Si par le passé il permettait au public de passer des moments agréables, de joie et de détente à travers ses blagues et ses sketchs, aujourd'hui, il se sent marginalisé, quoiqu'il s'estime être toujours apte à remonter sur la scène. Il s'agit d'Ahmed Kadri, plus connu sous le pseudonyme de «Krikeche». Nous l'avons rencontré au centre de Sidi Fredj. Même s'il a pris un coup de vieux, le comédien que bon nombre de citoyens ne manquent pas de saluer, en le croisant, trouve à chaque fois l'occasion pour leur répondre par une blague. En discutant avec lui, autour d'un thé à la menthe, Krikeche nous parlera de sa longue expérience sur les scènes du pays et même de l'étranger. A la question de savoir s'il est en retraite, notre interlocuteur nous dira avec une certaine mélancolie que l'artiste ne connaît pas la retraite, ajoutant : «Je peux dire que notre système nous renvoie de facto vers ce qu'on appelle la retraite car ni la Radio, ni la Télévision ou encore les organisateurs de spectacles ne font appel aux comédiens de ma génération». En nous parlant de ses débuts, Krikeche nous apprendra qu'il a opté pour ce métier grâce à son défunt frère qui l'a encouragé à intégrer le conservatoire municipal d'Alger en 1957, au moment où Djelloul Bach Djerah professait au sein de cette institution aux côtés de Bachtarzi, Kasderli ou encore Mohamed Touri qui, d'ailleurs l'ont aidé à s'imposer. En parlant de son passage au sein de ce conservatoire, Krikeche ne manquera pas de souligner le rôle joué par les comédiens algériens qui, à travers leurs sketchs, envoyaient des messages forts, alors que la lutte armée contre la colonisation battait son plein. Une fois ayant acquis une certaine maîtrise, il créa sa troupe artistique «Nedjemet es Sabah» qui lui a permis de monter plusieurs spectacles dira-t-il. Invité à parler de sa relation avec Hamid Lourari dit «Kaci Tizi Ouzou», il expliquera qu'en 1966, alors qu'il travaillait à la wilaya d'Alger, il fit la connaissance de Kamal Hamadi qui lui proposa de rallier sa troupe alors qu'il s'apprêtait à faire une tournée à travers le pays. Quoique Krikeche avait ses éléments, on lui fit savoir que s'il voulait faire partie de la troupe de Kamel Hamadi, il devrait faire équipe avec Kaci Tizi Ouzou et Arezki Nabti (Moh Bab el-Oued) et c'est là que le duo est né. Aujourd'hui, Krikeche s'étonne que depuis quelque temps ses sketchs ne sont pas diffusés ni par la radio ni même par la télévision, pourtant, fera-t-il savoir, «j'ai 65 sketchs tous acceptés par la commission de lecture mais que je n'ai pu enregistrer ni à la Radio ni même à la Télévision». Au cours de l'entretien qu'il nous a accordé, Krikeche nous a paru très sensible, surtout lorsqu'il a évoqué le décès de son épouse alors que le lendemain il devait partir en croisière. Il confiera à ce sujet, les larmes aux yeux : «Lors de son enterrement, j'ai dû prendre le bateau, je me suis enfermé dans ma cabine, la disparition de la mère de mes enfants était un moment très douloureux». En quittant notre comédien, nous l'avons laissé compléter ses cases de mots croisés, en attendant de recevoir un jour un signe de la Radio ou de la Télévision.