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Risques et opportunités pour le sud de la Méditerranée
Recomposition des chaînes de valeur mondiales et relocalisations
Publié dans Liberté le 28 - 06 - 2020


Par : EL-MOUHOUB MOUHOUD
PROFESSEUR D'ECONOMIE
ET VICE-PRESIDENT DE L'UNIVERSITE PARIS-DAUPHINE
Comme je le prédisais depuis longtemps dans mes travaux académiques, l'hyper-mondialisation de la fragmentation des chaînes de valeur mondiales, c'est-à-dire la tendance à délocaliser les activités d'assemblage ou l'approvisionnement en composants intermédiaires vers les pays à bas salaires en Chine par exemple, s'essoufflait déjà dès la fin des années 2000 en raison du retournement des mêmes facteurs qui l'avaient stimulée dans les années 1990-2000.
Les coûts d'approvisionnement et coûts salariaux unitaires dans les pays émergents sont partis à la hausse dès le milieu des années 2000 et les relocalisations se sont alors accélérées aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. S'ajoutent l'accélération de la robotisation des chaines d'assemblage, la hausse des coûts de transport et de transaction dans certains secteurs, et les problèmes de délais de livraison, et de qualité ou de sécurité des produits délocalisés. Les ruptures d'approvisionnement liées au choc de la Covid-19 n'ont fait que révéler au grand jour ces risques des délocalisations.
Relocalisation de l'industrie et délocalisation croissante des services
Assistera-t-on à une "démondialisation" complète des économies industrielles sur des bases nationales ? Je ne le crois pas. Si les relocalisations sont amenées à s'accélérer dans les industries robotisables, un boom des délocalisations pourrait bien advenir dans les activités de services. Les services sont devenus potentiellement délocalisables tout en garantissant leur contrainte intrinsèque de synchronie temporelle consommation/production. En outre, sous-traiter des tâches de services à distance n'est pas sensible au protectionnisme commercial ni aux coûts de transport.
Enfin, les acteurs du secteur de la distribution comme de la production de services (banques, assurances...) mais aussi les consommateurs (entreprises ou ménages) vont bénéficier d'un effet d'apprentissage et de réseau du confinement mondial dans l'usage des technologies numériques sans précédent. En l'absence de nouvelles régulations, cet effet d'apprentissage dans l'outsourcing ou la sous-traitance de services immatériels à distance touchera aussi les services de la connaissance à forte valeur ajoutée, y compris, paradoxalement, dans le secteur de la santé et du soin.
Ajoutons que la mondialisation ce sont surtout les stratégies d'accès aux marchés par les Investissements directs étrangers qui devraient s'accroître pour se rapprocher des marchés là où ils se trouvent, dans l'hypothèse d'une reprise de la croissance mondiale. La mondialisation connaît bien une reconfiguration de ses bases géographiques mais elle ne recule pas pour l'ensemble de ses composantes et ses effets tendent même à s'approfondir. C'est la raison pour laquelle je parle plutôt de post-mondialisation que de démondialisation.
Quelles sont alors les effets mais aussi les opportunités pour les pays du Sud de la Méditerranée face à ces grandes manœuvres industrielles et commerciales post-Covid-19 ? Les pays du Maghreb peuvent-ils bénéficier de la relocalisation d'activités installées jusqu'alors en Chine et en Asie ?
Rappelons que les pays industrialisés, et notamment européens, vont avoir tendance à relocaliser les chaînes de valeurs industrielles mais aussi délocaliser des emplois de services aux entreprises, des services à haute valeur ajoutée, dans leur voisinage pour compenser les surcoûts de leur retrait de Chine et d'Asie.
Dans l'industrie manufacturière des pays de l'OCDE, en moyenne près de 40% des emplois sont liés aux services (marketing, R&D, transport, logistique, informatique, etc.). Et dans ce domaine, la proximité linguistique et culturelle est absolument nécessaire, ce qui rend les pays du Maghreb attractifs sur ce point. Une opportunité existe pour les pays du Sud et de l'Est méditerranéen de participer à cette reconfiguration régionale, principalement en attirant les investissements directs étrangers (IDE) et les opérations d'outsourcing dans les activités tertiaires en amont (recherche fondamentale et développement, conseil, design) et en aval (logistique, marques, personnalisation, publicité).
Les services peuvent créer des emplois pour du personnel qualifié, et le rattrapage avec les pays industrialisés est possible compte tenu des coûts d'investissement fixes relativement faibles nécessaires dans les activités intangibles. De plus, les services influencent la capacité d'adaptation et d'innovation des entreprises industrielles et tertiaires de services. Des études récentes montrent que l'environnement privilégié pour l'innovation est désormais celui des services, mais toujours en réponse à la demande émanant de l'industrie.
Les innovations dans de nombreux autres secteurs, tels que la santé et l'éducation, l'environnement, le tourisme et le secteur financier trouvent aussi leurs origines dans les services. Mais si les activités de service peuvent favoriser le rattrapage technologique et un emploi plus important des diplômés, toutes les activités de service ne sont pas égales à cet égard. Il est donc essentiel de déterminer quelles activités sont les plus propices au développement d'une économie de la connaissance et à l'utilisation intensive des diplômés.
Les priorités incluront les services liés à la connaissance et aux investissements immatériels comme la recherche fondamentale et le développement, l'enseignement supérieur, le conseil et le marketing, suivis des services d'intermédiation (logistique, tri postal, centre de tri des chemins de fer et transport). Les services collectifs à forte économie d'échelle, publique ou privée (santé, hôpital, services juridiques) sont des activités géographiquement ancrées et complémentaires aux spécialisations des autres secteurs L'industrie pharmaceutique au Maghreb pourrait ainsi bénéficier d'une diversification des pays européens qui cherchent à diminuer leur dépendance vis-à-vis de l'Inde et de la Chine.
Les défis pour l'Algérie
Dans le cas de l'Algérie, les problèmes se posent différemment par rapport aux autres pays du Maghreb. Si du point de vue de diversification, le système économique algérien peut sembler encalminé, cela ne peut se réduire à une simple fatalité ou une malédiction liée à la disponibilité des ressources naturelles qui conduirait nécessairement l'économie vers la désindustrialisation et le sous-emploi dans une économie de redistribution de la rente. Comme les autres Etats pétroliers à revenu moyen (Irak, Iran, Soudan, Syrie, Yémen), l'économie algérienne doit sortir du piège du pays à revenu intermédiaire.
L'Algérie qui dispose certes d'une rente gazière et pétrolière doit faire face à une population nombreuse et jeune. Cette rente a, en outre, été fortement réduite depuis le contre-choc pétrolier de 2014 et s'érode dramatiquement avec le choc de la crise sanitaire actuelle. Les économies pétrolières à revenu moyen sont aussi plus fragiles que les pays qui ont peu de ressources naturelles mais disposent d'une population jeune et nombreuse (Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie...) et qui sont donc davantage incités à développer des activités d'exportations manufacturières et de services.
Jusqu'à la chute toute récente du prix de pétrole liée à la crise sanitaire mondiale actuelle et durant l'année de mobilisation du Hirak, l'Algérie avait encore des marges de manœuvre, en dépit de leur détérioration, pour mener une véritable transition économique et politique. Parmi les nombreux défis, celui de la diversification de l'économie et de l'emploi des jeunes nécessite de mettre en œuvre une nouvelle politique industrielle, en s'insérant dans les perspectives décrites plus haut de s'insérer dans les chaines de valeur régionales en particulier dans les emplois de services à haute valeur ajoutée.
Il existe vraiment des possibilités de mettre en place des politiques stratégiques, des diversifications dans lesquelles l'Etat pourrait jouer un rôle de coordonnateur, et non pas un rôle d'intervenant direct. Des questions importantes doivent être réglées au plus vite pour s'insérer dans cette nouvelle division régionale du travail. Pour que les PSM, et l'Algérie en particulier, s'intègrent avec succès aux chaînes de valeur régionales, ils ont besoin de développer une économie fondée sur la connaissance et l'innovation et les technologies numériques.
Un nouveau contrat social axé sur les jeunes pourrait être construit sur l'économie de la connaissance, couvrant l'éducation et les qualifications, le système d'innovation et les infrastructures d'information et de communication. Un système éducatif de haute qualité est nécessaire pour développer une économie du savoir. La qualité de l'éducation en Algérie est faible, compte tenu des fonds importants qui ont été investis dans ce domaine depuis que ces pays ont acquis leur indépendance. En général, les travaux montrent que les systèmes éducatifs des pays du sud de la Méditerranée n'encouragent pas l'innovation, le travail d'équipe ou la prise de risques.
Ils sont mal adaptés aux exigences des économies du savoir d'aujourd'hui. Selon certaines enquêtes, 40% des entreprises opérant dans les PSM considèrent que le manque de personnel qualifié est un sérieux obstacle. Pourtant, le chômage dans les pays du sud de la Méditerranée augmente en fonction du niveau d'éducation. Il convient d'encourager les entreprises algériennes et maghrébines à conclure des accords de cotraitance (OEM) avec l'utilisation et la formation des ressources humaines en Algérie. Un autre défi pour l'Algérie réside dans la nécessité d'en finir réellement avec les relations de vassalité et de connivence entre l'Etat et les entreprises doivent changer radicalement.
Se pose alors la question de la volonté et de la manière de mettre totalement et définitivement fin aux relations de connivence entre de acteurs privés et le pouvoir pour ne pas laisser se mettre en place une recomposition de la même connivence avec d'autres acteurs. Seul un nouveau contrat social axé sur les jeunes peut favoriser l'entrée dans l'économie de la connaissance, couvrant l'éducation et les qualifications, le système d'innovation et les infrastructures d'information et de communication liées aux nouvelles technologies numériques.
Enfin, on peut mobiliser la diaspora algérienne pour mener à bien la stratégie d'insertion dans les chaînes de valeur régionales, à condition de mettre en place une véritable politique en sa direction et de définir des objectifs clairs en relation avec la mise en place d'une véritable politique industrielle de diversification. Enfin, le problème, pour les pays de la région dans leur ensemble, réside aussi dans leur fragmentation de ces pays. Leur faible diversification s'explique en partie (en partie seulement) par le manque d'engagement à construire un véritable marché régional.
L'absence ce marché régional maghrébin est une limite à un rattrapage économique et technologique digne de ce nom. Les coûts de transactions aux échanges commerciaux entre l'Algérie, le Maroc et la Tunisie sont environ quatre fois supérieurs à ceux entre ces pays et l'Union européenne. Pour encourager les chaînes de valeur régionales reliant le Nord et le Sud de la Méditerranée, ces derniers doivent entamer la renégociation des accords de libre-échange avec l'Union européenne, afin de stimuler la coopération Nord-Sud et Sud-Sud et d'améliorer l'intégration du commerce des services, de la mobilité de la main-d'œuvre.

Quelques références bibliographiques sur le sujet
-Mouhoud E. M. Mondialisation et délocalisations des entreprises, La Découverte, 2017 (5e édition, chapitre 4 sur les relocalisations)
-Mouhoud E. M. (2014) "Diasporas et transferts financiers vers les pays d'origine", in Poinsot M. et Weber S. éditeurs Migrations et mutations de la société française. L'état des savoirs. La Découverte, Paris.
-Jennequin, H., Miotti, L. & Mouhoud, E. M. (2017). Measurement and anticipation of territorial vulnerability to offshoring risks : An analysis on sectoral data for France. Economie et Statistique/Economics and Statistics, 497-498, 127-148. https://doi.org/10.24187/ecostat.2017.497d.1934
Laffineur C. et Mouhoud E.M. (2015) "The Jobs at Risk from Globalization", in the World Economic Review, May, ISSN: 1610-2878 (Print).
Articles dans la presse récents
https://www.usinenouvelle.com/editorial/penser-l-apres-covid-nous-entrons-dans-une-phase-de-postmondialisation-complexe-pour-el-mouhoub-mouhoud.N960026
https://www.alternatives-economiques.fr/delocalisations-faire-machine-arriere/00092518


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