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La chaîne Atlas TV cesse d'émettre
Hafnaoui Ghoul dénonce une "vengeance" des autorités
Publié dans Liberté le 13 - 03 - 2014

Une première dans la courte ouverture du champ audiovisuel national. Mais qu'a fait Atlas TV pour subir une telle expédition ?
Perquisition des locaux de la chaîne privée, saisie de son matériel et scellés de ses studios suivant un mandat dont seul l'auteur peut en saisir réellement le mobile. Le directeur de la rédaction notoirement connu de la police et des services de sécurité pour ses activités de défense des droits de l'Homme, Hafnaoui Ghoul, avoue ne rien savoir de la teneur du mandat délivré par le procureur près le tribunal de Sidi-M'hamed. C'était mardi dernier. hier, soit le lendemain, Atlas TV cesse d'émettre "sur ordre des autorités", selon Hafnaoui Ghoul. Pour lui, il s'agit de vengeance des autorités à cause de sa prise de position franche par rapport à l'élection présidentielle du 17 avril. À l'origine donc, selon lui, sa liberté de ton et la ligne éditoriale de la chaîne. Les spéculations et supputations ont alors pris le relais. Pour certains, la raison de la réaction de la justice est à chercher dans l'émission débat avec l'ancien cadre du Fis, ancien ministre et sénateur, Ahmed Merani, où il a rejeté le 4e mandat de Bouteflika et révélé avoir été approché pour lui apporter son soutien. Pour d'autres, le motif est à chercher dans la couverture, en boucle, de la manifestation du mouvement Barakat, jeudi dernier. Un événement auquel la chaîne a consacré toute la journée et une partie de la soirée en diffusant des images en live et en boucle où l'on a vu la brutalité des policiers contre les jeunes manifestants pacifiques.
Cela d'autant aussi que Hafnaoui Ghoul, embarqué ce jour-là, est membre du mouvement
Barakat. Ou alors, c'est le directeur de la rédaction, connu pour son passé dans la presse, qui est en cause. Si Hafnaoui Ghoul figure dans le mouvement Barakat, il est apparu également aux premières loges lors de l'annonce de la candidature d'Ali Benflis. Ce que tout le monde a interprété comme un soutien franc à l'ancien Premier ministre de Bouteflika. Mais tous ces arguments sont fragiles pour justifier la procédure judiciaire. D'autres chaînes privées, activant dans ce système de semi-clandestinité, soumises à des autorisations temporaires en attendant les textes d'application de la nouvelle loi sur l'audiovisuel, ont pourtant largement dépassé les lignes rouges en s'attaquant à la vie privée des gens ou en s'arrogeant le droit de "dénoncer" les positions politiques de certains partis ou les mouvements sociaux. Loin de toute éthique ou morale. Depuis 2011, des chaînes offshore, émettant à partir de l'étranger, ont vu le jour dans le paysage audiovisuel national. Tolérées, certaines n'ont pas hésité à prendre parti pour le pouvoir.
La concurrence entre elles a donné des programmes similaires avec des émissions-entretiens où défilent presque les mêmes personnages et où l'on se perd dans l'absence d'un fil conducteur. Mais elles ont gagné en audience tant elles se permettent de laisser passer certaines vérités. Mais elles demeurent précaires dans la mesure où elles dépendent de l'autorisation temporaire (renouvelable) qui peut sauter à n'importe quel instant. Ce qui met en doute la volonté et les discours des pouvoirs publics sur l'ouverture de cette espace. Ce précédent de l'Atlas TV, en cette période électorale caractérisée par une tension entre les partisans et les contre 4e mandat de Bouteflika alors que l'image de l'Algérie est déjà écornée à l'étranger, vient confirmer le verrouillage et les atteintes à la liberté de la presse et d'expression. D'ailleurs, l'affaire est devenue un événement médiatique dominant pour bénéficier d'une large couverture et de beaucoup de réactions de désapprobation.
Dans sa réaction, la Laddh a considéré que seul un organe de régulation de l'audiovisuel est légalement habilité à examiner les éventuels manquements aux règles édictées par la loi. Et que "ces mesures instruites par l'administration constituent des atteintes à la liberté d'expression et de la presse". Cela d'autant que, souligne la Laddh, "nous ignorons les faits qui leur sont reprochés, ainsi que les auteurs d'une éventuelle plainte".
D .B
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