Du temps des Turcs, le fahs d'Alger, autrement dit la banlieue, se divisait en sept cantons qui sont : Bouzaréah, Béni Messous, Aïn Zeboudja (la fontaine d'oliviers sauvages qui englobait Ben Aknoun et El Qadous), tout comme Tixraïne, Birmourad Raïs et El-Biar faisaient partie de la subdivision territoriale de Birkhadem. Les trois grandes zones que comprenait Alger relevaient toutes de Dar Essoltane : La Casbah, le fahs et les w'tane (ou aoutane). L'administration du fahs, des djnaïèn, les marabouts, les cimetières et les fours à chaux étaient confiés au Caïd el fahs. Le nom arabe d'El-Biar signifie les puits, en raison du nombre important de puits s'y trouvant. S'étendant sur 19 km2, le septième arrondissement du Grand Alger se situe à 5 km du centre de la capitale, niché sur une altitude de 240 m environ. En effet, El-Biar recèle plusieurs sources d'eau et plusieurs dizaines de puits et est traversée par plusieurs oueds dont Oued Atoun (ou Oued Ayoun ou Oued M'kacel), qui est un cours d'eau prenant naissance dans le massif de Bouzaréah qui se jette dans la Méditerranée après avoir parcouru la commune d'El-Biar, puis les deux communes de Oued Koreïch et de Bab El-Oued. Ce Oued a causé de nombreuses inondations, dont celles de 1874, 1900, 1935, 2001 et 2003, toujours au niveau des communes de Oued Koreïch et de Bab El-Oued. Peuplement de la commune C'est dans la soirée du 29 juin 1830 que les soldats du général de Bourmont sont arrivés là. Ils virent une banlieue peu peuplée mais parsemée de belles villas mauresques ou ottomanes, utilisées surtout comme résidences d'été. Plus tard, en partie entre les mains d'Européens, des immeubles s'élevèrent entre les maisons de campagne des Turcs et des Maures. On y installa des guinguettes et des boutiques d'approvisionnement. Ce quartier des beaux jardins finit par former un village, puis une commune instituée par décret, le 23 avril 1835, qu'on rattacha à Alger, un siècle plus tard, le 31 janvier 1948. Au vu de la situation géographique d'El-Biar, bâtie sur un plateau boisé et offrant une vue panoramique sur toute la baie d'Alger, au XIXe siècle, une colonie d'Anglais s'y établit chaque hiver. La présence importante de touristes anglais fit que cette commune devint une station estivale et hivernale très prisée. A la sortie de la citadelle de La Casbah, la route d'El-Biar laissait à gauche le stade Mingasson, au-delà duquel venaient finir les tournants Rovigo. Après le réservoir d'alimentation en eau de la ville et le débouché du chemin des Quatre Canons, on passait ce que l'on appelait la porte du Sahel, d'où l'on s'évadait de la zone des anciennes fortifications. Bückall, l'architecte des premières villas Dès 1860, résultat d'un faisceau de phénomènes convergents, un nouveau regard est porté à la culture islamique algérienne. Napoléon III, qui vient à Alger en 1860, préconise d'intégrer l'héritage bâti existant dans les projets d'embellissement des villes. Parallèlement, une association, la Société historique algérienne, s'élève contre la destruction des maisons de l'ancienne ville d'Alger et parvient, avec les administrations civiles et militaires, à faire classer quelques édifices islamiques. Ce nouvel intérêt pour la culture locale rejaillit sur les architectes qui se l'approprient et l'intègrent à leur production architecturale. Un architecte du nom de Bückall y réalisa de belles villas, sur le chemin qui porta son nom plus tard, et conçoit dans le quartier d'El-Biar des villas néo-mauresques destinées à de riches hiverneurs. Cette nouvelle esthétique, encore peu diffusée à Alger, côtoie ainsi une production architecturale qui reste, jusqu'en 1900, majoritairement influencée par les modèles esthétiques européens. A 500 m de la porte du Sahel se trouvait le quartier des Tagarins, d'où un sentier à gauche grimpait au Fort l'Empereur, endroit historique, situé au sommet du Koudiaes-Sebaoun (colline du Savon), permettant une grande vue sur Alger et ses environs. Le fort, actuel Bordj Boulila, fut construit par un dey après le siège de la ville en 1541 sur la position même où l'empereur Charles Quint avait planté sa tente, d'où son nom. C'est dans ce fort que le maréchal De Bourmont reçut la capitulation du dey d'Alger. Les Algérois se souviennent du Fort l'Empereur à travers la célèbre colonne Bailloud : une tour construite en 1912 à la gloire de l'Armée d'Afrique, sur ordre du général Bailloud. Haute d'une cinquantaine de mètres, elle s'élevait juste devant le portail d'entrée du fort. Pendant la Seconde Guerre mondiale, peu après le débarquement américain du 8 novembre 1942, cette tour du Fort l'Empereur, particulièrement appréciée des avions allemands venant bombarder Alger, fut dynamitée le 3 février 1943 par les artificiers du génie militaire (Carroubier). Le centre de l'ancien village devenu banlieue est au carrefour des avenues Clémenceau et Galliéni. C'est là que se trouvaient l'église et la mairie. Le petit chemin ombragé offrait un raccourci vers le lycée: on l'appelait le Chemin romain. Transports urbains Pour le secteur du transport, un certain tramway jaune traînant une seconde voiture baptisée La Jardinière ralliait El-Biar à partir d'Alger-Centre et ce en l'espace d'une heure de temps. C'est sans doute en 1887 que cette banlieue voit venir son premier tramway à vapeur, celui de la société précitée TMS (Transports et Messageries du Sahel). Cette ligne fut bientôt prolongée jusqu'à Chateauneuf qui devint le terminus des lignes dites d'El-Biar. Elle avait été construite à l'économie : voie unique sur la route ou sur l'un de ses bas-côtés, pente de 7,6% (c'est énorme), courbe de 15 m (c'est très peu pour un tram) et rails légers. Bien sûr, cette voie fut ensuite améliorée et électrifiée. Elle dut être néanmoins supprimée en 1938 et remplacée par les trolleybus. (A suivre…)