'est du pareil au même. Les ayattollahs avaient pensé bénéficier d'un traitement identique à celui réservé au maître de Pyongyang par les états-Unis. Classé chef de file des Etats voyous, le dictateur de la Corée du Nord jouit du soutien de la Chine, et ses autres voisins ont fait partager à Bush leur point de vue selon lequel il vaut mieux le contraindre par la voie politique et diplomatique. Mais, Téhéran est isolé. Tout l'Occident s'est associé aux exigences américaines. Même le président russe Poutine qui a contribué à la construction du plus grand complexe nucléaire iranien. L'Organisation de la Conférence islamique (OCI) n'a même pas évoqué dans ses résolutions de Malaisie la menace du Premier ministre israélien Sharon de détruite le réacteur iranien comme il l'avait fait en 1981 en Irak, réduisant en poussières Osirak, monté avec la coopération de la France. Pourtant, dans cette réunion malaysienne, les Iraniens se sont dépensés, laissant le président Khatami, un réformateur, donner libre cours à ses idées sur le dialogue des civilisations. Les ayatollahs comptaient même récupérer ce sommet qui marque la fin de l'hégémonie wahhabite en déplaçant l'épicentre de l'islam vers le Sud-Est asiatique où la synthèse avec le libéralisme économique serait, à première vue, mieux réussie. Rien de cela, personne parmi les 57 pays membres n'a fait preuve de la moindre compassion à l'égard du pays de Khomeiny qui a ouvert le bal des exportations de l'islamisme à travers le monde. L'Algérie, pour sa part, en sait beaucoup. Ce n'est certainement pas le recueillement de Bouteflika devant la tombe de Khomeiny qui fera oublier le jeu de Téhéran dans la montée, dans les années 1980/90, de l'islamisme algérien. En outre, les ayatollahs qui avaient fini par venir à bout du réformisme qui a pointé du nez après l'échec de la révolution islamiste pensaient sérieusement mobiliser toute l'opinion iranienne contre les menaces étrangères, comme au temps de Khomeiny et de Rafsandjani. Le peuple iranien qui a bu jusqu'à la lie la tasse khomeiniste est certainement jaloux de son pays, mais il n'est plus emballé par son idéologie. Les étudiants, l'intelligenstia, les classes moyennes (y compris le bazar qui avait déployé en 1978 le tapis sous les pieds de Khomeiny) n'ont pas arrêté, ces derniers mois, de revendiquer la séparation du religieux de la sphère politique, exigeant des libertés démocratiques. À la manifestation qui s'est déroulée au moment où les ayatollahs signaient leur capitulation devant les trois ministres européens, Joschka Fischer, Dominique de Villepin et Jack Straw, il n'y avait pas foule. C'est tout dire. D. B.