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HAIK
Attribut d'une féminité algérienne éclipsée
Publié dans Liberté le 12 - 05 - 2013

Du haïk, on ne dira jamais assez l'élégance et la distinction, ni cette grâce qu'on a plaisir à rencontrer chez ces dames âgées qu'on croise quelques rares fois.
La presse a rapporté qu'une trentaine de femmes de La Casbah d'Alger avaient défilé en haïk blanc, un vêtement simple, bien de chez nous, et ô combien féminin ! Un voile d'une grande pudeur, qui a ses codes et ses mystères et qui a quasiment déserté nos villes et campagnes pour cause d'obscurantisme et de médiocrité. La disparition de ce vêtement patrimonial aussi représentatif que le burnous ou la qachabia est symptomatique à elle seule de la perte de repères dont souffre le pays depuis bien des années. On ne peut abdiquer le haïk pour le niqab, ni le burnous pour le qamis, au prétexte de plus d'islam, sans y laisser notre âme et notre dignité.
Ces femmes libres ont marché pour dire, dans le calme, leur souhait de préserver l'habit traditionnel algérien et nous alerter sur l'invasion aussi inquiétante que laide d'un accoutrement venu de la péninsule arabique. Car il s'agit bien d'accoutrement quand on voit cette espèce de cape noire jetée sur la femme comme on jette une bâche sur une voiture pour protéger la carrosserie, dissuader les voleurs et se protéger du mauvais œil. Cette chose d'un autre monde, qui n'est ni d'Afrique, ni de Méditerranée et qui nous est imposée aujourd'hui par les nouveaux censeurs, comme signe légitime de dévotion, oubliant que Dieu connaît les âmes, nous juge sur nos actes et qu'il n'est pas dupe des apparences.Ces femmes libres ont défilé paisiblement, manière à elles de prendre à témoin la mémoire, pour rappeler qu'on peut rester musulman sans céder à la “mode" ni renier ses traditions. Et Dieu sait si nos traditions sont les fondements même de notre identité. Aujourd'hui, c'est à peine si on ne nous affirme pas que nos parents et arrière-parents n'avaient rien compris à l'islam et que nous n'avons d'autre choix que de nous en remettre à de nouveaux prédicateurs, arrivés juste à temps pour sauver nos âmes.
En d'autres termes, on est venu nous dire qu'il est dans notre intérêt, si nous voulons éviter le supplice de la tombe et le feu de la géhenne, de nous conformer aux nouvelles prescriptions quasiment imposées par des prédicateurs fraîchement sortis des productions à flux tendu des universités wahhabites. Ces nouveaux prophètes se répandent à claironner sans gêne que l'islam est d'abord arabe puisque l'arabe est la langue du Coran et que, vérité en deçà de la Péninsule est forcément erreur au-delà. Le raisonnement est court et l'affirmation péremptoire. Aussi, ne sert-il à rien de leur rappeler -mais le savent-ils ?- que les plus grands penseurs de l'islam sont perses, afghans et indiens, que seul un cinquième des musulmans sont arabophones et que la seule langue qui vaille pour parler à Dieu et aux hommes c'est celle du cœur.
Qu'est-ce donc que ces gens qui font commerce de Dieu comme on fait commerce de marchandise de contrebande, qui ânonnent sans comprendre, et pour qui la femme ne sera jamais qu'une épouse qu'on engrosse ou une mère qu'on vénère, mais jamais la compagne avec qui on bâtit le monde ?
Qui sont donc ces gens qui ont sévèrement malmené nos villes et villages par une urbanisation à l'emporte-pièce, qui ont définitivement troqué le souk pour le bazar asiatique, et qui veulent effacer de nos mémoires ce que l'occupant colonial n'a pas réussi à nous prendre ? Qui veulent repeindre en noir nos vertes campagnes, nos plaines et nos montagnes, et qui somment nos mères, nos compagnes et même nos fillettes de se couvrir de noir intégral.
Serait-ce pour ajouter à la désespérance de ceux comme nous qui continuent de croire qu'un jour prochain nous pourrons, si Dieu le veut, nous retrouver tous ensemble et jeter par delà la rivière ces querelles à nous imposées et qui sèment la discorde à coups de haram et halal, yajouz et layajouz, au point de bannir de leurs prêches le mot Amour et de travestir le Livre Saint en code pénal ?
Mais qu'ont-ils donc à vouloir imposer ces cloches au noir opaque, qui ne laissent passer ni la lumière, ni les rires, ni même les sourires ? Comme si le sourire dévoilait le corps alors qu'il est l'expression de l'âme.
Auraient-ils honte de nos traditions, de nos chants et de nos danses, de nos couleurs et des sourires de nos enfants ? Comme si cet islam tardif venait pour excommunier nos ancêtres et leurs descendants. Comme si la beauté était péché et la joie indécence. Comme si la révélation coranique commençait avec le wahhabisme. Comme si la couleur faisait la dévotion et que le noir, décrété plus proche de la Vérité, rapprochait plus de Dieu.
Pauvres compatriotes tardivement touchés par ce qu'ils croient être la grâce et qui ignorent que nos grands-mères avaient décidé de porter le noir à Constantine, à Guelma et à Annaba en 1945, en signe de deuil et de reconnaissance pour leurs enfants et maris qui ont donné leur vie pour que nous vivions libres.
Ce noir-là n'était pas celui de l'or noir. C'était le noir du recueillement, du souvenir, de la douleur contenue, du serment à tenir et de la liberté à venir. Ce noir-là n'achète ni les âmes, ni les cœurs. Il était noir couleur et noir espoir. L'indépendance venue, il s'est doucement éteint pour laisser place à l'illumination du blanc, à ce haïk dont on ne dira jamais assez l'élégance et la distinction, ni cette grâce qu'on a plaisir à rencontrer chez ces dames âgées qu'on croise quelques rares fois au marché, qui ont l'air triste d'une espèce qui s'éteint, qui n'en peuvent mais, et qui s'excuseraient presque d'aimer Dieu dans ce qu'il a d'amour, de paix et de sérénité.
S. K.
* Cinéaste-auteur, GAIC : Groupe d'amitiés islamo-chrétiennes.
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